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Vive réaction des agriculteurs bourguignons sur la délimitation du bourgogne

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Après la réaction des viticulteurs bourguignons qui craignent l’exclusion de secteurs entiers de la Bourgogne historique de l’appellation « Bourgogne », la FDSEA de Côte d’Or a apporté son appui à la mobilisation des viticulteurs. L’INAO, accusé de ne pas avoir pris en compte l’historique de la Bourgogne, tente de calmer les esprits, en rappelant que les propositions des experts ne sont qu’une étape dans le long travail de délimitation de l'AOC Bourgogne.

La FDSEA de Côte d’Or « exprime sa profonde incompréhension et apporte son total soutien aux viticulteurs des communes concernées », a-t-elle déclaré le 4 février. « Ce projet porté par l’INAO est une véritable remise en question de notre histoire et de nos territoires. Il touche nos valeurs et notre travail », selon elle. L’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) propose de sortir 64 communes de Bourgogne de l’aire de production de l’AOC Bourgogne tout en conservant la moitié des communes dans le Beaujolais, dénonce un communiqué cosigné par le Syndicat des bourgognes et la CAVB (Confédération des appellations et de vignerons de Bourgogne), en date du 24 janvier.

De quoi s’agit-il ? La Bourgogne n’a pas achevé son travail de délimitation lancé en 1937. Si le cœur historique de la Bourgogne bénéficie de délimitations terminées, celles-ci n’ont jamais été réalisées pour les appellations bourguignonnes dans le Beaujolais et le Chablisien. Ce travail de délimitation mené par l’INAO a été relancé en 2000. L’INAO « envisage d’exclure des secteurs entiers de la Bourgogne historique », commente le communiqué commun. Ainsi, 64 communes représentant 7 000 ha, dont 5 500 plantés, perdraient leur capacité à produire du bourgogne, selon les vignerons bourguignons. Autre volet du projet : 43 communes du Beaujolais pourraient quant à elles produire des vins d’appellation « Bourgogne ».

Un souci constant de ne pas déséquilibrer les marchés

« Les secteurs de Chablis, de Dijon (capitale de la Bourgogne !) et du nord de la Côte-d’Or n’auraient plus la possibilité de produire du bourgogne ». Le Syndicat des bourgognes et la CAVB rappellent dans leur communiqué tout le soin qu’a mis la profession à ne pas provoquer de surproduction : « 20 000 ha restent à planter en Bourgogne et ils ne l’ont pas été pour assurer un équilibre des marchés ». « Le beaujolais doit être produit en Beaujolais et le bourgogne en Bourgogne », a souligné à Agra Presse le directeur du Syndicat des bourgognes, Guillaume Willette, le 4 février. De son côté, la délégation de Côte d’Or de la CLCV, association de consommateurs, estime que ce rapprochement entre les deux vignobles « ne peut qu’induire en erreur les consommateurs ».

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Pour autant, l’imbrication entre les deux vignobles fait aussi partie de la réalité de l’histoire viticole, estime Dominique Piron, président de l’interprofession Inter Beaujolais : le vignoble beaujolais fournit 30 à 40 % des crémants de Bourgogne. "Or, c’est la Bourgogne qui a planté les vignes à cette fin, et cela a permis à des entreprises de ne pas péricliter ». Il rappelle qu’un jugement d’avril 1930 du tribunal de Dijon délimite ainsi le vignoble bourguignon : le territoire viticole s’étend de l’Yonne à la Saône-et-Loire en passant par la Côte-d’Or et se prolongeant jusque dans l’arrondissement de Villefranche-sur-Saône, dans le département du Rhône. Le projet qui suscite tant de craintes est une proposition de la commission des experts de l’INAO, et non de celle des professionnels, qui n’a pas dit son dernier mot, conclut Dominique Piron.

La Bourgogne n’a pas achevé son travail de délimitation lancé en 1937

Délimitation du bourgogne : réunion reportée, l’INAO cherche à calmer les esprits

Pour que la concertation sur la délimitation de l’aire de l’appellation Bourgogne puisse reprendre ultérieurement dans des conditions plus sereines, Christian Paly, le président du comité national des AOC viticoles de l’INAO (institut national des appellations d’origine), a décidé de retirer de l’ordre du jour ce sujet de la réunion qui devait se tenir le 6 février au matin au siège de l’institut. « Le Syndicat des bourgognes a cru un peu tôt que la messe est dite et que la décision du comité national est prise. C’est ignorer comment fonctionne l’INAO. Celui-ci fait appel à des experts, qui font des propositions, et celles-ci sont discutées par étapes avec une procédure précise », a commenté Marie Guittard, directrice de l’institut. « On peut comprendre la réaction des vignerons bourguignons », a-t-elle commenté. Dans un contexte culturel riche et chargé, les vignerons bourguignons redoutent un tsunami de vins blancs du Beaujolais qui viendraient sur le marché du vin de Bourgogne, a continué la directrice de l’institut, sachant qu’en ordre de grandeurs, le prix de l’hectolitre de bourgogne est le double de celui du beaujolais.