Abonné

Ÿnsect bientôt leader mondial des protéines alternatives

- - 6 min

Créée en 2011, la start-up Ÿnsect vient de boucler une dernière levée de fonds de 110 M€ pour construire son site d'élevage d'insectes dans les Hauts-de-France, capable de produire jusqu'à 20 000 tonnes de farine d'insectes. Fort d'un carnet de commandes de 70 millions de dollars pour les quatre prochaines années, le groupe a déjà un projet de construction d'un autre site, encore plus grand, en Amérique du Nord. 

Le français Ÿnsect, spécialiste de l'élevage d'insectes a annoncé une levée de fonds de 125 millions de dollars (110 millions d'euros) soit "le plus grand tour de table hors États-Unis" dans les protéines alternatives, confie Antoine Hubert, le co-fondateur et président de cette start-up. Ces fonds seront utilisés pour la construction d'un site d'élevage d'insectes à Poulainville (Hauts-de-France) avec pour "objectif d'atteindre notre rythme de croisière au niveau de la production en 2021", indique le dirigeant, sachant que les autorisations de construction sont en cours de dépôt. Baptisée Ynfarm, cette ferme verticale dont le projet avait été annoncé en septembre dernier, pourra produire jusqu'à 20 000 tonnes de farine d'insectes, voire plus même à terme, le groupe disposant d'une grande réserve foncière sur son site (Agra Alimentation du 27 septembre 2018).

Spécialiste de l'élevage du scarabée Molitor (ver de farine), Ÿnsect met au point des ingrédients premium (farine, huile) utilisés dans l'alimentation pour animaux domestiques (chiens et chats), les poissons d'élevage et les engrais organiques. Ses deux produits phares, ŸnMeal (nutriment pour les animaux) et ŸnFrass (fertilisant) sont reconnus pour leur performances exceptionnelles à l'efficacité prouvée. Ses clients, dont Antoine Hubert ne souhaite pas révéler les noms "sont d'importants groupes européens". Autre particularité : l’intégralité du process de production d'Ÿnsect, qui couvre les procédés de fabrication, les produits et les applications, est protégée par 25 brevets, faisant du groupe le premier détenteur mondial de brevets sur les insectes. "D'ici un an, nous devrions en avoir une trentaine au total", précise encore le dirigeant. Le marché mondial de la nourriture animale pèse 500 milliards de dollars et celui des fertilisants, 200 milliards de dollars (1).

Prêt pour profiter de l'évolution de la législation 

Avec la construction de cette nouvelle usine, qui arrive 2 ans après l'agrandissement de son site pilote à Dole (Jura), Ÿnsect sera dans les starting blocks, prêt à profiter des futures avancées de la législation européenne en matière de nutrition à base de protéines d'insectes des volailles et des porcs destinés à l'alimentation humaine. Depuis juillet 2017, la farine à base d'insectes est uniquement autorisée dans la pisciculture. "Concernant la volaille, nous estimons que nous ne sommes plus très loin d'un accord, mais il faudra encore attendre au moins deux ans pour y arriver. Tout dépendra de la décision des États membres", souligne Antoine Hubert, avec la casquette cette fois de président de l'IPIFF, le syndicat européen des producteurs d'insectes. Quant à l'utilisation de farines d'insectes dans l'alimentation pour les porcs, les choses devraient prendre un peu plus de temps.

La protéine d'insecte, grâce à sa technologie durable et son excellent rendement, pourrait à terme remplacer le tourteau de soja, mais aussi la farine de poisson, très critiquée d'un point de vue environnemental. Aujourd'hui, suivant les recommandations de l'Efsa, les insectes d'élevage en Europe doivent être nourris de matières végétales, mais pas de déchets alimentaires. Là aussi, la législation européenne pourrait évoluer. L'étude de nouveaux substrats est en cours de réflexion au sein de la Commission à Bruxelles.

Déjà des projets aux Etats-Unis

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

protéines alternatives
Suivi
Suivre
Hauts-de-France
Suivi
Suivre

En attendant ces évolutions législatives en Europe, l'entreprise fondée en 2011 a pour ambition d'accélérer en parallèle son développement à l'international. Fort d'un carnet de commandes de 70 millions de dollars pour les quatre prochaines années, le groupe a déjà un projet de construction d'une usine outre-Atlantique. "L'objectif est de déployer une nouvelle activité productive rapidement après le site d'Amiens, a priori en Amérique du Nord", précise Antoine Hubert. Ce dernier confirme également avoir "de très nombreux échanges avec des fournisseurs de matières premières et avec de nombreux clients internationaux qui ont des activités en Amérique du Nord". La disponibilité de matières premières constitue évidemment un important paramètre pour le choix d'une nouvelle installation qui devrait être "potentiellement plus grande que celle d'Amiens", estime encore ce dernier. Et dans le cadre de ce développement, un nouvel appel de fonds pourrait être envisagé. En sept ans, Ÿnsect a déjà levé 175 millions de dollars (153,5 millions d'euros).

La majorité des actionnaires historiques ont remis au pot pour la dernière levée de fonds. Ainsi le fonds Ecotechnologies géré par Bpifrance, Quadia, Demeter et Vis Vires New Protein Ventures participent à ce nouveau tour de table, mené par Astanor Ventures, avec le fonds Large Venture de Bpifrance, IdInvest Partners, Picardie Investissement, le Crédit Agricole Brie Picardie et la Caisse d’Epargne Hauts-de-France, Talis Capital, Finasucre et Compagnie du Bois Sauvage (Belgique), Happiness Capital (Hong Kong) et un family office singapourien. Si Antoine Hubert ne donne pas la nouvelle répartition des participations des uns et des autres, il affirme cependant qu'"aucun n'a la majorité" ni même Bpifrance qui détient une part importante au travers différents véhicules sans être "le principal actionnaire". A noter cette fois l'arrivée au tour de table d'Astanor, un fonds initialement dédié à la tech et dont un des co-fondateurs, Eric Archambeau, rejoint d'ailleurs le conseil d'administration (2) de la start-up.

 

(1) Source : rapport annuel 2017 d'Alltech

(2) Les neuf membres du conseil d'administration sont : Antoine Hubert, Jean-Gabriel Levon (vice-président et l'un des 4 fondateurs d'Ÿnsect), Eric Archambeau (cofondateur d’Astanor Ventures, un investisseur à impact social), Gilles Schang (directeur adjoint Bpifrance Ecotechnologies), Matthieu Vermersch (fonds de capital-risque Vis Vires New Protein capital), Benoît Deckers (P.-d.g. de la Compagnie du Bois Sauvage), Matus Maar (cofondateur et directeur associé de la société d'investissement Talis Capital), Yassine Soual (chargé d'investissement du fonds Large Venture de Bpifrance) et Elisabeth Fleuriot (Astanor).