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Volaille : débat sur la définition des produits « durables » dans les cantines

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Alors que les cantines publiques sont tenues par la loi Egalim de servir au moins 50 % de produits « durables » en 2022, les ONG dénoncent une « introduction discrète […] de la volaille industrielle » dans cette catégorie. La filière défend sa « démarche continue d’amélioration des conditions de production ».

Après la polémique sur les menus végétariens dans les cantines, le débat s’étend aux qualités environnementales des viandes servies en restauration collective. Dans un communiqué commun du 3 mars, neuf ONG dénoncent « le scandale de l’introduction discrète […] de la volaille industrielle dans les produits " durables " des cantines scolaires ». Il s’agit d’associations environnementales (Greenpeace, FNE, Réseau action climat), de protection animale (Welfarm, CIWF), d’organisations agricoles alternatives (Fnab, Miramap, Civam) et du collectif Commerce équitable France.

Dans leur collimateur : un arrêté du ministère de l’Agriculture du 25 janvier, qui accorde à la charte interprofessionnelle EVA-Environnement (poulet, dinde, canard à rôtir, pintade) l’équivalence à la certification environnementale (C2E) de niveau 2. Cette équivalence permet d’inclure ces volailles dans les produits « durables » que la restauration collective publique devra servir à hauteur de 50 % minimum d’ici 2022, dans le cadre de la loi Egalim. Pour les ONG, la charte EVA « sert de " socle minimum " selon les termes de la filière elle-même » et « comporte de nombreuses limites : aucun critère environnemental, rien sur la provenance des aliments, et aucun critère de bien-être animal ».

« Une option à la demande de l’éleveur »

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Pour Anne Richard, directrice de l’interprofession des volailles de chair Anvol, le respect de la charte EVA n’offre pas une équivalence automatique au niveau 2 de la C2E. Cette « charte de base de la filière » permet de réaliser « une photographie des élevages, en évaluant tous les critères de bien-être animal, sanitaires, environnementaux, de droit du travail, etc. », précise-t-elle à Agra Presse le 4 mars. Son but est « d’évaluer le panel d’éleveurs » susceptibles de rentrer dans la C2E de niveau 2. Mais le passage à la C2E est « une option à la demande de l’éleveur » et fait l’objet d’un « audit supplémentaire », insiste la directrice d’Anvol. « Nous sommes à l’écoute des ONG, rappelle-t-elle. Nous n’avons pas envie de rentrer dans une polémique, nous continuons de faire notre travail. » Et de préciser que la filière est engagée « dans une démarche continue d’amélioration des conditions de production visant à répondre à toutes les attentes des consommateurs ». Combien d’aviculteurs peuvent-ils satisfaire aux critères de la C2E de niveau 2 ? Impossible de le savoir à l’heure actuelle, selon Anne Richard, qui évoque une « démarche en devenir ». « Jusque-là, on ne proposait rien sur l’environnement », appuie la responsable.

Le débat devrait rebondir à l’Assemblée, à l’occasion de l’examen en commission le 8 mars du projet de loi Climat et résilience. Ce texte prévoit d’étendre à la restauration collective privée — et non plus seulement publique – l’obligation de servir au moins 50 % de produits « durables ». Dans leur communiqué, les ONG appellent donc à saisir l'« opportunité » de l’examen de ce projet de loi pour « exclure définitivement toute production intensive ainsi que la certification environnementale de niveau 2 des 50 % de produits dits de qualité ». Certains députés ont déjà saisi la balle au bond. Sur proposition de France Nature environnement (FNE), plusieurs députés du groupe EDS – dont Delphine Batho, Cédric Villani ou encore Matthieu Orphelin – ont déposé un amendement en ce sens. Pour les parlementaires, le niveau de la C2E « n’offre aucune garantie sur [les] qualités environnementales » des produits. Ils proposent donc de réserver au niveau 3 (Haute valeur environnementale, HVE) l’entrée dans les 50 % de produits « durables » au sens de la loi Egalim. Une éventualité déjà à l’étude chez les professionnels : comme l’indique Anne Richard, « un travail est en cours entre les éleveurs et l’Itavi (institut technique, NDLR) pour intégrer des critères intelligents permettant de rentrer dans la HVE ».