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Pôle de compétitivité Vitagora couve de nouveaux marchés

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Créer une interaction entre la recherche et l'industrie afin de développer de nouveaux marchés et générer de la valeur ajoutée, tel est l'un des objectifs des quatorze pôles de compétitivité labellisés par le gouvernement dans le domaine agroalimentaire. Depuis sa création en juillet 2005, Vitagora aura œuvré dans ce sens. Le pôle de compétitivité positionné sur le goût, la nutrition et la santé a labellisé vingt projets de recherche dont onze qui sont d'ores et déjà mis en œuvre. Huit sont portés par des laboratoires - privés ou publics - et des entreprises, les trois autres sont financés par l'Agence Nationale de Recherche (ANR). En un an et demi, ces projets ont nécessité un investissement en recherche et développement de 4,5 millions d'euros. Lors de sa création, l'équipe dirigeante s'était fixée comme objectif de créer d'ici à 2009 un chiffre d'affaires « en valeur potentielle » de 375 millions d'euros et 400 emplois. A l'heure actuelle, Vitagora a permis la création de 133 emplois.

Seul pôle de compétitivité français à se positionner à la fois sur le goût, la nutrition et la santé, le pôle Vitagora situé à Dijon vient de présenter ses premières avancées. Après quatre appels à projets lancés depuis février 2006, le pôle a permis la mise en œuvre de onze projets de recherche sur vingt labellisés. Parmi eux, huit projets emmenés par des laboratoires - publics et privés - et des entreprises se concentrent principalement sur la filière vin et la filière blé-pain-pâtisserie. Trois autres seront financés par l'Agence Nationale de Recherche (ANR). « Tout projet labellisé par le pôle doit engager un programme d'innovation, avoir une démarche industrielle, engendrer une création de valeur ajoutée et être source d'emplois »précise Edgar Dauger, directeur général de Vitagora et de Dijon Développement. Il s'agit bien pour les pôles compétitivité agréés par le gouvernement en 2005 de dégager des synergies sur des technologies destinées à des marchés à haut potentiel de croissance. En douze mois, les onze projets labellisés ont nécessité 4,5 millions d'euros d'investissement de recherche et développement, dont 900 000 euros pour les trois projets financés par l'ANR et 3,6 millions destinés aux huit projets portés par les entreprises et les laboratoires. Au total, 133 emplois ont été créés dans la région principalement grâce à l'implantation de nouvelles structures, notamment la société Pâti Prestige qui souhaite développer de la pâtisserie allégée et LCN, qui a mis au point des emballages destinés à la cuisson au micro-ondes des légumes, première réalisation de Vitagora. Au mois de septembre 2006, Vitagora affichait un chiffre d'affaires additionnel de 270 millions d'euros. Lors de sa création, l'équipe dirigeante, emmenée par Thomas Derville, ancien patron d’Amora-Maille, remplacé en fin d'année 2006 par Pierre Guez, directeur général de Dijon Céréales, s'était fixée comme objectif de créer 400 nouveaux emplois et d'atteindre un chiffre d'affaires « en valeur potentielle » de 375 millions d'euros. « Si tout se passe normalement d'ici là, nous devrions tenir nos engagements » indique Edgar Dauger.

« Un boulevard pour les industriels »

Implanté à Dijon, en Côte d'Or, Vitagora est organisé en plate-forme de compétences auxquelles se sont adossées sept filières notamment blé-pain-pâtisserie, vigne et vin, condiments-fruits et légumes, ainsi que la filière fromages AOC. « Plus de 100 entreprises et 30 laboratoires de recherches se retrouvent en interconnexion étroite. C'est un pari fou mais cette matrice est efficace pour gagner des parts de marché » explique Edgar Dauger, rajoutant « si les industriels veulent s'impliquer dans cette problématique du goût et de la nutrition tout en restant dans la logique du vivant, il existe un véritable boulevard de création de nouveaux marchés ». Vitagora travaille donc avec un réseau de chercheurs et de scientifiques dont le Centre Européen des Sciences du Goût et le CRITT 2ABI (Centre Régional d'Innovation et de Transfert Technologique Agroalimentaire et Bio-industriel), tous les deux situés à Dijon. Avec un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros, ce dernier a signé l'année dernière 50 contrats de recherche et développement sur ses axes de compétences que sont la texturation des aliments, la décontamination des poudres, la fermentation et l'aromatisation. Le CRITT 2ABI garde comme principale activité le transfert de la recherche vers les industriels via des équipements pilotes.

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Préserver les valeurs nutritionnelles des aliments

Parmi les onze projets labellisés en moins d'un an et demi, on peut notamment citer le projet « Farine Plus » qui ambitionne d'enrichir les farines en fibres, en anti-oxydants et en minéraux, en développant notamment de nouveaux process de mouture, projet sur lequel le CRITT 2ABI est engagé. On relèvera également les projets de maîtrise des mycotoxines, de maîtrise des levures, d'amélioration de la qualité de l'eau du robinet, de réduction de la teneur en alcool du vin. Un autre ambitionne de transformer les bourgeons de cassis pour développer une poudre destinée à aromatiser par exemple les salades ou le poivre. « Plus de six entreprises sont impliquées dans ce projet, qui est porté par des producteurs de fruits, Socofruits et la société coopérative des Côteaux Bourguignons » souligne Edgard Dauger.

Labellisé par l'ANR, le projet Opaline (Observatoire des préférences alimentaires du nourrisson et de l'enfant) vise à comprendre l'origine et le développement du plaisir sensoriel des nourrissons. Entre 2005 et 2009, ce projet bénéficiera d'un financement à hauteur d'1 million d'euros, dont 500 000 euros par l'ANR, le solde provenant des aides régionales, de l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) mais également d'industriels, notamment Nestlé et Danone à travers sa marque Blédina. « Les industriels ont été invités à soutenir ce projet selon leurs moyens pour permettre des échanges avec leur propre équipe de chercheurs, sans qu'il y ait un retour de notre part » explique Sophie Nicklaus, responsable du projet à l'Inra de Dijon. En 2007, le pôle bi-régional bourgogne et franc-comtois entre dans une seconde phase de croissance. Sept autres projets devraient être lancés prochainement après avoir obtenu la labellisation et le financement de Vitagora ou de l'ANR, les deux pouvant se faire indépendamment. L'un d'entre eux, baptisé « Active Fruit and Vegetables », est notamment parrainé par Unilever, Danone, Bonduelle, Andros, Yoplait, Senoble, l'Inra, l'Inserm et le CNRS. Ce projet a eu l'aval de l'ANR et devrait être présenté au mois de juin prochain en vue d'une labellisation.