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Christophe Riou, DG de l’IFV : « En vigne, plus de 2000 génotypes résistants sont dans nos serres et nos vignobles expérimentaux »

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Christophe Riou, directeur général de l’Institut français de la vigne et du vin Crédits : © IFV

  L’innovation variétale, un des premiers leviers au sein de la filière viticole, concerne aussi bien la résistance aux maladies que l’adaptation aux changements climatiques, nous explique Christophe Riou, directeur général de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV). Celui-ci fait également le point sur la réduction des produits phytosanitaires et leur remplacement par des produit de biocontrôle et les biostimulants, sur lesquels la recherche se poursuit pour améliorer leur efficacité. Et l’invasion biologique, amplifiée par les changements climatiques et la réduction des produits phytosanitaires est également une problématique importante pour la viticulture.

L’innovation est-elle prioritaire dans la filière viticole et vinicole ?

L’innovation est un enjeu majeur au sein des territoires et des terroirs viticoles et n’a jamais été autant au-devant de la scène dans la viticulture. Et c’est bien la protection du vignoble et l’adaptation de la vigne aux changements climatiques, qui ont challengé l’innovation au sein des instituts technique comme le nôtre.

De tous ces enjeux découlera ensuite la traduction pour le consommateur, notamment via l’étiquetage, de tous les engagements pris par la filière pour lui apporter de nouvelles garanties. Dans un contexte de déconsommation et face à une demande sociétale forte, la filière a mis un coup d’accélérateur sur l’innovation depuis une dizaine d’années pour changer les modèles en termes de pratiques.   

Sur quels grands leviers portent les innovations actuellement ?

De toute évidence aujourd’hui, le premier levier porte sur l’innovation variétale. Depuis les années 1980-1990, un important programme mené conjointement l’Inrae et l’IFV a conduit à la création de nouvelles variétés résistantes aux maladies, principalement le mildiou et l’oïdium. Quatre nouvelles variétés ont été inscrites en 2018, cinq nouvelles en 2022 et une nouvelle génération sera disponible dès 2025, avec la volonté de pouvoir conférer cette résistance sur le type des principaux cépages emblématiques régionaux. Aujourd’hui, plus de 2000 génotypes sont dans nos serres et nos vignobles expérimentaux, de nouvelles variétés qui demain répondront aux demandes des différents bassins viticoles.

Outre la résistance aux maladies, nous nous intéressons aussi aux variétés d’adaptation aux changements climatique via les variétés étrangères. Nous avons inscrit un peu plus de trente cépages étrangers depuis une dizaine d’années au catalogue français, avec des cépages notamment originaires de Grèce qui ont un fort potentiel d’adaptation au stress hydrique ou aux fortes températures.

Et la vraie innovation n’est pas seulement scientifique ou process, elle doit aussi être organisationnelle et participative en plaçant le vigneron comme un expérimentateur pour tester ces nouvelles variétés. Ce sont ses démarches qui vont permettre une appropriation par les viticulteurs et un transfert de l’innovation plus rapide dans les conditions réelles de production.

Beaucoup de start-up travaillent sur les biostimulants et le biocontrôle. Comment travaillez-vous avec elles sur ces problématiques ?

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L’un des problèmes aujourd’hui reste la faible efficacité de ces nouveaux produits. Nous poursuivons les recherches et travaillons avec plusieurs start-up dans ce domaine, pour passer de la démonstration de lutte contre les principales maladies en laboratoire, à l’efficacité en champs dans une approche plus globale. Nous avons développé des serres qui permettent de tester en grandeur réelle sur des plants de vignes l’efficacité de ces produits, pour adapter les conditions de traitements, les pulvérisations… et surtout la combinaison de différentes solutions pour arriver à une meilleure réponse.

La réduction des produits phytosanitaires est un enjeu de taille pour la filière. Mais leur réduction rencontre encore un certain nombre d’impasses techniques, parce que les produits de biocontrôle et les biostimulants n’ont pas l’efficacité de ce qui se fait aujourd’hui. Nous avons notamment d’importants travaux à mener sur le cuivre, encore très utilisé en viticulture. Et à l’image de ce qui s’est passé par exemple pour les néonicotinoïdes, qui ne sont pas utilisés en viticulture je vous rassure, il ne faudrait pas que la filière se retrouve dans une impasse technique du fait de l’interdiction de telle ou telle molécule. La menace sur le cuivre est donc une vraie préoccupation pour la filière et des travaux sont conduits à l’échelle européenne sur le sujet.

La filière viticole est-elle armée pour lutter contre certaines maladies invasives ?

Avec la réduction des phytos et les changements climatiques, nous assistons en effet à une remontée de vecteurs et de bioagresseurs contre lesquels il n’existe actuellement aucun moyen de protection. L’invasion biologique représente une problématique importante pour la viticulture. Je citerai l’exemple de la bactérie Xylella fastidiosa, qui s’est attaquée aux oliviers en Italie et dont la présence a également été détectée sur la vigne dans ce pays et aux Baléares. Cette bactérie n’est pas présente pour le moment en France, mais d’après des modélisations, on sait qu’il n’y pas de raison que cela n’arrive pas. Nos seuls moyens d’action pour le moment passent par de la détection précoce, et l’arrachage de la vigne.

La lutte biologique est très complexe parce que ces insectes viennent de l’étranger et qu’il faut retrouver leur prédateur avant de pouvoir mettre au point des solutions de biocontrôle qui peuvent agir pour limiter l’invasion ou permettre à la plante de se défendre face à ses nouvelles maladies. C’est là qu’intervient la recherche variétale. Mais produire des plans de vignes par hybridation pour trouver celles qui ont le marqueur de résistance prend du temps.

Comment faire pour éviter le pire ?

Pour anticiper de nouvelles crises sanitaires, nous avons mis en place des dispositifs d’observation et de surveillance et nous sommes en train de faire évoluer nos pratiques au niveau de la pépinière. De la production de plants de vigne actuellement en plein champ, nous produirons demain sous serres confinées pour nous prémunir d’éventuelles attaques.

Il faut travailler à la fois sur le végétal, le biocontrôle et la prévention des risques pour éviter la propagation de ces maladies, notre travail est une combinaison de toutes ces solutions.