Agra Fil du 2 juin 2026

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Loi d'urgence : la FNSEA appelle à voter pour, la Conf' contre, malgré les prix plancher

Alors que l'Assemblée nationale doit se prononcer en première lecture sur le projet de loi d'urgence agricole le 2 juin, la FNSEA estime, dans un communiqué paru le 1er juin, que la version adoptée par les députés est « très insatisfaisante », tout en les appelant tout de même à l'adopter. Comme en commission, le syndicat dénonce l'absence de certains députés et « l’illisibilité des arbitrages du gouvernement ». La FNSEA, qui demandait notamment un chapitre sur les autorisations de mise sur le marché des pesticides, souligne que le texte « fait totalement l’impasse » sur ce dossier. Pour le syndicat, le projet de loi « place le curseur sur la gestion de la prédation et de l’eau à son plus bas niveau ». Après le vote des prix plancher et la suppression de l'extension des tunnels de prix, la FNSEA estime que le texte « tente de détricoter la construction du prix en marche avant ». Dans leur propre communiqué, la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) et la FNPL (producteurs laitiers) sont moins critiques : « Peu importe le mécanisme retenu dès lors qu’il permet de couvrir l’ensemble des coûts ». Quant à la Confédération paysanne, elle appelle, dans un communiqué le même jour, à voter contre le projet de loi. Selon elle, l'adoption des prix plancher est « une bonne nouvelle et témoigne d’une prise de conscience », mais ne sauve pas un « texte fourre-tout qui ne place pas au cœur de ses ambitions cette question centrale du revenu » et « laisse une large place à des dispositions et des reculs dangereux ».

Pesticides/épandage par drone : la distance minimale de sécurité relevée à 20 m (JO)

Les textes d’application de l'autorisation de l’épandage de pesticides par drone sont parus au Journal officiel (JO) le 31 mai. À la suite de la consultation publique d’avril, le ministère de l’Agriculture précise quelques points de l’arrêté sur les conditions d’autorisation des programmes et du décret sur les conditions d’autorisation des essais. La distance de sécurité minimale entre la zone traitée par drone et les habitations passe à 20 m au lieu des 10 m prévus initialement. De plus, le pilote de drone « peut être dispensé du port des équipements de protection individuelle (…) s’il n’est pas susceptible d’entrer en contact avec la végétation traitée ou le produit », indique la Rue de Varenne dans les résultats de la consultation. Pour rappel, l’épandage par drone concerne les produits phytos relevant du biocontrôle, de l’agriculture biologique et des produits à faible risque. L’usage des drones est limité aux parcelles agricoles présentant une pente supérieure ou égale à 20 %, aux bananeraies et aux vignes mères de porte-greffes conduites au sol. Des essais sont aussi autorisés sous la responsabilité des instituts techniques agricoles. Un autre arrêté paru le même jour précise justement le contenu de la demande d’autorisation d’essais et les règles méthodologiques applicables. Précédemment, un premier décret sur la gouvernance de l’épandage par drone était déjà paru au JO le 15 avril.

Assises du sanitaire : GDS et vétérinaires seront consultés avant les ordonnances

Le gouvernement devra consulter les groupements de défense sanitaire (GDS) et les « organisations professionnelles vétérinaires » avant de publier les ordonnances de mise en application des Assises du sanitaire : c’est que prévoient deux amendements au projet de loi d’urgence agricole (PLUA) adoptés le 29 mai par les députés. « Les GDS sont des organismes à vocation sanitaire reconnus par le Code rural », rappelle Pascal Lecamp (Modem) dans son amendement, estimant que leur « expertise » et leur « connaissance des réalités locales » doivent « nécessairement éclairer la rédaction des ordonnances ». Quant à l’amendement sur les vétérinaires, il émane du gouvernement. Concernant la réforme de l’identification animale, plusieurs amendements identiques – dont un du gouvernement – précisent les modalités d’accès des chambres d’agriculture et des interprofessions aux données animales. Il s’agit de corriger la rédaction adoptée en commission, qui risquait « d’être entachée d’irrégularité constitutionnelle », car elle élargissait le champ des ordonnances. Pour rappel, l’article 15 habilite l’exécutif à prendre des ordonnances pour traduire le résultat des Assises du sanitaire (financement et gouvernance du système sanitaire, identification animale, etc.). En commission, les députés ont réduit le délai imparti pour leur publication.

Ovins/bovins : la FCO-4 n’est plus endémique, les sérotypes 3 et 8 actifs dans l’Ouest

D’après un arrêté paru au Journal officiel le 31 mai, le sérotype 4 de la fièvre catarrhale ovine (FCO-4) n’est plus considéré comme enzootique en France continentale (l’équivalent d’« endémique » pour les malades animales). La FCO-4 est désormais classée comme « exotique », sauf en Corse où elle est toujours enzootique. Ce sérotype n'a « pas été isolé en France hexagonale depuis 2018 », rappelle le ministère de l’Agriculture, alors que l’Île de beauté a dénombré dix « foyers cliniques » entre le 1er juin 2024 et le 31 mai 2025. En vertu d’un arrêté du 4 juillet 2024, les mesures de gestion sont différenciées selon le statut du sérotype. Un foyer d’un sérotype exotique donne lieu à la création d’une zone régulée, avec interdiction de sortie des animaux sensibles (ovins, bovins, caprins). Le but est de « limiter l’extension de la maladie et préserver les échanges commerciaux avec les autres États membres », selon la Rue de Varenne. Les animaux infectés par un sérotype enzootique, eux, peuvent circuler sous condition de vaccination et de désinsectisation. En France, les sérotype 3 et 8 sont classés « enzootiques », ils sont particulièrement actifs dans l’Ouest (Bretagne et Normandie notamment), avec 7 606 foyers de FCO-3 et 3 342 foyers de FCO-8 entre le 1er juin 2025 et le 7 mai 2026.

Coopératives : Vivadour et Terres du Sud fusionnent et forment Auraïa

Lors d’une conférence de presse tenue le 1er juin, les coopératives Vivadour et Terres du Sud ont acté leur fusion, créant une nouvelle entité dénommée Auraïa. Elle sera présidée par Florent Estebenet, l’actuel président de Vivadour. Le directeur général sera Sylvain Théon, actuel directeur général de Terres du Sud. Le siège social sera basé à Estillac (Lot-et-Garonne), dans des locaux en location, « afin de faire preuve d’agilité », a justifié Florent Estebenet. La nouvelle coopérative collectera chaque année environ 800 000 t de grains, « incluant 500 000 t de maïs et 250 000 t de blé », détaille Sylvain Théon. Elle dégagera un chiffre d’affaires estimé à 1,1 milliard d’euros (Md€), « qui sera amené à évoluer, car très dépendant des cours des céréales et des engrais », a précisé Florent Estebenet. Le pôle animal (volailles, canards, etc.) représente 46 % du chiffre d’affaires et le pôle végétal 33 %. Le reste se répartit entre les activités vins/spiritueux, jardineries, etc. Elle comprendra 1 915 salariés et 9 000 agriculteurs adhérents – soit un agriculteur sur deux situés dans sa zone d’influence –, établis sur 600 000 ha de surface agricole.

Installation/transmission : NégoA Centre Atlantique planche sur un fonds de caution

Deux jours après son congrès – qui s’est tenu le 28 mai à Cognac (Charente) et a rassemblé plus de 300 personnes autour de la thématique de la qualité de l’eau –, Simon Aimar, le directeur de NégoA Centre-Atlantique est revenu pour Agra Business sur les autres sujets d’actualité. « Nous travaillons sur la création d’un fonds de caution pour faciliter l’installation et la transmission des exploitations agricoles », explique-t-il. « L’idée est qu’un négociant ou un autre acteur de la filière (laiterie, abattoir, fabricant d’aliments...), se porte caution auprès de la banque, d’un point de vue financier, mais aussi technique, pour un agriculteur. Un double engagement qui rassurerait les banques et faciliterait l’avancée des dossiers. » Et d’ajouter que, « en contrepartie, l’agriculteur s’engagerait à se fournir auprès de ce négoce, en intrants par exemple, durant plusieurs années. Nous sommes dans la phase de construction juridique du projet et espérons qu’il pourra aboutir d’ici à la fin de l’année. » Simon Aimar n’exclut pas que ce modèle puisse, à terme, être déployé à l’échelle nationale. Autre sujet qui prend de l’ampleur : le déploiement du label RSE Grainethica, présenté en novembre 2025. « Une quinzaine d’entreprises, dont la moitié sur la zone de NégoA Centre-Atlantique, se sont déjà engagées : elles ont jusque mi-2027 pour se faire certifier. » (Anne Gilet)

Légumineuses : Intact inaugure une usine de production de farine et d’alcool

D’après un article des Échos du 29 mai (article payant), la start-up Intact, fondée en 2022, a inauguré une usine à Baule (Loiret) d’extraction de protéines végétales issues de graines de légumineuses (pois, féverole, etc.), produisant farine et alcool à destination de divers débouchés : alimentation humaine, animale, cosmétique, etc. L’installation, embauchant 75 personnes, a représenté un investissement de 75 M€, plus 10 M€ pour un centre de recherche construit juste à côté. Traitant 30 000 t/an de matières premières, le site, entièrement automatisé, se targue d’émettre moins de gaz à effet de serre et de consommer moins d’énergie, grâce à une technologie d’extraction mécanique, « sur laquelle nous avons un brevet mondial », déclare dans l’article Alexis Duval, cofondateur de la société. L’outil est toutefois dimensionné pour consommer 50 000 t/an de graines, capacité qui devrait être atteinte dans les cinq ans. Intact espère que son projet permettra une augmentation des surfaces de légumineuses localement. Selon un autre article de nos confrères de la France agricole du 31 mai (article payant), les agriculteurs approvisionnant l’usine bénéficient d’une prime de 30 €/t en 2026, distribuée par la coopérative Axéréal, actionnaire d’Intact.

Semences : Mas Seeds lance neuf fermes expérimentales pour « l’agriculture régénératrice »

Soucieux de bâtir des essais à long terme, à l’échelle de la rotation et d’une exploitation, pour une approche globale du sujet « agriculture régénératrice », Mas Seeds met en place un réseau de neuf fermes expérimentales. L’objectif : tester, en grandes parcelles, en conditions réelles et avec le matériel de l’agriculteur, des innovations qui auront fait leurs preuves en micro-parcelles. Les neuf fermes, réparties des Landes à la Normandie, sont représentatives de différents systèmes de culture (agriculture de conservation des sols ou techniques culturales simplifiées) et de différents contextes pédoclimatiques. Trois thématiques principales vont être déployées : développer des solutions combinant agronomie et génétique pour accompagner la transition des systèmes maïs et tournesol ; identifier les couverts végétaux et les mélanges fourragers les mieux adaptés à un contexte cultural et pédoclimatique donné ; et repérer les variétés de maïs et de tournesol les plus performantes dans les systèmes régénératifs. Les premiers résultats devraient, dès 2027, servir de support à l’animation d’échanges entre agriculteurs et ainsi favoriser le partage d’expériences et l’apprentissage collectif autour de ces innovations testées. (Anne Gilet)

Fruits : Saveurs des Clos va conditionner les pêches et nectarines de La Melba

Avec un chiffre d’affaires en baisse et un résultat financier négatif cumulé depuis plusieurs années, une nouvelle stratégie pour les fruits à noyaux en terres catalanes s’impose pour la coopérative roussillonnaise La Melba : les 6 000 t de pêches et nectarines seront conditionnées cette année par Ille Fruits (actionnaire unique du groupe Saveurs des Clos) à quelques kilomètres, mais La Melba continue son activité de vente ainsi que le conditionnement des abricots, à hauteur de 1 800 t (dont 400 t apportées par Ille Fruits). Affaiblie par une érosion du volume de pêches et nectarines et une stratégie de conversion progressive des vergers de fruits à noyau vers l’amande, aux rendements plus faibles, la coopérative La Melba et ses producteurs n’ont pu redresser la barre. Une nouvelle gouvernance se met en place avec un nouveau président depuis le 22 février, Alexandre Vargas. Quant à Saveurs des Clos, déjà parmi les leaders français de pêches et nectarines en volume, il se positionne désormais comme un « méga conditionneur » de cette espèce, augmentant par ailleurs « sa production en propre de 2 000 t », indique François Bès, son dirigeant. Son prévisionnel pour 2026 est de 23 000 t de pêches et nectarines, assuré par ses producteurs et un réseau de producteurs partenaires. (Florence Rabut)

Grande distribution : l'Autorité de la concurrence examine le dossier Auchan-Intermarché

L'Autorité de la concurrence a annoncé le 1er juin qu’elle allait examiner le projet d'Auchan et du Groupement Mousquetaires de créer une entreprise commune pour l'exploitation de 167 magasins en France. Ces magasins, actuellement exploités sous enseigne Auchan, le seront sous Intermarché ou Netto, et seront contrôlés de manière conjointe, selon le projet. Le 22 mai, la Commission européenne a estimé que l'Autorité de la concurrence était la mieux placée pour étudier cette opération de concentration « au regard notamment de son impact sur le marché national », peut-on lire sur le site de l'Autorité. Cette dernière « devrait se prononcer d’ici le début du mois de juillet 2026 », a-t-elle encore précisé. Auchan, cinquième distributeur français, souffre depuis des années de la concurrence des groupements indépendants, où les conditions sociales notamment sont généralement moins-disantes, et de son positionnement historiquement fort sur les hypermarchés, moins en vogue. Il a ainsi lancé une vaste transformation de son parc français afin de sortir la tête de l'eau, dont un partenariat avec le groupement d'indépendants Les Mousquetaires regroupant les enseignes Intermarché, Netto, Les comptoirs de la bio, Bricomarché, Brico Cash, Bricorama, Roady et Rapid Pare-Brise.

RHD : les fournisseurs des collectivités proposent des mesures anti-retards de paiement

Dans un communiqué du 1er juin, huit organisations patronales*, dont la CGF (grossistes) et le SNRC (sociétés de restauration collective), réclament des mesures de lutte contre les retards de paiement du secteur public. Elles formulent « six mesures concrètes », dont un dispositif de contrôle et un régime de sanction pour les retards de paiement des pouvoirs adjudicateurs ; la possibilité de résilier le titulaire d'un marché public en cas d'impayés ; ou encore le moyen de rendre effectif le paiement automatique de droit des intérêts moratoires dus aux entreprises. Ces propositions font écho à la proposition de loi du sénateur (LR) Olivier Rietmann visant à fortement durcir les sanctions pour les entreprises clientes tardant à régler leurs factures, et enrayer ainsi les défaillances de PME. « Alors que les pouvoirs publics appellent légitimement les entreprises à faire preuve d’exemplarité dans leurs relations commerciales, notamment en période de crise, les organisations signataires rappellent que cette exigence doit d’appliquer également à la sphère publique ». Dans cette dernière, des pratiques visent à retarder artificiellement le point de départ des délais de paiement, dénoncent les organisation.
* Medef, CPME, CGF et organisations sectorielles

Boissons sucrées : la Chine envisage la mise en place d’une taxe

La Chine étudie l’instauration d’une taxe sur les boissons sucrées (dont le marché domestique est évalué à environ 84 Md€), rapporte les Services économiques (SER) de la Direction générale du Trésor (ministère français de l’Économie) de Pékin dans leur veille du 6 mars. L’objectif est de ramener la consommation quotidienne de sucres ajoutés à 25 g par personne d'ici 2030, contre environ 30 g actuellement. Le calendrier de mise en œuvre reste toutefois incertain. Cet objectif rejoint les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise de réduire l’apport en sucres libres à moins de 10 % des apports énergétiques quotidiens, et idéalement à moins de 5 %, soit environ 25 g/jour pour un adulte. La Chine figure aujourd’hui parmi les rares grandes économies à ne pas disposer d’une taxe sur les boissons sucrées, alors qu’au moins 116 pays avaient déjà adopté un tel dispositif à la mi-2024, rapporte l’OMS. Selon une étude de l’université de Pékin et de l’Académie chinoise des sciences sociales, citée par les SER de Pékin, une taxe de 20 % sur les boissons sucrées, appliquée entre 2026 et 2050, permettrait d’éviter près de 130 000 décès prématurés tout en engendrant 36,9 Md€ de recettes publiques.