Agra Fil du 28 mai 2026

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Budget de l'UE: les Vingt-sept toujours aussi divisés

Les ministres des Affaires européennes se sont montrés une nouvelle fois divisés, lors de leur réunion du 26 mai à Bruxelles, concernant le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034. Deux camps en particulier continuent de s’opposer: d’un côté le groupe des pays dits «frugaux» - constitué de contributeurs nets au budget de l’UE issus du nord de l’Europe – et de l’autre les autoproclamés «Amis de la Cohésion» et accessoirement de la Pac regroupant les pays d’Europe centrale et orientale mais aussi du sud de l’UE. Ces derniers ont adopté, la veille, une déclaration commune signée par seize délégations emmenées par la Roumanie (Espagne, Italie, Pologne…) dans laquelle elles déplorent que «la politique de Cohésion, les politiques agricoles et de la pêche soient les seules à subir des réductions en termes réels, malgré l’augmentation globale de la taille du nouveau CFP». Neuf États membres contributeurs nets au budget (Suède, Danemark, Finlande, Autriche, Pays-Bas, Allemagne, France, Irlande et Belgique) se sont, eux, réunis pour un petit déjeuner le 26 mai. L’Allemagne notamment a plaidé pour un budget restreint focalisé sur les nouvelles priorités comme la défense et la compétitivité. La France, la Belgique ou l’Irlande se sont placées dans une position intermédiaire plaidant pour le maintien du budget alloué à la Pac. Dans ce contexte, la présidence chypriote du Conseil de l’UE prévoit de présenter le 10 juin un premier projet de cadre pour les négociations budgétaires à venir (appelé «négo box»).

UE/Etats-Unis : les Etats membres confirment les textes de l’accord commercial

Les représentants permanents des Etats membres (Coreper II) ont validé, le 27 mai, l’accord politique obtenu le 19 mai à l’issue de négociations interinstitutionnelles concernant les textes mettant en musique la déclaration transatlantique conclue en juillet à Turnburry (Écosse). Cette confirmation ouvre désormais la porte à l’adoption finale des textes par le Parlement européen. Les membres de la commission du Commerce international se prononceront le 2 juin avant un passage en plénière possible dès la session du 15 au 18 juin à Strasbourg. Le Conseil de l’UE pourrait alors être en mesure finaliser la procédure avant la fin de la présidence chypriote prévue le 30 juin avant la date butoir du 4 juillet fixée par le président américain Donald Trump. Dans le détail, ces textes permettent de faciliter l’accès au marché européen de certains produits industriels et agricoles des États-Unis. En échange, l’UE a obtenu un maintien à 15 % du taux de droits de douane américains sur ses exportations. Le compromis intègre également un ensemble de clauses de protection additionnelles.

Outre-mer: les ministres de l'Agriculture français, espagnol et portugais demandent à préserver le Posei

Dans une lettre remise le 26 mai au commissaire européen, Christophe Hansen, en marge de la réunion du Conseil Agriculture à Bruxelles, les ministres français, espagnol et portugais demandent une reconduction «de l'acquis du Programme d'options spécifiques au caractère éloigné et insulaire des régions ultrapériphériques (Posei), qui permette de reconnaître explicitement les contraintes structurelles liées à l'insularité et à l'éloignement de ces régions». Les trois ministres souhaitent une hausse du plafond annuel de financement pour le secteur agricole des régions ultrapériphériques « alors que les coûts de production ont fortement augmenté au cours des deux dernières décennies ». Ils expriment leurs «vives inquiétudes quant aux taux de cofinancement proposés par la Commission, qui témoignent d'un désengagement de l'UE envers ces régions et pourraient compromettre sérieusement leur capacité à mettre en œuvre des mesures agricoles». Selon eux, l’absence de mesures de soutien financées à 100%, «contrairement à celles qui existent actuellement pour le Posei», pose d’importantes difficultés. Enfin, les ministres estiment que, dans le cadre de la Pac, le taux de cofinancement demandés pour les aides compensatoires pour contraintes naturelles ou des mesures agroenvironnementales ne devrait pas dépasser 15%.

Pesticides : les Vingt-sept valident leur position sur les conditions de pulvérisation par drone

Les ambassadeurs des Etats membres ont finalisé, le 27 mai, leur position sur une partie de la de la proposition de simplification omnibus concernant la sécurité alimentaire. Il s'agit notamment du texte visant à faciliter l’utilisation de drones pour l’épandage de pesticides qui permet des dérogation supplémentaire pour certains types de drones dans le cadre de la directive relative à l’utilisation durable des pesticides. Les Vingt-sept ont précisé que l’acte délégué identifiant les types de drones pouvant être utilisés pour la pulvérisation devrait être adopté dans un délai de 30 mois. Dans l’intervalle, ils souhaitent des mesures transitoires facilitant le recours à ces drones. Par ailleurs, les ambassadeurs ont aussi convenu de leur position concernant l’allègement des obligations de tenir un registre des traitements médicamenteux administrés et du nombre de décès dans le cadre de la Directive relative à la protection des animaux d’élevage. Concernant le deuxième groupe de compromis, qui touche au cœur de la proposition de Bruxelles – à savoir la réforme du système d’autorisation des produits phytosanitaires –, un projet de mandat est en phase de finalisation, avec l’objectif d’une validation d’ici la mi-juin.

Engrais/cadmium: les députés de la coméco adoptent une trajectoire de baisse plus ambitieuse

Les députés de la commission des affaires économiques (coméco) ont adopté, le 27 mai, la proposition de loi (PPL) visant à « réduire les risques sanitaires liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation » du député écologiste Benoît Biteau (Charente-Maritime). La PPL propose d’abaisser la teneur maximale de cadmium dans les engrais organo-minéraux phosphatés à 40mg par kilo d’anhydride phosphorique (P2O5) à partir du 1er janvier 2027, et à 20mg/kilo de P2O5 à partir du 1er janvier 2030. Un pas de temps significativement plus rapide que celui souhaité par le gouvernement dans le projet d’arrêté qui vient d'être mis en consultation publique le 26 mai (voir plus haut). La coméco a notamment rejeté un amendement donnant la prévalence à la règlementation européenne sur le cadre français, et un sous-amendement permettant des dérogations « lorsque la sécurité de l’approvisionnement agricole (en engrais phosphatés, NDLR) est gravement menacée ». Le rapporteur Benoît Biteau a souligné qu’« il est urgent d’agir » vu la « surcontamination des Français au cadmium », d’autant que les producteurs d’engrais sont prêts pour la trajectoire proposée dans la PPL. « Les producteurs d’engrais eux-mêmes nous disent qu’ils ne sont absolument pas en difficulté à franchir cette première marche » d’arriver à 40mg/ kilo de P2O5 en 2027, a exposé Benoît Biteau. De plus, « les méthodes de décadmiation étant particulièrement au point, les producteurs d’engrais nous disent : nous ne serons pas en difficulté pour atteindre les 20mg en 2030 ».

Cadmium/engrais : l’arrêté sur les teneurs et flux en consultation publique, tel qu'annoncé

Le ministère de l’Agriculture a mis en consultation publique, jusqu’au 30 juin, le projet d’arrêté qui modifie les teneurs et flux maximaux de cadmium des matières fertilisantes. Sans surprise, ce projet d’arrêté attendu dans le cadre du « socle commun » prévoit un abaissement progressif des seuils dans le temps. Comme annoncé le 25 mars par la Rue de Varenne, la teneur maximale de cadmium dans les engrais minéraux et organo-minéraux est abaissée à 60mg par kilo d’anhydride phosphorique (P205) en 2027 (soit le niveau européen, NDLR), puis à 40mg/kg de P205 en 2030 (ou bien 2mg/kg de matière sèche), et à 20mg/kg de P205 (ou bien 1mg/kg de MS) « au plus tard le 1er janvier 2038 » à l’issue d’une étude d’impact. Dans les boues de station d’épuration et digestats, comme attendu par les professionnels, la teneur maximale de cadmium passe de 10 à 5mg/kg de MS en 2030. Concernant les apports maximaux en cadmium (flux) dans les sols, pour les engrais minéraux et organo-minéraux, ils passeront de 3g/ha/an en 2027 à 2g d’ici 2038 suivant l’étude d’impact. Pour rappel, cette limite à 2g est recommandée par l’Anses dans son dernier avis présenté le 24 mars. Pour les boues et digestats, les flux sont abaissés à 10g/ha/an en 2027, à 5g en 2030 puis à 2g d’ici 2038. 

Retraite agricoles : en commission, les députés adoptent une PPL de revalorisation amoindrie

La commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a adopté le 27 mai la proposition de loi (PPL) du député Julien Brugerolles (GDR, Puy de Dôme) visant la revalorisation des pensions des retraites agricoles. L'auteur du texte a proposé lui-même, et fait adopter la suppression de l’article 2 du texte, qui prévoyait l’exclusion du complément différentiel de points de retraite complémentaire obligatoire (CD-RCO) de l’assiette de la contribution sociale généralisée, de la contribution pour le remboursement de la dette sociale et de la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie. « La suppression ne remet pas en cause le principe de la mesure. Elle en réserve l’adoption au véhicule législatif approprié et invite le gouvernement à l’inscrire en loi de financement de la sécurité sociale », a indiqué Julien Brugerolles. Un risque d’inconstitutionnalité pour méconnaissance des règles organiques relatives au domaine des lois de financement de la sécurité sociale a été mis en avant. Le texte sera débattu en séance publique le 2 juin. 

Projets d’avenir : « pas d’inquiétude » chez JA sur leur financement

Le financement des projets d’avenir, inscrits dans la loi d’urgence agricole débattue à l’Assemblée, ne suscite « pas d’inquiétude », a déclaré le 27 mai le président de JA Pierrick Horel. « Pour l’instant pas d’inquiétude, parce que c’est allé très vite depuis la genèse du projet en 2024 » chez Jeunes agriculteurs, a-t-il affirmé en conférence de presse. Pierrick Horel envisage « un financement un peu protéiforme : une partie issue de la Pac, une partie d’engagement personnel des agriculteurs souhaitant opérer ces transitions (…) et puis les distributeurs, la transformation, qui doivent s’engager eux aussi. » Les projets d’avenir constituent, à ses yeux, « un projet de changement de modèle agricole et donc un projet de société ». A ce titre, « il faudra se poser la question de comment on s’engage collectivement dans le financement ». Le 20 mai, les députés ont voté pour accompagner les projets d’avenir. Interrogée sur le financement, Annie Genevard avait déclaré qu'il pourrait s'agir de crédits européens, régionaux, nationaux et d'investisseurs privés. « Ce sont des financements qu'il faudra aller chercher, en effet, et ce sera une des missions des Régions », avait-elle ajouté. Donc « vous confirmez qu'il y a zéro budget associé à ces projets », lui avait lancé Aurélie Trouvé (LFI), dénonçant une « coquille vide ».

Présidentielle : invités par les JA, Attal, Retailleau, Tanguy, Tondelier, Trouvé débattront le 4 juin

Le syndicat Jeunes agriculteurs (JA) a invité cinq figures politiques, du RN à LFI, en clôture de son congrès le 4 juin pour débattre sur « leur vision pour la jeunesse agricole » à un an de l'élection présidentielle et en plein débat sur la loi d'urgence agricole. Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance, Bruno Retailleau, président des Républicains, Jean-Philippe Tanguy, député Rassemblement national de la Somme, Aurélie Trouvé, députée La France insoumise de Seine-Saint-Denis, et Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, sont annoncés pour un débat lors du congrès qui se tiendra à Bourg-en-Bresse (Ain) du 2 au 4 juin, a annoncé le syndicat. « Jeunes Agriculteurs (JA) compte bien peser dans les débats en 2027, afin que notre futur président de la République se saisisse au mieux durant son mandat des enjeux du renouvellement des générations », a indiqué le syndicat dans un communiqué. Lors de son congrès, les JA renouvelleront aussi leur conseil d'administration et leur présidence, et présenteront leur rapport d'orientation annuel sur la place de l'agriculture en Europe et dans le monde avec une attention particulière sur le commerce international.

Politiques agricoles : les Français placent le revenu des agriculteurs en priorité (sondage)

Selon un sondage réalisé en avril pour les organisateurs des Journées nationales de l'agriculture, 25 % des Français estiment que « l'objectif prioritaire de l'agriculture française pour les 20 prochaines années » doit être d'« assurer un revenu juste aux agriculteurs ». Cet objectif arrive juste devant celui de « privilégier la qualité des produits » (24 %) et de « produire davantage localement » (18 %). L'objectif de « préserver l'environnement » n'arrive qu'en quatrième position (14 %), juste devant celui de « nourrir une population croissante » (11 %), d'« améliorer la productivité des cultures » (4 %) et d'« accélérer l'innovation technologique » (3 %). Questionnés sur les trois évolutions qui leur « posent le plus d'interrogations », les Français interrogés citent d'abord une agriculture française « plus dépendante aux importations étrangères » (38 % des réponses), ensuite « plus chère pour les consommateurs » (37 %), puis « plus influencée par les grands groupes/lobbies agroalimentaires » (35 %), et « plus difficile pour les agriculteurs » (35 %). La crainte d'une agriculture « moins respectueuse de l'environnement » n'arrive qu'en cinquième position (28 %), devant celle d'une agriculture « plus industrialisée » (27 %) et « plus dépendante des aléas climatiques » (26 %).

Sainte-Soline : les organisateurs rejugés en appel dénoncent un « procès politique »

Les militants syndicaux et associatifs rejugés en appel, le 27 mai à Poitiers, pour l’organisation de la manifestation de 2023 à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) ont dénoncé un « procès politique » avant l’ouverture du procès. « On nous met devant les tribunaux pour terrifier et faire taire les mouvements », a déclaré Benoît Feuillu, porte-parole des Soulèvements de la Terre, en conférence de presse. Ce militant écologiste avait été condamné en première instance à trois mois de prison avec sursis, pour avoir organisé une manifestation, interdite par les autorités, le 25 mars 2023 à Sainte-Soline, avec d’autres prévenus membres du collectif Bassines non merci (BNM) et de la Confédération paysanne. Parmi les prévenus figurait également Julien Le Guet, porte-parole de BNM, condamné à six mois de prison avec sursis. Ce rassemblement organisé contre la construction d’une vaste réserve d’eau dédiée à l’irrigation agricole avait donné lieu à de violents affrontements avec les forces de l’ordre, au cours desquels des dizaines de personnes avaient été blessées, dont deux opposants plongés plusieurs semaines dans le coma. L’enquête sur ces violences a été classée sans suite fin 2025 ; le parquet de Rennes estimant n’avoir pu identifier les auteurs de tirs de grenades illicites. Le collectif BNM dénonce une enquête « bâclée » et réclame que « toute la lumière soit faite sur les responsabilités de cette violence d’État ».

Foncier : les zones d'activité économique arrivent à saturation (étude)

Le foncier économique continue de se raréfier en France malgré une demande d’implantation de projets qui ne faiblit pas, selon un baromètre publié le 26 mai. Les intercommunalités, qui exercent la compétence de développement économique avec les régions, gèrent quelque 15 000 zones d’activité économique sur environ 300 000 ha. « Le phénomène de saturation des zones d’activité semble se confirmer » et pourrait intervenir « dès 2027 », soulignent dans un communiqué commun Intercommunalités de France, le Cerema et la Banque des territoires. Quelque 81 % des 215 intercommunalités interrogées disent ainsi refuser l’implantation de projets économiques faute de foncier, contre 67 % en 2022. Ce phénomène est renforcé par un « détournement des usages » puisque l’équivalent de 17 terrains de football par intercommunalité ont en moyenne été déclassés de leur fonction industrielle depuis cinq ans au profit d’autres usages. Si la demande en immobilier de bureaux et de commerces baisse, ce n’est pas le cas de l’industrie, de l’artisanat, de la logistique tandis que de nouveaux acteurs émergent comme les « data centers ».

Loup/loi d’urgence : les députés créent des tirs dérogatoires de « légitime défense »

Lors de l’examen en séance publique du projet de loi d’urgence agricole, le 26 mai, les députés ont adopté un amendement considérant que le tir de défense contre le loup est « présumé légitime » en cas « d’attaque imminente » ou « d’intrusion manifeste » d’un loup dans « un espace pastoral protégé » (clôturé). Dans ces deux cas, l’amendement prévoit que, « par dérogation », un éleveur ou « ses préposés » peuvent réaliser des tirs de défense sans « aucune autorisation préalable ni récépissé dès lors que la réalité de l’attaque ou de la menace caractérisée est constatée a posteriori par les agents assermentés ». Les loups ainsi abattus « s’imputent par priorité sur le plafond annuel de prélèvements » défini au niveau national. Déposé par des élus RN, l’amendement a été adopté à une large majorité (94 pour, 66 contre), avec le soutien du groupe DR (Droite républicaine, LR). De leur côté, le gouvernement et le rapporteur ont émis des avis défavorables, considérant la demande du RN « satisfaite » par les tirs sur simple déclaration proposés par l’exécutif dans le texte. Un assouplissement déjà considérable par rapport au régime actuel d’autorisation individuelle. Dans ce cadre, « 3 000 tirs ont été autorisés » en 2025, a rappelé la ministre de l‘Agriculture en séance.

Loup : les députés suppriment l’obligation de réduction de la vulnérabilité pour les bovins

Lors de l’examen en séance publique, le 26 mai, du projet de loi d’urgence agricole, les députés ont adopté plusieurs amendements identiques supprimant l’obligation pour les élevages bovins et équins de mettre en place des mesures de réduction de la vulnérabilité pour bénéficier de tirs de défense contre le loup. Un vote contre l‘avis du rapporteur et du gouvernement. Travaillés avec la FNSEA, ces amendements inscrivent dans le Code de l’environnement que, « compte tenu de l’absence de moyens de prévention efficaces disponibles pour protéger les élevages de bovins et d’équins, les tirs sont autorisés sans autre condition dans les territoires colonisés par le loup ». Selon le cadre actuel, issu de la loi d’orientation agricole de mars 2025, pour pouvoir accéder aux tirs, les élevages bovins et équins ayant subi une prédation doivent avoir mis en place une mesure de réduction de la vulnérabilité (au choix parmi une dizaine de mesures listées par la réglementation). Le 26 mai, les députés ont aussi adopté plusieurs nouvelles dispositions : possibilité pour les préfets d’autoriser l’intervention des louvetiers (au lieu du seul préfet coordonnateur) ; extension de la possibilité pour les éleveurs de réaliser eux-mêmes un constat de dommages ; définition légale des « zones difficilement protégeables ».

Loup/loi d’urgence : les députés autorisent les lunettes de tir infrarouges pour les éleveurs

Réunis le 27 mai en séance publique pour examiner le projet de loi d’urgence agricole, les députés ont adopté une série d’amendements ouvrant la voie à l’utilisation par les éleveurs de « lunettes de tir à visée utilisant la technologie d’intensification de lumière ou d’infrarouge passif » dans le cadre des tirs de défense contre le loup. Une demande de longue date des syndicats agricoles majoritaires, alors que cet équipement est aujourd’hui réservé aux lieutenants de louveterie et aux agents de l‘OFB. Avec l’assentiment du rapporteur, une large majorité de députés (145 pour, 34 contre), du PS au RN, ont voté dans ce sens, contre l’avis du gouvernement, réticent à élargir l’utilisation de ces outils classés comme « arme de guerre ». Les élus ont fixé des conditions pour que les éleveurs ou leurs « mandataires » puissent accéder aux lunettes de tir à vision nocturne : disposer d’un permis de chasse valide, avoir suivi une formation préalable auprès de l’OFB, et avoir « préalablement participé à une opération [de gestion de la prédation] encadrée par un ou plusieurs lieutenants de louveterie ». Il reviendra au préfet de département de délivrer une autorisation, valable 30 jours et limitée à la commune où s’est déroulée ladite opération ainsi qu’aux communes limitrophes.

Élevage : la vague de chaleur précoce fait craindre d’importantes pertes de production

L’épisode de fortes chaleurs que traverse actuellement la France, avec des conditions caniculaires dans le Nord-Ouest, pourrait avoir d’importantes conséquences sur les filières d’élevage, a averti David Renaudeau, chercheur au sein de l’unité Pegase de l’Inrae Bretagne Normandie, lors d’une conférence le 27 mai. Il souligne la vulnérabilité particulière de l’ouest du pays, qui concentre 75 % de la production porcine française, 80 % de la production de poulets de chair et 20 % du cheptel laitier. La précocité de l’épisode aurait par ailleurs pris de nombreux éleveurs de court : « Il existe une relative impréparation des éleveurs, qui n’ont par exemple pas vérifié leur système d’abreuvement », observe M. Renaudeau. Les premiers effets attendus concernent une baisse de la production de viande, de lait et d’œufs. Chez les vaches laitières, l’Inrae observe habituellement une diminution immédiate d’environ 5 % de la production lors des vagues de chaleur. « Les effets perdure une fois la vague terminée » ajoute M. Renaudeau, évoquant des pertes de production « relativement importantes » pour les éleveurs. Une altération de la qualité est également attendue. Dans les élevages de poules pondeuses, par exemple, des œufs de plus petit calibre et plus fragiles ont déjà été signalés, avec des risque de déclassement. Enfin, les conséquences les plus visibles concernent la surmortalité animale, même s’il est encore trop tôt pour évaluer précisément les pertes liées à cet épisode.

Insectes : six parlementaires demandent une commission d’enquête sur l’usage des fonds publics

Six parlementaires ont demandé le 26 mai que soit tiré « le bilan des errements de ce secteur de l’élevage français », en l’occurrence l’élevage d’insectes. « Nous appelons à un moratoire sur les nouveaux financements publics à l’élevage d’insectes ainsi qu’à l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire, ou a minima d’une mission d’information, sur l’usage des fonds engagés », peut-on lire dans une tribune publiée dans l’Humanité, signée par Rémi Cardon, sénateur SER (Somme), Samantha Cazebonne, sénatrice RDPI (Français établis hors de France), Daniel Salmon, sénateur écologiste (Ille-et-Vilaine), Sandrine Rousseau, députée écologiste (Paris), François Ruffin, député Debout ! (Somme) et Anne Stambach-Terrenoir, députée LFI (Haute-Garonne). Depuis ces derniers mois, les difficultés des plus importantes entreprises d’élevage et de transformation d’insectes ont mis en lumière les financements publics mobilisés. Fin avril, un rapport de l’Observatoire des subventions et aides agricoles en France (Obsaf) et de l’Observatoire national de l’élevage d’insectes (Onei) a indiqué qu’au moins 280 millions d’euros de financements publics (État, Bpifrance, collectivités, Union européenne…) ont été accordés aux principales entreprises du secteur.

Sucre : entrée en vigueur de la suspension du régime de perfectionnement actif

Après son adoption le 30 avril par les experts des États membres, le règlement d’exécution de l’UE actant la suspension du régime du perfectionnement actif en ce qui concerne le sucre brut de canne pour l’obtention de sucre blanc est entré en vigueur le 26 mai. Ce régime douanier européen, qui n’est pas spécifique au secteur du sucre, offre la possibilité d’importer un produit brut hors-UE sans droits de douane ni TVA afin de le transformer et de le réexporter. Avec cette disposition, l’objectif de l’exécutif européen est de soulager le marché européen du sucre et de rétablir son équilibre, en atténuant la pression exercée par les importations en franchise de droits dans le cadre de ce régime. En parallèle, Bruxelles s’engage à évaluer l’incidence de la suspension dans les six mois suivant l’entrée en vigueur de la mesure. Au cours de cette période, elle analysera aussi «les options permettant d’améliorer le fonctionnement du perfectionnement actif dans le secteur sucrier». Cette suspension reste applicable pour une période de douze mois, jusqu’au 27 mai 2027.

Céréales : chaleur sans effet majeur à ce stade sur la récolte 2026

Contacté par Agra Presse le 27 mai, Stéphane Jézéquel, directeur scientifique d’Arvalis, indique que les fortes chaleurs précoces survenues ces derniers jours ne devraient pas avoir, pour le moment, d’effet majeur sur les récoltes françaises céréalières 2026. Les rendements et les poids spécifiques (PS) pourraient être légèrement affectés, la chaleur pénalisant le remplissage des grains. Mais les plantes peuvent récupérer « si les nuits sont plus fraîches, en dessous des 20°C », et si la situation ne dure pas trop longtemps. « Les températures devraient revenir à des niveaux plus normaux dès ce samedi, et la semaine suivante s’annonce plus fraîche », rassure le scientifique. Il rappelle que la période de floraison s’est déroulée dans de bonnes conditions (bonne luminosité et bonne hydratation des sols dans l’ensemble), permettant aux plantes de produire une bonne quantité de grains dans l’ensemble. Par ailleurs, il se pourrait que la chaleur engendre « une petite hausse de la concentration en protéine. La plante ne produit pas plus de protéine, mais la chaleur, affectant quelque peu le remplissage des grains, peut réduire celle d’amidon, faisant que le rapport amidon sur protéine soit favorable à la protéine ». 

Céréales/herbicides : l’AGPB va demander une dérogation pour le triallate

Lors de la première journée du congrès de l’AGPB (producteurs de blé, FNSEA) tenu à Nancy le 26 mai, son président Éric Thirouin a annoncé que l’association spécialisée allait demander une dérogation afin de pouvoir utiliser des produits contenant du triallate, un herbicide appliqué en céréales. Dans une vidéo diffusée le même jour, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard déclarait que « de nouveaux produits à base de triallate sont aujourd’hui en cours d’évaluation. Je vous confirme qu’en attendant les conclusions de l’Anses sur ces dossiers, des demandes de dérogation de 120 jours peuvent être portées pour examen auprès de la DGAL ». Le président de l’AGPB a répondu dans la foulée : « chiche […] On ne va pas se gêner pour demander la dérogation ». Il a tenu à rappeler que « le triallate est homologué dans les autres pays, mais pas en France », malgré une demande d’homologation qui avait été déposée en 2024. « S’il y avait une reconnaissance mutuelle (entre exigences européennes et françaises), on n’en serait pas là », a déploré Éric Thirouin. Rappelons que les parcelles céréalières françaises sont soumises à une forte pression adventice, particulièrement de ray-grass et de vulpin.

Malt : Soufflet Malt et Inrae lancent un projet de recherche sur les alternatives au cacao

Dans un communiqué du 27 mai, le malteur Soufflet Malt et Inrae, ont annoncé le lancement, via Ferments du Futur (partenariat public-privé incluant aussi l’Ania), d’un projet de recherche afin de développer « de nouveaux ingrédients issus de la fermentation solide du malt, avec une première application dans la création d’une alternative au cacao ». Pour rappel, cette stratégie de trouver des alternatives au cacao, dans un contexte de flambée de son prix, avait été annoncée par Soufflet Malt l’an dernier, dans le cadre de son plan stratégique à horizon 2030. Plus en détail, la fermentation en question consiste à « cultiver des micro-organismes sur des graines germées (d’orge, NDLR) afin de développer des composés aromatiques spécifiques ». Ce genre de procédé, dans un premier temps utiliser pour copier les arômes du cacao, peut être utilisé sur d’autres céréales ou des légumineuses, pour d’autres applications alimentaires. Le malteur indique que le programme scientifique a en réalité déjà commencé en janvier 2026, et s’étalera sur 18 mois. En parallèle se déroulera le démarrage « d’un démonstrateur préindustriel de 4 tonnes situé à Nogent sur Seine au sein des équipes R&D de Soufflet Malt ».

Vin : la coopérative Plaimont crée un fonds de dotation pour sauvegarder d’anciens cépages

La coopérative viticole Plaimont, implantée en Gascogne et piémont pyrénéen, crée un fonds de dotation pour sauvegarder d’anciens cépages, a-t-elle annoncé le 27 mai. Baptisé Cercle des cépages vivants, cet organisme de mécénat en appelle aux dons d’entreprises et particuliers. « Redonner vie à des cépages oubliés, c’est préparer l’avenir. Car ce sont parfois ces cépages qui résistent le mieux aux excès climatiques d’aujourd’hui », déclare la responsable R&D Elodie Gassiolle, citée dans le communiqué. Deux projets sont déjà en vue. L’un concerne le transfert d’un conservatoire de sélections intra-variétales gros manseng et petit courbu (près de 2 500 pieds), implanté depuis plus de 25 ans à Saint-Mont (Gers). L’autre vise la sauvegarde d’une parcelle datant de 1910, où se trouvent « plusieurs cépages rares ou encore inconnus ». Le fonds poursuit comme mission d’innover, à travers l’étude du potentiel agronomique et œnologique des cépages anciens. Il s’attache à transmettre, par exemple en accompagnant les jeunes vignerons dans la réimplantation de vieilles variétés. Des actions de communication auprès du grand public sont aussi prévues.

PPAM : moins de foyers acheteurs en 2025, sauf en bio

Le nombre d’acheteurs de PPAM a poursuivi sa baisse en 2025, selon la dernière livraison du panel consommateurs Kantar pour FranceAgriMer et Valhor (interprofession). Les foyers acheteurs ont représenté 12 %, contre 14 % en 2024 et 20 % en 2021 (pic historique post Covid). En revanche, la situation bio semble se stabiliser depuis trois aux alentours de 5 % de foyers acheteurs. Le bio représente 36 % des dépenses (-11 %/2024) et 34 % des volumes (-6 %). Les PPAM conventionnelles (64 % du marché) sont en recul de 17 % en sommes dépensées et de 5 % en volumes. D’une manière générale, les plantes aromatiques et médicinales représentent 1/5e des dépenses en végétaux pour le potager. Le basilic occupe nettement la première place aussi bien en volumes qu’en dépenses : respectivement 32 % et 34 %. Le persil (18 % des ventes, 22 % des volumes) et le thym (14 % et 11 %) viennent ensuite. En bio, la menthe s’octroie la seconde place derrière le basilic avec 12 % des dépenses. « Pourtant, les opportunités de végétalisation permettent dans ce marché de cibler les ruraux mais aussi les urbains avec 36 % des plantes destinées au balcon, à la terrasse, la véranda… », note l’interprofession horticole.

Nutrition : consommation de légumineuses très inférieure aux recommandations (étude)

La consommation de légumineuses des Français est encore « trop modeste » par rapport aux recommandations sanitaires, révèle une enquêtée réalisée par le cabinet C-Ways et financée notamment par Terres Univia, l'interprofession des huiles et protéines végétales. Le niveau moyen de consommation atteint 1,6 kilo par an et par adulte, alors qu'il faudrait consommer environ 5 kilos de légumineuses par an et par adulte pour respecter les préconisations du Programme national nutrition santé (PNNS). L’étude met en avant des disparités selon le profil des consommateurs. La consommation moyenne est la plus faible chez les 18-34 ans et les 45-64 ans (1,4 kg/an), tandis qu’elle est plus élevée chez les 35-44 ans et les 65-79 ans (1,9 kg/an). Les adultes vivant avec des enfants consomment également moins de légumineuses (environ 1,2 kg/an) que les personnes vivant seules ou en couple sans enfant (autour de 2,0 kg/an). En outre, la profession est un déterminant important de consommation : les cadres affichent des niveaux élevés (2,4 kg/an), devant les agriculteurs, les artisans, les commerçants et les professions intermédiaires (2,2 kg/an), les employés (1,4 kg/an) et les ouvriers (0,4 kg/an). « Les résultats de cette nouvelle enquête (…) confirment l’ampleur des enjeux d’éducation nutritionnelle et gustative à poursuivre pour atteindre les recommandations » analyse Marilou Keck, chargée de mission chez Terres Univia. 

Lait : Lactalis nomme Géraldine Amiel directrice générale communication et affaires publiques

Géraldine Amiel a été choisie par le groupe Lactalis pour devenir sa nouvelle directrice générale de la communication et des affaires publiques. Elle prend la suite d’Alexandra Laferrière. Géraldine Amiel occupait les fonctions de Senior Managing Director au bureau de Paris de la société de conseil FTI Consulting, après avoir occupé le poste de présidente de FGS Global pour la France. Avant de poursuivre son activité dans le conseil aux entreprises à partir de 2021, Géraldine Amiel a été journaliste économique à l’AFP, au Wall Street Journal et chef du bureau parisien de Bloomberg.

Erratum sur les tunnels de prix : pas encore d'évaluation remise au Parlement

Contrairement à ce que nous écrivions la veille, le gouvernement n'a pas remis de rapport d'évaluation sur l'expérimentation qui avait été faite des « tunnels » dans la filière bovine, dans le cadre de la loi Egalim 2. Dans sa réponse à Agra Presse, le président de la commission des Affaires économiques a confondu ce rapport avec celui de plusieurs sénateurs sur les marges de la grande distribution. Selon la loi Egalim 2, la remise de ce rapport d'évaluation devait se faire six mois avant la fin de l'expérimentation, qui avait commencé le 1er janvier 2022.