Allan Sichel, président de l’interprofession du vin de Bordeaux (CIVB) et de la maison de négoce Sichel, précise les moyens mis en œuvre par sa filière pour préserver ses positions en France et à l’export.
Lors de l’assemblée générale du CIVB, vous avez souligné le fait que « Bordeaux est challengé » sur les marchés français et européen de plus en plus concurrentiels. Qui sont ces compétiteurs ?
Je dirais que nous sommes tout simplement face à la mondialisation. Le bordeaux a toujours été en prise avec la mondialisation, mais le phénomène assez récent est la contraction de la consommation intérieure. La part de nos ventes sur le marché français était encore stable il y a 5-6 ans, à 67 %. L’an dernier, elle n’était plus que de 56 %. Chaque Français boit en moyenne 45 litres de vin par an, contre 56 litres il y a six ans… et 120 litres il y a 50 ans. À cela s’ajoute une évolution des pays forts consommateurs de bordeaux que sont le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne. Ces pays s’ouvrent aux vins d’Australie, du Chili et d’Argentine.
Vous avez également affirmé votre priorité qui est « aujourd’hui de continuer à approvisionner les marchés pour préserver nos positions en France et à l’export ». Faut-il craindre un manque de vin ? Faut-il planter davantage de vigne ?
Non, il ne s’agit pas de planter plus. L’accroissement de la superficie du vignoble de Bordeaux est de 200 à 300 hectares par an, pas plus. L’augmentation incontrôlée des surfaces de vigne dans les années 1980 dans notre vignoble a entraîné des surplus et des chutes de prix. Nous cherchons à sortir du segment des vins basiques, c’est-à-dire celui de la bouteille à moins de 3 euros. À Bordeaux nous ne sommes pas dans une perspective d’augmentation des volumes produits, mais d’un ajustement de l’offre et de la demande. On arrive maintenant, depuis 2010 environ, à mesurer d’une façon fine le décalage entre la production et les stocks. Nous avons avant tout besoin d’équilibre entre l’offre et la demande. Notre stratégie est le pilotage de cet équilibre.
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Pouvez-vous détailler les deux outils sur lesquels vous comptez vous appuyer pour mieux piloter l’équilibre de l’offre et de la demande ?
En effet, comme annoncé à notre assemblée générale, nous comptons développer le système du VCI, le volume complémentaire individuel, par lequel le viticulteur se constitue un stock de vin non commercialisable les années de vendange généreuse et peut commercialiser ce stock les années de vendange insuffisante. Parallèlement, nous voulons inclure un système de réserve interprofessionnelle comme le font les Champenois. Il s’agit d’une réserve de vin, collective cette fois, qui est destinée à être relâchée sur le marché quand la demande est tendue. Vous le voyez, ces deux systèmes de régulation sont complémentaires : l’un est géré par le viticulteur, l’autre par l’interprofession. Dans le vignoble bordelais, nous avons un grand nombre de petites unités. Chacune a sa stratégie propre. Il ne s’agit pas de contrer cette volonté individuelle. Mais nous avons aussi tous intérêt à travailler dans le sens de ce qui est bénéfique pour la collectivité.
Le phénomène assez récent est la contraction de la consommation intérieure