Abonné

Matières premières agricoles Washington dubitatif sur les mesures françaises contre la volatilité

- - 5 min

Les tensions restent vives sur les des prix denrées alimentaires, alors que des pluies torrentielles font peser une lourde menace sur les approvisionnements en Afrique australe au cours des prochains mois et que la sécheresse menace la prochaine récolte de blé d’hiver en Chine. La France, à la tête du G20, et la FAO, qui ont lancé une mise en garde contre des « risques d’émeutes » à travers le monde, étudient des mesures d’urgence pour lutter plus efficacement contre la volatilité des prix des aliments et assurer une meilleure sécurité alimentaire. Plusieurs mesures ont été évoquées à Rome par Bruno Le Maire, le ministre français de l’agriculture, pour assainir la situation alimentaire mondiale. Mais, du côté américain, on estime que les suggestions de la France ne sont « pas claires ».

Soulignant « le risque réel de crise alimentaire mondiale », le ministre français a préconisé l’adoption de « mesures d’urgence » passant par l’installation de « stocks pré-positionnés dans les régions les plus en difficulté ». Au delà, M. Le Maire souhaite notamment : « accroître la transparence sur la production et les stocks » ; favoriser la « coordination entre Etats membres du G20 » pour mettre en place des « dispositifs permettant de limiter les restrictions aux exportations de produits agricoles » ; « lutter contre la spéculation financière sur les produits agricoles » ; « améliorer le fonctionnement du marché ». En novembre dernier, le président Nicolas Sarkozy avait déclaré que la France proposerait à ses partenaires du G20 la création d’une organisation agricole internationale pour coordonner les productions. « La spéculation sur la faim dans le monde est économiquement dangereuse et moralement inacceptable» , a affirmé M. Le Maire, qui a mis en avant la « détermination » du président Sarkozy à obtenir des résultats sur la volatilité des prix agricoles. Lors d’un récent déplacement au Brésil, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a mis en garde contre des mesures qui pourraient entraver la reprise mondiale après la crise financière. « Nous voulons faire très attention à apporter une réponse équilibrée et, qu’avec le souhait des hommes politiques de stabiliser les marchés, nous ne provoquions pas une situation qui serait préjudiciable non seulement aux intérêts des exportateurs de matières premières mais aussi à la dynamique de la reprise », a-t-il déclaré. « Ce que la France propose réellement n’est ainsi pas clair pour moi », a-t-il ajouté. Le commerce des matières premières est mené par les Etats-Unis de manière transparente, ce qui minimise la possibilité de spéculation sur les grains et céréales, encore précisé M. Geithner.

Problèmes structurels à long terme

Par ailleurs, lors d’un récent déplacement aux Etats-Unis, le commissaire à l’agriculture, Dacian Ciolos, a évoqué les problèmes structurels sur le long terme liés à l’approvisionnement alimentaire et à la demande. Lors d’une rencontre avec Bob Orr, assistant du secrétaire général de l’Onu pour les questions de sécurité alimentaire, M. Ciolos a souligné l’importance d’avoir d’une approche coordonnée et cohérente et le besoin d’investir dans des petites structures dans les pays pauvres. Le plus important pour ces petits paysans, a-t-il fait valoir, est de disposer de structures appropriées mais pas seulement sur le court terme, par exemple en aidant les producteurs à s’organiser eux-mêmes en ayant recours à des politiques agricoles régionales.
La FAO a annoncé que les prix alimentaires avaient atteint un niveau historique en janvier et risquaient de continuer à augmenter. La progression a été de 3,4% par rapport à décembre 2010 pour atteindre 231 points sur l’indice établi par la FAO, soit le plus haut niveau depuis que cette mesure a été instaurée en 1990. En 2008, au plus fort de la crise alimentaire, l’ensemble des prix alimentaires avait atteint 200 points sur l’indice de la FAO, un record battu pour la première fois en octobre dernier avec 205 points.

Prix record du blé en Chine

La FAO a lancé le 8 février une mise en garde contre l’impact de la sécheresse sur la prochaine récolte de blé d’hiver en Chine, qui est le premier producteur et le premier consommateur mondial de cette céréale. La sécheresse actuelle n’a pas affecté la production de blé d’hiver pour l’instant, mais la situation pourrait devenir critique si elle persistait au printemps et si les températures de février étaient inférieures à la normale, indique cette agence de l’ONU. La zone affectée, qui s’étend sur 5,16 millions d’hectares, intervient pour les deux tiers dans la production nationale de blé. Le gouvernement chinois a décider d’investir 667 millions d’euros pour construire en urgence des puits et des systèmes d’irrigation pour détourner de l’eau vers les régions les plus menacées. De plus, les autorités ont l’intention d’encourager la production de riz pour compenser les carences en blé. Les prix du riz, restés à l’écart de l’envolée des cours des produits agricoles, s’emballent à leur tour sur les marchés. Selon la FAO, les prix atteignent déjà des records dans certains pays asiatiques, comme le Bangladesh ou l’Indonésie.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.