Abonné

Vin : ministère et filière ensemble pour une assurance-aléas incitative

- - 5 min

Le ministère de l’Agriculture et la filière viticole vont entamer un travail en commun pour rendre le système d’assurance incitatif, a indiqué Jérôme Despey, président du conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer, à l’issue d’une rencontre entre Stéphane Le Foll et les professionnels de la filière, le 20 septembre. Cette rencontre a permis aussi de faire le point sur l’ensemble des dossiers, comme celui du positionnement des vins importés dans les linéaires.

« Nous avons besoin de comprendre pourquoi les viticulteurs s’assurent peu (24 %), alors que l’an dernier un système de contrat-socle pour aléas climatiques a été mis en place », a commenté Jérôme Despey, peu après la rencontre du 20 septembre au ministère. La suite exceptionnellement fournie d’aléas climatiques cette année depuis le printemps (gel, grêle, excès d’eau, puis sécheresse) « nous amène à devoir repenser le système de gestion des risques », a-t-il précisé, ajoutant : « Nous avons demandé au ministre de nous remettre autour de la table ». Pour certains professionnels, comme Pascal Frissant, délégué de la Confédération paysanne au conseil viticole de FranceAgriMer, l’insuccès du système d’assurance « climat » s’explique en grande partie par le fait que « beaucoup ne peuvent pas payer ». « Des viticulteurs ne peuvent pas payer les cotisations de MSA de 80 à 100 € l’hectare. Pas mal d’exploitations tournent grâce au salaire de l’épouse. Comment pourraient-ils payer une assurance en plus ? ». Pour Pascal Frissant, la réflexion autour de l’assurance aura « au moins le mérite de révéler la situation économique réelle de la viticulture ». Stéphane Le Foll a commandé le 7 septembre un rapport au CGAAER (le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) sur le thème de la gestion des risques (assurances, dotation pour aléas, fonds de mutualisation sanitaire et environnementale). Le rapport doit être remis début 2017.

La filière demande un travail commun sur le positionnement des vins importés à bas prix

Cette rencontre, « qui n’était pas seulement une rencontre de demande, mais aussi de réflexion », comme l’a précisé Jérôme Despey, a traité le sujet du positionnement « confusant » des vins d’importation à bas prix, notamment d’Espagne, dans les linéaires de la grande distribution. « Au vu d’une enquête menée cet été par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, nous nous sommes aperçus que les différentes origines de vins sont mélangées, sur les rayons, notamment les bag-in-box (Bib) » de telle sorte que le consommateur pense acheter un vin français mais achète un vin espagnol du fait d’une évocation ambiguë par la consonance ou l’emballage, a-t-il expliqué. « Il faut que le consommateur décide son acte d’achat en toute transparence, on doit travailler sur ce sujet », a-t-il plaidé. Le leader viticole a demandé une concertation avec la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) en ce sens.

Enfin, lors de cette rencontre, les professionnels ont évoqué la nécessité « de mieux favoriser la contractualisation » pour lisser les fluctuations de prix d’une campagne à l’autre. Et un sujet auquel tient la filière, ainsi que Stéphane Le Foll : la reconduction au-delà de 2018 de l’OCM viticole spécifique, avec son enveloppe de 280 millions d’euros pour les actions structurantes et ciblées en France (soutien à l’investissement, à la restructuration du vignoble, à la promotion des vins dans les pays tiers), en provenance de l’UE. La programmation 2013 prendra fin en octobre 2018, sans garantie par la Commission européenne pour l’instant de la pérennité de ce système au-delà.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

aléas climatiques
Suivi
Suivre
assurance
Suivi
Suivre

La réflexion aura « au moins le mérite de révéler la situation économique réelle de la viticulture »

Aléas climatiques : la double peine

Les aléas climatiques pénalisent doublement ceux qui en sont victimes, a souligné Jérôme Agostini, directeur du Comité national des interprofessions des vins à appellation (Cniv), en marge de la rencontre entre le ministère de l’Agriculture et les professionnels. En effet, « quand vous voyez vos vignes grêlées ou gelées, vous avez une perte de revenu, mais vous avez aussi, par la suite, une perte de marché » qui n’est pas facile à rattraper. « Quand l’appellation Château d’Yquem annonce qu’elle n’a pas de millésime telle année, le consommateur s’en accommode, car il sait que les disponibilités sont rares. Mais quand vous n’êtes pas sur un segment de notoriété d’exception, vous n’êtes pas certain de retrouver des clients l’année suivante ». Dans les années de grand défi climatique, le premier problème est la trésorerie, le second est la rupture de commercialisation, a-t-il résumé.