Abonné

Volailles de chair : la Cour des comptes appelle à clarifier la stratégie

- - 5 min

Les Sages de la rue Cambon critiquent le choix de la montée en gamme opéré dans le plan de filière en 2018, responsable selon eux d’un « renforcement des importations ». Ils appellent à définir un plan d’avenir pour les volailles de chair, peu aidées par l’État et par la Pac.

Dans son rapport sur les « soutiens publics à la filière volaille de chair » publié le 3 septembre, la Cour des comptes réclame une « clarification de la position de l’État, des régions et des professionnels » sur leur stratégie pour l’avenir du secteur. Cette réflexion devra porter sur quatre enjeux, selon les magistrats : couverture du marché national ; « adaptation de la production » aux « marchés les plus dynamiques » ; « adaptation des modes de production » aux attentes sociétales (environnement et bien-être animal) ; risques sanitaires. Les Sages de la rue Cambon pointent le « caractère foisonnant » des démarches lancées ces dernières années : pacte Ambition 2025 d’Anvol (en 2020), réflexion sur « l’élevage avicole de demain » (fin 2022), ou encore chantier interministériel « Horizon Agro 2040 » (fin 2023).

Pour la Cour, les choix stratégiques de ces dernières années ont créé un « décalage » entre production et consommation, et « éloigné la filière des secteurs les plus porteurs » (RHD et produits transformés). En particulier, le plan de filière de 2018, trop tourné vers la montée en gamme, « n’a pas atteint ses objectifs compte tenu d’un marché désormais peu dynamique sur ce segment ». Une orientation qui a « conduit à un renforcement des importations », selon le rapport. Rappelant qu’un poulet sur deux consommé en France est importé, la Cour des comptes s’interroge sur « la capacité de la filière à répondre aux objectifs de l’État en matière de souveraineté alimentaire ». « Fondé sur la demande, le pacte Ambition Anvol 2025 adopté par l’interprofession en 2020 répond davantage à cet enjeu » de souveraineté.

Deux fois moins d’aides Pac que la moyenne

Malgré un « déficit de compétitivité prix intrinsèque » (taille plus petite que leurs compétiteurs), les élevages français ont historiquement bénéficié d’un soutien « marginal » de la Pac. En 2013, « la fin des restitutions à l’exportation n’a pas été compensée ». Comme tous les agriculteurs, les éleveurs de volailles perçoivent des paiements découplés à l’hectare. Mais, en raison d’une « faible SAU » (entre 35 et 45 ha pour les exploitations spécialisées), les exploitations de l’Otex avicole touchent presque deux fois d’aides moins que la moyenne des fermes françaises : entre 12 000 et 16 500 € (contre 30 000 €), selon les chiffres du Rica pour 2010-2021.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Cour des comptes
Suivi
Suivre

Au-delà de la Pac, la filière volaille de chair apparaît « peu soutenue par l’État ». « Les aides de l’État à la filière ont principalement porté sur la modernisation des abattoirs dans le cadre des plans successifs de soutien à l’investissement », indique le rapport. Entre le PIA (investissements d’avenir) et France Relance, ces soutiens « sont toutefois restés modestes (environ 40 M€) et se sont concentrés sur les plus petites unités ». Quant aux élevages, ils n’ont eu qu’un « accès limité » aux aides à l’investissement du PCAE (5 % du total entre 2015 et 2022, soit 135 M€), « en décalage avec les besoins de la filière ».

Influenza et étiquetage de l’origine

Reste enfin, depuis 2015, l’influenza aviaire, face à laquelle « l’État a mobilisé d’importants moyens pour à la fois contenir l’épizootie et apporter un soutien financier aux professionnels ». « En partie cofinancées par l’UE », ces aides conjoncturelles comprennent un volet sanitaire (élevages foyers) et un autre économique (compensation des pertes de la filière). L’enveloppe correspondante a dépassé 500 M€ en 2022, selon la Cour, qui s’interroge sur la « soutenabilité à terme d’un tel dispositif ». Le travail des Sages portant sur la période 2013-2022, la campagne de vaccination, lancée en octobre 2023, n’a pas été étudiée.

En outre, à la fin de son rapport, la Cour des comptes formule une autre recommandation phare : elle exhorte l’État à « porter auprès des autorités européennes » une obligation d’étiquetage de l’origine des viandes dans les produits transformés, ainsi que « la pérennisation de l’étiquetage de l’origine des viandes de volailles » en RHD. Hormis les signes de qualité, la mention du pays d’origine est « incomplète et instable », taclent les magistrats. Le dispositif pêche notamment pour les produits transformés et la RHD, alors que ces segments « constituent l’essentiel de la progression de la consommation », et sont ceux « où les importations sont les plus importantes ».

« Accès limité » des volailles de chair au PCAE, avec 5 % du total

L’État appelé à « porter » l’étiquetage de l’origine à Bruxelles