Face à une crise viticole sans précédent, les viticulteurs du pays d’Oc ont décidé de réagir et « de faire », selon l’expression de Jacques Gravegeal qui met depuis 20 ans toute son énergie et… son accent au service des vins de pays d’Oc. Le président de la chambre d’agriculture de l’Hérault et du syndicat des producteurs de vins de pays d’Oc a accueilli le conseil d’administration décentralisé de l’APCA du 11 au 13 juillet. Un maître mot : l’exigence, afin que le vignoble puisse atteindre « la pointe » au niveau qualitatif. Une obligation : répondre aux goûts du consommateur. Un devoir : le sens de l’accueil.
« Chez nous, on ne cause pas beaucoup, on fait », a lancé Jacques Gravegeal, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault et président du syndicat des producteurs de vins de pays d’Oc, à la quarantaine de présidents de chambres d’agriculture réunis pour trois jours en conseil d’administration décentralisé dans le département. L’idée de ces trois jours de réflexion, notamment basés sur des visites d’exploitations viticoles, est d’aller « plus loin sur la viticulture», explique Luc Guyau, président de l’APCA. « Notre mission en tant que chambre d’agriculture est d’accompagner les mutations de l’agriculture », souligne-t-il. La viticulture ne doit pas faire exception.
Fragilisation récente de la France
Et la viticulture n’a pas été épargnée avec une fragilisation récente de la France. Ubifrance estime que la France est le fournisseur qui réalise les moins bonnes performances sur le marché britannique, globalement en expansion. La baisse des parts de marché françaises se constate également en Allemagne, aux États-Unis de même qu’en Belgique. Toutefois, même si la France produit moins de vin qu’en 1960, la viticulture représente désormais 16 % du chiffre d’affaires de l’agriculture française alors qu’elle n’en représentait que 6 % en 1960.
Le solde actuel du commerce extérieur des vins et boissons est de très loin le premier poste de l’agroalimentaire français avec 6,5 milliards d’euros en 2004 contre 3,5 pour les céréales qui est le second poste.
Face à cette tendance à l’effritement des parts de marché, les viticulteurs du pays d’Oc ont donc décidé de réagir et « de faire », selon l’expression de Jacques Gravegeal qui met depuis 20 ans toute son énergie et… son accent au service des vins de pays d’OC.
« J’ai été souvent pris pour un fou», s’amuse-t-il. Mais les résultats sont là. Les vins de pays d’Oc sont aujourd’hui leaders des vins de pays ; 3e exportateur mondial de vins de cépage et 1er exportateur viticole français. Le secret : « Un parcours d’exigence».
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Un « parcours d’exigence »
Ainsi, la Cave coopérative de Bassan a misé sur une rénovation du vignoble. Cette cave coopérative a produit en 2004 33 600 hectolitres sur un vignoble de production de 490 ha. Elle s’inscrit au sein du groupement de producteurs de l’Union des coopératives de la région du Libron. Le groupe Val d’Orbieu commercialise la totalité des vins produits. Au début des années 90, une collaboration étroite entre la cave coopérative, la chambre d’agriculture et le groupe Val d’Orbieu se développe « afin d’entamer une restructuration en profondeur du vignoble et des apports ». Le Val d’Orbieu étant la « structure indispensable pour orienter le choix des cépages et des produits à commercialiser». Dans un premier temps, le travail aboutit à l’établissement d’un règlement intérieur pour une rémunération différenciée des apports en 3 lots. Aujourd’hui, pour tous les cépages, une fiche parcellaire est constituée sur laquelle est noté le classement en lots 1,2 et 3 défini par le technicien lors d’une tournée de pré- vendange.
« Il faut arracher »
« Ici, en pays d’Oc, on ne prendra jamais le marché des Châteauneuf du Pape !», affirme provocateur Jacques Gravegeal. Une manière de dire qu’il ne faut pas se tromper de sujet face à la crise de surproduction du secteur. « Lorsque tu poses la question aux Bordelais, ils sont tous favorables à l’arrachage, explique-t-il… mais c’est encore mieux quand c’est le voisin !!!» « Aujourd’hui, on n’a jamais connu une crise d’une telle ampleur : il faut arracher », résume-t-il. « Les viticulteurs les plus pénalisés sont ceux qui ont déjà restructuré. Ceux qui ont attendu… au fil de l’eau le sont le moins». C’est injuste.
« Personne entre le client et nous »
Au Château Saint Martin des Champs, domaine viticole situé à Murviel-les-Bézier, 59 ha ont dû être restructurés en 1995 pour mettre en valeur la diversité des productions : vignobles de St-Chinian, Coteaux du Languedoc, Vins de Pays d’Oc et vins de table. Le problème est que les aides viticoles à la restructuration ont été « canalisées par les groupements de producteurs » alors que dans le département de l’Hérault, les « vignerons indépendants » représentant 52 % de la production viticole n’ont pas bénéficié de ce canal d’aides. « On a perdu quelque 50 millions d’euros», regrette Jacques Gravegeal. « On ne veut personne entre les clients et nous », résume le président local des « vignerons indépendants». Et encore moins des « brontosaures» telles que les organisations de producteurs.
Ce qui pose question, explique le président des « Vignerons indépendants» avec le positionnement de l’APCA qui défend l’obligation de transfert de propriété pas seulement pour les organisations de producteurs mais aussi dans le cas de statuts juridiques de type SA ou SARL. Des amendements de l’APCA à la loi d’orientation sont prévus en ce sens. Luc Guyau a indiqué avoir « entendu ce message » tout en rappelant que « le regroupement » de l’offre est fondamental face à la grande distribution.
Le goût du consommateur
L’objectif pour le président des vignerons indépendants du département est donc d’être en contact le plus direct avec les consommateurs. La question est bien de savoir ce que veut le consommateur, résume Luc Guyau. Un vin rosé de pays d’Oc présenté en dégustation aux présidents de chambres d’agriculture fait un tabac en Angleterre, zone où la France perd des parts de marchés. La cible : les femmes au palais plus délicat que leurs homologues masculins. Ce vin est même entré dans le club très fermé des breuvages proposé dans les pubs : une révolution. Et Jacques Gravegeal veut aller plus loin : permettre aux consommateurs de participer à l’élaboration des vins. Encore une révolution dans l’univers du vin…