Le candidat d’EELV Yannick Jadot a présenté son programme électoral à la presse, le 11 janvier. Développement de l’agriculture bio, relocalisation de l’approvisionnement de la restauration collective, interdiction des phytos… Sur de nombreux points, le programme agricole des écologistes propose d’aller plus loin sur ce qui a déjà été engagé par le gouvernement sortant.
Yannick Jadot le promet : « 100 % des cantines des écoles, des hôpitaux, des collectivités, mais aussi des entreprises seront approvisionnées en agriculture bio ou paysanne », a affirmé le candidat d’Europe Écologie Les Verts (EELV) à l’élection présidentielle, en conférence de presse à Paris, le 11 janvier. Parmi les idées véhiculées dans son programme, figure celle de « garantir une alimentation saine ». Pour rappel, la loi de Brigitte Allain adoptée sous le quinquennat Hollande vise l’introduction dans la restauration collective publique d’ici 2020 d’au moins 40 % de produits sous Siqo (signes de qualité et d’origine) et d’au moins 20 % de produits issus de l’agriculture bio. En matière de financement, le candidat d’EELV propose par ailleurs que « 1 % des bénéfices de l’agroalimentaire aillent vers le financement des projets citoyens d’alimentation de qualité relocalisée. »
Réduire de 50 % les pesticides
Yannick Jadot fixe pour objectif une réduction de 50 % des pesticides sur le quinquennat pour aller en 2030 vers « une France zéro pesticides ». Pour rappel, le plan Ecophyto2 de Stéphane Le Foll fixe pour objectif une réduction de 50 % des pesticides en 2025 par rapport à 2015. En outre, la loi biodiversité prévoit l’interdiction des néonicotinoïdes en 2018 avec dérogation possible jusqu’en 2020. Mais Yannick Jadot entend aussi « interdire le glyphosate et les perturbateurs endocriniens ». Sur le glyphosate, la Commission européenne a prolongé l’autorisation de la molécule pour 18 mois en juin en attendant un avis de l’EFSA mi-2017 (1). Quant aux perturbateurs endocriniens (PE), tout se joue aussi à Bruxelles. Après l’échec du vote essuyé en fin d’année, la Commission européenne doit adapter sa proposition pour définir les PE et espérer la faire voter par les États membres (2).
Affectation de 50 % de la Pac vers l’agriculture bio
Le candidat d’EELV entend multiplier par quatre la surface cultivée en bio pour la porter à 20 % de la SAU. Avant lui, d’autres ont aussi proposé des objectifs chiffrés du développement de l’agriculture bio dans notre pays (Grenelle I, Plan Ambition bio 2017). La façon d’y parvenir, elle, est plus novatrice. Yannick Jadot compte affecter 50 % des fonds de la Pac pour financer la conversion des exploitations en bio et la structuration des filières. Reste à préciser dans quel cadre cette affectation pourrait avoir lieu (1er pilier, 2e pilier).
Interdire les élevages type 1 000 vaches
Il prévoit aussi d’interdire « l’élevage industriel de type "1 000 vaches" ». Le gouvernement précédent par la voix de Stéphane Le Foll n’avait pu l’interdire, « même si ce modèle ne correspond pas au modèle promu par le ministère » (1). Néanmoins, le ministère de l’Écologie compétent en matière d’ICPE (installation classée pour l’environnement) avait par exemple pu limiter la taille du méthaniseur. En termes de bien-être animal, Yannick Jadot prévoit de « mettre en application les soixante-cinq préconisations avancées par le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les conditions d’abattage » adopté en septembre dernier.
Restaurer l’écotaxe
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D’autres sujets concernent indirectement le monde agricole. Le candidat affirme que les grands projets d’aménagement du territoire comme l’aéroport à Notre Dame des Landes seront « abandonnés ». Par ailleurs, le candidat est clair : « La taxe poids lourds sera restaurée ». Cette taxe, aussi connue sous le nom d’écotaxe, avait provoqué les protestations des agriculteurs, entre autres, craignant qu’elle ne se répercute sur les prix d’achat de leurs productions. Elle est pour le moment « suspendue ». Enfin, le candidat écologiste prévoit une « généralisation de la méthanisation » ou encore de « rendre obligatoire la redistribution des invendus de la grande distribution vers les associations de solidarité et l’élevage pour les déchets très périmés. »
(1) Lire dans Agra Europe express du 11 janvier : « Glyphosate : pression sur Bruxelles »
(2) Lire dans Agra Presse Hebdo du 30 décembre 2016 : « PE : Bruxelles reporte son vote faute de consensus »
(3) Lire dans Agra Presse du 16 septembre 2014 : « Ferme des 1 000 vaches : le ministère ne soutient pas ce modèle d’élevage »
Yannick Jadot veut multiplier par 4 la surface bio en 5 ans
Le verdissement du programme des partis représentés à l’élection présidentielle donne-t-il le coup de grâce au parti écologiste ?
Yannick Jadot vient de présenter son programme à l’élection présidentielle pour le parti écologiste d’EELV. Invité de la matinale de France inter du 12 janvier, il a été interrogé sur le verdissement du programme de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon. À la question « Comment vous différenciez-vous par rapport à Mélenchon ou à Hamon ? », il répond : « Je suis écologiste depuis 25 ans. J’ai la force de l’expérience. Mon sujet n’est pas que Yannick Jadot prenne le pouvoir. Mon sujet, c’est que la société devienne écologiste. » Et il poursuit : « S’il y a des candidats politiques qui reprennent nos idées, ça ne peut que renforcer la position des écologistes ». Pour Y. Jadot, il s’agit davantage de « remporter une bataille culturelle » que de devenir le premier président écologiste de France : « Je ne crois pas que le paysage politique aujourd’hui soit prêt ». Et de répondre à propos des infidélités supposées de l’eurodéputé écologiste Daniel Cohn Bendit pour le candidat Emmanuel Macron : « Daniel Cohn Bendit a une obsession, de battre la droite. Moi, j’ai une obsession, c’est de faire gagner l’écologie. »