Agrafil du 12 décembre 2025

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Engrais : Bruxelles apporte quelques ajustements au MACF

La Commission européenne a adopté le 10 décembre trois règlements d’exécution (ici, et ) qui seront publiés sous peu, adaptant certains éléments du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (MACF), qui doit entrer en vigueur le 1er janvier, afin notamment de limiter l’augmentation des prix des engrais. Bruxelles a corrigé les valeurs de référence et valeurs par défaut pour ces produits. Mais, pour les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), qui plaident depuis des semaines pour un report de l’entrée en vigueur du MACF, « force est de constater que cela ne résoudra pas le problème ». Le Copa-Cogeca prévient qu’un élément clé du calcul du MACF « demeure inachevé : le certificat carbone », ce qui empêche les mélangeurs et importateurs d’engrais de passer de nouvelles commandes. Le lancement de la plateforme de certificats carbone est prévu pour 2027. « Tant que cette plateforme ne sera pas finalisée, le MACF devra être calculé sur la base du prix moyen trimestriel du CO2 après la passation d’une commande par les importateurs d’engrais », souligne le Copa-Cogeca. Résultat, selon lui : « Étant donné que le prix du CO2 peut fluctuer considérablement sur trois mois, cela engendre une énorme incertitude financière pour les importateurs ». De plus, déplore le lobby agricole, « aucune mesure n’a été proposée pour compenser les coûts liés au MACF pour les agriculteurs ». Sur ce point, le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, s'est récemment dit favorable à la mise en place de mesures compensatoires.

Engrais : Bruxelles soumet les importations d’urée russes à enregistrement

Dans le cadre de l’enquête antidumping ouverte en septembre, la Commission européenne a soumis à enregistrement, par un règlement d’exécution publié au Journal officiel de l’UE le 11 décembre, les importations d’urée en provenance de Russie. Celui-ci prendra fin neuf mois après son entrée en vigueur. Cette étape est cruciale dans l’hypothèse où les conclusions de l’enquête aboutiraient à l’institution de droits antidumping afin de percevoir rétroactivement ces sanctions sur les importations enregistrées. L’exécutif européen avait décidé d’ouvrir cette enquête à la suite du dépôt de plainte, le 11 août, par Fertilizers Europe, représentant plus de 25 % de la production totale d’urée de l’UE. L’organisation fait valoir l’existence de distorsions significatives de la part des produits russes, étant donné que les prix du gaz naturel – intrant essentiel pour la fabrication d’urée – étaient fixés par l’État russe à un niveau artificiellement bas. Les marges de dumping seraient, selon la coalition, comprises entre 34,5 % et 78,9 %, et le niveau d’élimination du préjudice se situerait entre 86 % et 120 % au cours de la période allant du 1er janvier au 30 décembre 2024. Cette procédure intervient alors que l’UE impose, depuis le 1er juillet, une hausse des droits de douane sur les engrais russes.

Pac : une majorité de ministres de l'Agriculture toujours remontés contre la proposition de budget

Le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen a beau assurer que, « avec la proposition de fonds unique, nous nous écartons de la structure actuelle du budget de la Pac avec ses deux piliers rigides et trop complexes », de nombreux ministres de l’Agriculture de l’UE contestent cette promesse de simplification. Au contraire, lors de leur réunion le 11 décembre à Bruxelles, une majorité d’entre eux a de nouveau critiqué la proposition de fusion des fonds de la Pac au sein des Plans de partenariats nationaux et régionaux. « Une première simplification serait déjà de rapatrier l’ensemble des disposition touchant l’agriculture au sein du règlement Pac », a souligné l’Estonie. La France a, quant à elle, rappelé son opposition « à la baisse des enveloppes budgétaires, alors que nos principaux concurrents (USA, Chine…) renforcent leurs aides ». Et la Slovaquie de rappeler que, « dans une semaine, plusieurs milliers d’agriculteurs seront devant ce bâtiment pour demander une Pac prévisible reposant sur deux piliers ». À l’appel des organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca), une manifestation est en effet prévue le 18 décembre à Bruxelles, en marge de la réunion des chefs d’État et de gouvernement qui commenceront à discuter du prochain cadre financier pluriannuel. Quelques ministres de l'Agriculture (Allemagne, Finlande, Suède) semblent toutefois se satisfaire de la proposition sur la table, demandant même encore plus de marges de manœuvre pour les États membres.

Climat : une prospective inédite sur la rentabilité des exploitations françaises à 2050

Dans une étude diffusée le 11 décembre, le Crédit agricole, Invivo, Sofiproteol et Unigrains ont modélisé, avec McKinsey, ce que pourrait devenir la rentabilité des exploitations françaises conventionnelles à horizon 2050, selon trois scénarios (voir les résultats détaillés dans Agra presse). Dans un scénario dit «d’adaptation retardée» (+2,3°C), les rentabilités (EBE) par hectare chutent si les pratiques n’évoluent pas, de 5 à 72% selon les types de fermes. Les grandes cultures irriguées du Sud et celles du Grand Est seraient très touchées. La dynamique est différent à l'échelle de l'exploitation, dont la taille va grandir : seuls quatre systèmes sur neuf voient leur EBE reculer. Les trois archétypes liés à l’élevage (bovin viande, lait et polyculture) progressent même, grâce à l’agrandissement qui bénéficie aux cultures de vente. Pour rétablir les rentabilités à l’hectare, les auteurs proposent des leviers d’adaptation (nouvelles cultures, photovoltaïque, Cive…) qui permettraient un maintien, voire une amélioration de la rentabilité à 2050. Mais ces schémas butent rapidement sur la capacité d’endettement des exploitations, face à laquelle les auteurs appellent à une mobilisation des filières et de l’Etat.

Bovins/DNC : en Ariège, les éleveurs foyers acceptent l’abattage, encore des tensions

Les éleveurs du Gaec de Mouriscou, aux Bordes-sur-Arize (Ariège), ont finalement accepté l’abattage de leurs 208 bovins, parmi lesquels avait été détecté un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), a annoncé la préfecture dans un communiqué le 11 décembre. Depuis la matinée du 10 décembre, plusieurs centaines d’agriculteurs (CR et Conf’ notamment) s’étaient rassemblés sur place afin de tenter empêcher l’abattage sanitaire. Après intervention des forces de l’ordre, « un expert et un vétérinaire se sont rendus sur l'élevage », rapporte France 3 Occitanie. L’abattage devait avoir lieu « dès que possible », a indiqué le préfet lors d’une conférence de presse en fin d’après-midi. Malgré l’appel du représentant de l’État à quitter les lieux, « un noyau de manifestants » était toujours sur place en début de soirée, occasionnant des tensions avec la gendarmerie, selon France 3. En parallèle, des blocages routiers se sont tenus en fin de journée aux portes de Toulouse, sur l’autoroute A68 (Haute-Garonne) et sur l’autoroute A9 (Aude). Après la Confédération paysanne le 4 décembre, la Coordination rurale a lancé un appel national à la mobilisation, via un communiqué du 11 décembre. Les syndicats minoritaires demandent la fin de l’abattage total et la vaccination généralisée contre la DNC.

Lait : accord entre Unell et Lactalis à 500 €/1 000 l pour 2025, +7 % vs 2024

L’Unell (association d’OP) et Lactalis France ont annoncé s’être accordés sur un prix du lait pour le mois de décembre, en moyenne nationale, à 440 €/1 000 l (38 de TB et 32 de TP). « Le prix moyen du lait conventionnel avoisinera ainsi, sur l’ensemble de l’année 2025, les 500 €/1 000 l toutes primes et qualités confondues, en progression de 7 %, soit 31 €, par rapport à 2024 », indiquent l’Unell et Lactalis France. Les deux partenaires ont échangé aussi sur « l’évolution du prix du lait pour les PGC France (produits grande consommation) – incluant le prix de revient agricole pour l’année 2026 », s’accordant sur « un prix stable sur la matière agricole ». « L’esprit de la Loi Egalim, c'est la préservation de la matière première agricole (MPA) à tous les stades de la chaîne de valeur et sur toutes les gammes – y compris les MDD – c'est à cette condition que nous préserverons la juste rémunération de nos producteurs », déclare Yohann Serreau, président de l'Unell. Fabien Choiseau, directeur approvisionnement lait de Lactalis France souligne que « la stabilité du prix du lait pour les PGC France pour 2026, malgré le contexte de négociations exigeant, illustre notre engagement à maintenir leur juste valorisation. »

Porc/PPA : le Chili et Cuba ont accepté une régionalisation au profit de l'Espagne

Le ministère espagnol de l’Agriculture annonce, dans un communiqué du 9 décembre, que le Chili et Cuba ont reconnu des principes de régionalisation à l’égard de la peste porcine africaine (PPA) en Espagne, qui vont permettre à leurs importateurs de reprendre leurs achats en Espagne bien que le pays ne soit plus indemne de PPA depuis fin novembre. Le Chili a en particulier décidé de reconnaître la régionalisation établie par l’UE, qui rend possible l’exportation de produits issu des zones libres de PPA (déterminées en Espagne le 4 décembre) et les produits fabriqués dans toutes les zones avant le 28 novembre, date de détection de la PPA. Le Chili et Cuba ont représenté en 2024 un total de 51,5 millions d’euros (M€) de viandes porcines espagnoles, pour un total sur pays tiers de 3,7 milliards d’euros (Md€). Au bilan communiqué le 11 décembre, cinq pays tiers importants ont accepté une régionalisation négociée avec l’Espagne ou au niveau européen : la Chine (1,1 Md€ en 2024), le Royaume-Uni (324 M€), les États-Unis (103 M€), Hong-Kong (35 M€), auxquels se sont ajoutés en décembre la Corée du Sud (316 M€), le Chili (21,8 M€) et Cuba (29,7 M€).

Bio : le CGAAER propose une refonte de la gouvernance du secteur, « distincte de l’État »

Dans un rapport paru le 11 décembre sur la réponse à apporter à la crise de la bio, le CGAAER (ministère de l'Agriculture) propose une réforme des instances de gouvernance du secteur bio, pour en faire sortir l'État, sur le modèle des organismes de défense et de gestion (ODG) des autres signes de qualité (Siqo). Les hauts fonctionnaires recommandent « une structuration de l’agriculture biologique (AB) sur le modèle des ODG des autres Siqo, à tous les niveaux géographiques, distincte de l'État (réforme de la gouvernance et des missions de l’Agence bio) et bien articulée avec les interprofessions qui doivent organiser en leur sein le développement des pratiques durables dont celui de l’agriculture bio ». Au sein de l'Agence bio, les auteurs constatent que la représentation des professionnels est « affaiblie par un dualisme de légitimité ; des organismes spécialisés (Fnab, Synabio) trop faiblement représentatifs, coexistent avec des sections bio des organismes généralistes (syndicats agricoles, chambres d'agriculture...) plus ou moins actives ». En parallèle, « l'État considère que cette agence est son " opérateur ", et s’arroge une responsabilité d’autant plus importante qu’il en est presque le seul financeur. »

Bio : le CGAAER propose de remiser l'objectif de SAU, pour viser « la compétitivité »

Estimant que les deux moteurs historiques de l'agriculture biologique (AB), les conversions et les nouveaux consommateurs, trouvent « leurs limites », le CGAAER (ministère de l'Agriculture) insiste, dans un rapport paru le 11 décembre, pour faire de la compétitivité un enjeu stratégique, pour élargir son marché et son « assise sociale ». « En réponse à l’obstacle du prix, c’est bien l’amélioration de la compétitivité relative de l’AB par rapport à l’AC (agriculture conventionnelle, NDLR) qui permettra à la fois de répondre à la demande intérieure mais aussi d’améliorer le solde commercial de l’AB, aujourd’hui déficitaire en France », estiment les hauts fonctionnaires. Les auteurs vont jusqu'à remettre en cause l'objectif d'augmentation de la surface agricole utile (SAU) en bio. « La cible pertinente à long terme n’est pas l’augmentation de la SAU bio, mais l’augmentation de la compétitivité relative de l’AB vis-à-vis de l’AC ». Pour ce faire, le CGAAER préconise « une action plus résolue pour imposer le bio là où les enjeux sont forts (captage, territoires périurbains) ». À échéance de dix ans, les auteurs estiment que « l’État est en mesure d’infléchir significativement la trajectoire », notamment en augmentant progressivement l’écart de financement au profit de l’AB », ce qui favorisera la conversion d’une partie de l’agriculture conventionnelle en agriculture biologique.

Pesticides/eau : manifestation d'agriculteurs, révision du Sage de la Vilaine reportée

Élus, représentants des mondes agricole, industriel, associatif devaient se retrouver le 11 décembre à Châteaubourg (Ille-et-Vilaine) pour la révision du Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (Sage) du bassin versant du fleuve Vilaine. La réunion de la Commission locale de l’eau (CLE) a été annulée en dernière minute, car l’accès à la salle était bloquée, a expliqué à l’AFP le président de la CLE, Michel Demolder. Un tracteur et une balle de paille en interdisaient l’accès. 700 agriculteurs de la FNSEA et des JA ont manifesté à Chateaubourg, puis à Rennes. Ils demandent « la réécriture de plusieurs règles » et « une étude d’impact socioéconomique ». Une trentaine d'agriculteurs de la Coordination rurale manifestaient à part à Chateaubourg. Les partisans du SAGE Vilaine – la Confédération agricole, AgroBio35 et des associations, étaient une centaine –, selon les forces de l’ordre. Une règle cristallise les tensions, dans un territoire très agricole : l’interdiction d’herbicides pour maïs dans des parcelles sensibles à l’érosion, situées dans une poignée d’aires de captage en eau potable. Il s’agirait d’une première en France. Des dérogations restent possibles en cas d’impasses techniques ou climatiques et une aide financière est prévue pour passer au désherbage mécanique. Cela concernerait 2,5 % de la surface du SAGE Vilaine, selon M. Demolder. Le vote final pour la révision du SAGE Vilaine, prévu jeudi, a été repoussé au 16 janvier.

Distribution/industriels : lancement de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges

La commission d’enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la grande distribution a tenu le 10 décembre sa réunion constitutive et a désigné Antoinette Guhl, sénatrice écologiste de Paris, comme rapporteur. « La commission s’attachera à éclairer la formation des prix, la réalité des marges industrielles et commerciales, le fonctionnement des centrales d’achat, ainsi que les pratiques comme les marges arrière », indique un communiqué diffusé par Antoinette Guhl. D’autres sujet seront aussi traités : « les effets de ces mécanismes sur les filières bio et les PME agroalimentaires, particulièrement fragilisées » et « sur des territoires fragiles comme les outre-mer ou la Corse. » Antoinette Guhl veut mettre en place « une approche exigeante mobilisant tous les pouvoirs accrus d’enquête du Sénat : demandes de documents, auditions et contrôles sur place si nécessaire pour lever l’opacité entretenue par certains acteurs. » Les premières auditions prévues les 17 et 18 décembre porteront sur l’impact de la hausse des prix pour les ménages et pour plusieurs filières de production. Cette commission d’enquête compte 19 sénateurs, parmi lesquels plusieurs s’intéressent particulièrement aux questions agricoles et commerciales tels que Daniel Gremillet (LR) ou Anne-Catherine Losier (centriste).

Pommes de terre : la filière du frais veut réduire ses émissions de 17 % d’ici 20230

Le CNIPT (interprofession de la pomme de terre fraîche) a présenté le 11 décembre sa « feuille de route décarbonation », qui vise d’ici 2030 une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 17 % par rapport au niveau actuel. D’après ses calculs (réalisés avec le cabinet AgroSolutions), l’empreinte carbone d’une tonne de pommes de terre (« du champ à la porte du magasin », l’étude n’ayant pas pris en compte le stade distribution) s’élève à 294 kg CO2e. Des émissions réparties de manière équilibrée entre production (30 %), transport (25 %) et conditionnement (35 %), auxquels s’ajoute le stockage (11 %). Sur les 44 leviers de réduction listés par le CNIPT, 19 concernent l’agriculture ; il s’agit principalement de déployer des pratiques existantes (« réduction de l’impact de la fertilisation azotée », réduction du travail du sol, plantation de haies, etc.). Au niveau réglementaire, le CNIPT demande un cadre permettant de développer le recyclage des emballages, ainsi que la possibilité d’utiliser des camions de 44 t pour les transports transfrontaliers. La filière compte aussi sur des financements publics et privés pour investir dans la décarbonation. « Nous avons la chance d’avoir un produit très accessible, quelques centimes au niveau du consommateur suffiront » à dégager d’importants financements, estime le président du CNIPT Joanny Dussurgey.

Protéines végétales : l’institut Terres Inovia vise des solutions « à forte valeur ajoutée »

Terres Inovia, institut technique des huiles et protéines végétales, a présenté le 11 décembre sa stratégie à dix ans, prenant entre autres l’engagement d’apporter des solutions « à forte valeur ajoutée ». « Notre image auprès des agriculteurs est très hétérogène, selon les enquêtes de satisfaction », a indiqué le d.g. Laurent Rosso. « Il faut être beaucoup plus clair sur notre valeur ajoutée. » Dévoilant sa feuille de route pour 2025-2035, l’institut s’est engagé notamment sur la proximité avec le terrain, une culture du résultat tournée vers l’impact. « La création de valeur est notre objectif absolu », a-t-il déclaré. « On doit plus qu’avant se préoccuper de l’impact de nos solutions sur le terrain. Et, une nouveauté pour l’institut, mesurer cet impact. » La stratégie 2025-2035 comprend quatre axes : renforcer la souveraineté nationale en huiles et protéines végétales ; agir pour la transition de l’agriculture vers des systèmes multi-performants en mobilisant l’agroécologie ; déployer des solutions d’adaptation au changement climatique ; éclairer les décisions stratégiques de la filière, de ses partenaires et des pouvoirs publics. Terres Inovia affiche trois défis prioritaires, à savoir la souveraineté protéique, la productivité et la compétitivité des exploitations, les impasses techniques.

Agriculture « régénératrice » : lancement du projet Re’col’te dans les Hauts-de-France

Dans un communiqué du 4 décembre, l’Earthworm Foundation, des entreprises de l’agroalimentaire (Nestlé, PepsiCo), des groupes coopératifs (Tereos, Agora, Unéal) et un négoce (groupe Carré) ont annoncé le lancement du projet Re’col’te (pour Régénérer collectivement le territoire) visant à développer « l’agriculture régénératrice » dans les Hauts-de-France. Un programme essentiellement axé sur les grandes cultures (céréales, betteraves sucrières, etc.). Plus en détail, il s’agit d’une collaboration entre les secteurs publics et privés, d’un budget de 1,5 M€ (dont 500 000 € d’argent public), « visant à accompagner 175 agriculteurs » de la région « dans leur transition vers des pratiques agricoles qui régénèrent la santé des sols et protègent l’environnement », selon un communiqué. Le financement public provient « des fonds de la planification écologique, gérés par l’Ademe et des partenaires fondateurs publics », précise-t-il. Les producteurs adoptant les critères de l’agriculture régénératrice se verront attribuer des primes additionnelles « en fonction des résultats obtenus au fil des années ». Leur montant n’a pas été communiqué.

Agroéquipement : marché en stagnation, décrochage en vigne et grandes cultures (Sedima)

Lors d'une conférence de presse tenue à Paris le 11 décembre, le Sedima (concessionnaires de machines agricoles) indique, via une enquête réalisée courant septembre-octobre auprès de ses adhérents, une stagnation du marché des agroéquipements, avec néanmoins une forte hétérogénéité. Alors que le marché de l'élevage se porte plutôt bien, ceux des secteurs des grandes cultures et de la viticulture décrochent fortement. Par exemple, l'enquête révèle que les ventes de tracteurs neufs vers le secteur grandes cultures ont chuté de 13 % à 14 % sur les neuf premiers mois de 2025 (par rapport à la même période en 2024). Le secteur de la viticulture est encore plus mal loti, avec une baisse rapportée de 21 à 22 % sur la même période. Les perspectives sont plutôt baissières pour l’an prochain pour les deux secteurs. Les concessionnaires estiment que, pour 88 % d’entre eux, les prises de commandes de la part du secteur grandes cultures de matériels neufs et d’occasion vont également reculer entre les premiers semestres 2025 et 2026. En viticulture, ils sont 75 % à prévoir un repli de leurs ventes.

Coopératives : 10 Md€ d'investissements prévus par les coopératives d'ici à trois ans

Lors du Congrès des coopératives agricoles qui se tenait les 10 et 11 décembre à Angers, Dominique Chargé, le président de la Coopération agricole (LCA), a indiqué que les coopératives allaient, dans les trois ans, investir près de 10 milliards d’euros pour rester compétitives, moderniser leurs outils industriels et assurer les transitions. Une initiative saluée par la ministre de l’Agriculture, présente en fin de journée le 10 décembre. « L’investissement, c’est avant tout l’expression de la foi en l’avenir. Votre engagement est précieux pour la France : exporter n’est pas indécent. » « Ce que nous dit notre balance commerciale, c’est l’expression des dangers qui nous menacent », a-t-elle précisé. Et Dominique Chargé d’ajouter que sur les huit premiers mois de l’année, l’excédent commercial de la France avait effectivement chuté de 93 % : « Il atteindra en 2025 un niveau nul, voire négatif pour la première fois depuis plus de 50 ans ». Si « les coopératives restent mobilisées pour dynamiser les territoires », le président a insisté sur la nécessité « d’avoir un cap clair, un appui réglementaire adapté et un soutien de la société ». « En 2026, à l’occasion des élections municipales, nous souhaitons que les élus s’engagent à nos côtés pour remettre les coopératives au centre des villages. » (Anne Gilet)

Coopératives : au congrès, des ateliers pour nourrir la feuille de route à venir

À l’occasion du Congrès des coopératives agricoles, qui s’est déroulé les 10 et 11 décembre à Angers, les 500 participants ont, lors de la première matinée, échangé par groupe de 10 autour de trois questions : « Comment s’adapter aux attentes des consommateurs et aux évolutions de marché d’ici à 2040 ? » ; « Comment allier compétitivité et transition ? » ; et « comment raviver la flamme de l’engagement coopératif ? » « Ce premier bilan, collectif, n’est ni un compromis ni un consensus, mais un reflet des réalités de vos filières, de vos entreprises, de vos territoires, riches d’idées et d’expériences », a déclaré Florence Pradier, directrice générale de la Coopération agricole, lors de la restitution des échanges. « Cela va nous permettre de compléter et d’affiner nos axes de travail. » Et de citer trois bonnes nouvelles : « Les menaces internationales n’empêchent pas votre envie d’exporter encore plus », « les transitions sont déjà en marche dans vos entreprises » et « les consommateurs aspirent à du local ». Mais la responsable a aussi repéré trois mauvaises nouvelles : « la baisse du pouvoir d’achat qui constitue une menace pour valoriser nos productions », « l’accès à l’eau, une priorité absolue pour tous » et « le levier économique qui s’avère parfois un frein pour faire mieux ». (Anne Gilet)

Complémentaires santé : hausse des taxes pour les retraités agricoles, la FNSEA gronde

Initialement mis en échec, le gouvernement a finalement réussi à faire adopter, lors de l'examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, le 10 décembre, une taxation exceptionnelle des complémentaires santé, à hauteur de 1 Md€, avec le soutien des socialistes. Cette mesure « va coûter cher aux 2,8 millions de retraités agricoles », réagit la FNSEA, qui demande au gouvernement de « revenir sur cette hausse ». Le texte augmente de 9 points les taxes applicables aux contrats dits « solidaires et responsables » des retraités agricoles (dont deux imposés à tous les assurés sociaux du pays), explique le syndicat. Concrètement, « pour une complémentaire coûtant 3 000 € par an, c’est un surcoût de 270 € hors hausse annuelle des tarifs », calcule la FNSEA. « Alors même que les retraites des non-salariés agricoles (exploitants et conjoints collaborateurs, NDLR) restent parmi les plus faibles de notre pays.»  Au total, il s'agirait d'une enveloppe de 200 M€, estime le syndicat. « Cette situation est injuste et insupportable », estime Luc Smessaert, président de la commission sociale de la FNSEA, cité dans le communiqué. « Cette hausse de taxes risque d’aboutir à une baisse des garanties ou à la renonciation à la complémentaire santé. »

Restauration collective : le RN assure que sa PPL sur les achats locaux est UE-compatible

En conférence de presse le 9 décembre, le député RN Aurélien Dutremble a affirmé que sa proposition de loi visant à imposer à la restauration collective publique 80 % de « produits issus de circuits d’approvisionnement à ancrage territorial fort » était « compatible avec le droit européen de la commande publique ». Concrètement, son texte contraindrait les collectivités à s’approvisionner à 80 % en aliments produits dans un rayon de 150 km autour du lieu de consommation, et en cas d’insuffisance de production, dans un rayon élargi à l'ensemble du territoire national. Son collaborateur parlementaire Ludovic Massard assure que la PPL ne se fonde sur aucun critère exclusif de nationalité et prévoit des dérogations, gages selon son groupe du respect du « principe de proportionnalité » exigé par le droit de l’UE. Son groupe argue par ailleurs que plusieurs textes européens de référence et la jurisprudence permettent l’usage de « critères territoriaux indirects » de nature environnementale, logistique ou sociale – ce qui n'est pas le cas de leur texte. Pour rappel, le caractère « local » d’un produit, tel que prévu par la loi Egalim, n'a jamais été encadré par une définition officielle. L'Ademe, qui a longtemps planché sur le sujet, n'a pas réussi à trouver de définition compatible avec le droit européen. Pour autant, les gérants de cantines utilisent souvent des critères indirects, tels que la fraicheur, ou la réactivité des fournisseurs.

Restauration : la mention « fait maison » s’ouvrira à certains produits transformés

Lors d’une conférence de presse téléphonique le 11 décembre, à l’issue des Assises de la restauration, engagées en mai 2025, le ministère du Commerce a annoncé son intention d’étendre la liste des produits autorisés dans le cahier des charges du label « fait maison ». Cette démarche réservée à l’utilisation de produits bruts pourrait s’étendre aux légumes blanchis (de saison), aux ovoproduits, crustacés décortiqués ou substituts végétaux de crème. Un consensus s’est établi au cours de Assises sur l’usage de produits dont la préparation est particulièrement fastidieuse, ou facilitant le respect des normes sanitaires ou réduisant le gaspillage, sans mettre en doute l’acte culinaire. L’Umih, principal syndicat de la restauration traditionnelle, salue l’engagement de ce « toilettage » du « fait maison » dans un communiqué du même jour, mais « rappelle que la transparence doit être totale ». Il veut que cet affichage devienne obligatoire pour l’ensemble des établissements de la restauration hors domicile, mentionnant la restauration traditionnelle, rapide, les boulangers, traiteurs et la restauration collective. Questionné sur cette éventuelle extension, le ministère a répondu qu’elle fera l’objet de consultations en 2026.

Coordination rurale : l'OFB, un député vert et deux associations visés par la CR 17

Banderoles, pneus, bottes de foin et têtes de sangliers : la Coordination rurale de Charente-Maritime (CR 17) a ciblé les locaux de l'Office français de la biodiversité (OFB), du député écologiste Benoît Biteau, et de deux associations de défense dans le département, la LPO et FNE, dans la nuit du 10 au 11 décembre. « Politiques/Ecolos, attaquez-vous aux vrais problèmes », peut-on par exemple lire sur une bâche tendue à l'entrée des bureaux de l'OFB, dont la CR demande la disparition, selon une photo du journal Sud-Ouest. « Nous sommes tous B. Venteau », sur une autre déployée devant le siège national de la LPO à Rochefort. Bertrand Venteau, élu en novembre à la tête du deuxième syndicat agricole, fait l'objet d'une enquête pour « provocation publique non suivie d'effet à commettre un crime ou un délit » après avoir déclaré vouloir « faire la peau aux écolos » lors du congrès du syndicat en novembre. Pour rappel, la section charentaise de FNE et la LPO étaient à l'origine du recours administratif qui a entraîné, fin 2024, la suspension de quatre réserves d'irrigation pour l'agriculture, dont celle emblématique de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres voisines de la Charente-Maritime, car elles menacent la survie d'une espèce d'oiseau protégée.

Fruits rouges : les myrtilles nouvelles reines du marché mondial

Selon les données de la FAO reprises par l’Observatoire fruits et légumes italien Agroter, les exportations mondiales de myrtilles (plus de 1,04 Mt) ont dépassé pour la première fois celles de fraises. En valeur, la différence est encore plus marquée : entre 2023 et 2024, le chiffre d’affaires du petit fruit bleu est passé de 3,24 Md€ à 6,01 Md€ ; durant la même période, celui de la fraise restait stable (3,24 Md€ en 2023, 3,5 Md€ en 2024). Selon la FAO, la production de myrtilles (1,75 Mt en 2024) a augmenté au cours des 20 dernières années deux fois plus vite que celle de fraises (toujours premier fruit cultivé avec 10,48 Mt) et de la framboise (941 000 t). Cette progression insolente, qui a débuté il y a 20 ans, trouve ses sources dans une consommation en forte progression, surtout dans les jeunes générations attirées par l’aspect santé. Cette demande provoque l’expansion de la production mondiale avec l’arrivée de nouveaux acteurs. C’est le cas du Pérou qui est devenu en une décennie le premier pays exportateur (325 660 t en 2024, 10 000 t en 2015). La France est le 10e pays importateur, passant de 456 t en 2005 à 23 100 t en 2024.

Ecophyto : Christophe Chassande nommé délégué interministériel

Comme pressenti, le gouvernement a annoncé le 11 décembre la nomination de Christophe Chassande comme délégué interministériel pour coordonner le plan Ecophyto. Il reste délégué interministériel en charge de la gestion de l’eau en agriculture, poste qu'il occupe depuis le 23 mai. Le précédent coordonnateur interministériel du comité d’orientation stratégique (COS) d’Ecophyto était le préfet Pierre-Étienne Bisch, nommé en décembre 2018. Auditionné le 12 octobre 2023 à l’Assemblée sur l’échec des précédents plans Ecophyto, il avait souligné le besoin d’une feuille de route « personnelle » et du « volontarisme des autorités publiques » pour pouvoir avancer. L’objectif du plan Ecophyto 2030 est de diminuer de moitié l’utilisation de pesticides d’ici 2030, par rapport à la moyenne 2011-2013. Pour rappel, le 2 février 2024, en pleine crise agricole, le gouvernement avait mis « sur pause » le plan Ecophyto, avant de le réactiver quelques semaines plus tard en annonçant l’abandon du Nodu, indicateur historique de suivi du plan, remplacé par l’indicateur européen HRI 1, et ce malgré les vives critiques des ONG. Depuis, l’Inrae a fait des propositions pour améliorer le HRI-1, en le faisant évoluer vers un indicateur « agrégé » notamment.

Enseignement : François Purseigle nommé directeur d’AgroToulouse

L’Institut national polytechnique annonce la nomination de François Purseigle à la direction d’AgroToulouse dès le 1er janvier 2026. Arrivé en 2007 dans l’établissement, il est professeur des universités en sociologie. Ses travaux de recherche, initialement consacrés à l’engagement et au comportement syndical et politique des agriculteurs français, portent aujourd’hui sur les mutations sociales des mondes agricoles et les transformations des entreprises agricoles, indique AgroToulouse. François Purseigle s’intéresse particulièrement au fonctionnement des très grandes exploitations et au comportement entrepreneurial de leurs dirigeants. Parmi ses ouvrages de référence : « De la ferme à la firme » (Presses de Sciences Po, 2017), « Une agriculture sans agriculteurs » (avec Bertrand Hervieu, Presses de Sciences Po, 2022). Le sociologue siège par ailleurs dans plusieurs conseils scientifiques, notamment ceux de l’Acta (instituts techniques agricoles) et de la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole. Conséquence de sa nomination à la tête d’AgroToulouse, François Purseigle prévoit de garder uniquement des travaux de recherche dans la chaire Germea (Groupe d’étude et de recherche sur les mutations de l’entreprise agricole) et le baromètre Vox Agri (suivi des représentations sociales, économiques et politiques du monde agricole), précise-t-il à Agra Presse. 

Agenda de la semaine agricole du 15 décembre 2025

Lundi 15 décembre
Les sénateurs poursuivent l'examen du PLF 2026 en seconde lecture (dépenses)
Procès du collectif Bretagne contre les fermes-usines, à Lorient
Restitution de l’expérimentation de chèque alimentaire en Seine-Saint-Denis

Mardi 16 décembre
La Commission européenne présente son paquet omnibus de simplification sur les pesticides et la sécurité alimentaire
La Commission européenne présente ses propositions de simplification du règlement bio
La Commission européenne présente son plan sur la santé cardiovasculaire
La Commission européenne présente le premier volet de sa loi sur les biotechnologies
Le Parlement européen examine la clause de sauvegarde agricole de l'accord UE-Mercosur
Réunion du Groupe national captages
Réunion de la commission des Comptes de l'agriculture
Conférence de presse de la Noriap (coopérative)
Conférence de presse APBO/Bel (lait)
Forum Drosophila suzukii de l’Inrae à Lyon, jusqu’au 17
Rencontre technique CTIFL « Protection bio en légumes sous abris en région méditerranéenne », à Balandran (Gard)
Visioconférence de Vegepolys sur l'« autonomie énergétique des exploitations agricoles »

Mercredi 17 décembre
Convention InVivo (union de coopératives)
Rapport parlementaire sur les contrôles des produits importés
Monique Barbut (MTES) auditionnée par les députés de la Commission développement durable
Conférence de presse du Sia’Pro (observatoire des tendances de l'innovation)
Journée d’étude du Conservatoire du littoral sur inventorier la biodiversité
Visioconférence de Vegepolys sur la « stratégie carbone et changement climatique pour les vins de Loire »

Jeudi 18 décembre
Le Sénat discute en plénière la PPL riverains (première lecture)
Manifestations des organisations agricoles en marge du Sommet européen
Visioconférence de Vegepolys « fruits et légumes frais et changement climatique »

Erratum sur les scénarios de vaccination contre la DNC

Contrairement à ce qui était indiqué dans l’Agrafil daté du 10 décembre, les trois scénarios de vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) explorés pour 2026 sont les suivants : « arrêt de la vaccination dans les zones vaccinales » (manquant dans notre brève) ; « extension de la vaccination à l’ensemble du territoire métropolitain » ; « maintien de la vaccination dans les zones vaccinales (statu quo) ».