Abonné

Denis Roudier (Ingérop) : « La force d'Ingér'Up, c'est notre agilité pour accompagner les start-up vers l'industrialisation »

- - 6 min
Stéphane Cazin (à gauche) et Denis Roudier (à droite). Crédits : © Ingérop

Face aux difficultés posées par le passage à l’échelle, le groupe français de conseil et d’ingénierie Ingérop a lancé Ingér’Up, un service de conseil technique aux start-up en phase d’industrialisation. De la mise au point du prototype, à la première usine, en passant par la première levée de fonds, ce nouveau service entend assurer un suivi aux start-up à tous les stades de leur développement. Stéphane Cazin, responsable du développement d’Ingér’Up, et Denis Roudier, responsable du développement manufacturing 4.0 chez Ingérop, expliquent à Agra Innovation leur rôle dans l’accompagnement des start-up. Tous deux ont suivi des entreprises de l’agtech et la foodtech pour leur permettre de réussir la phase d’industrialisation de leur activité. 

Ingér’Up est le nouveau service d’accompagnement à l’industrialisation d'Ingérop à destination des start-up. Pourquoi les cibler spécifiquement ? 

Stéphane Cazin : Ingér’Up qui a vu le jour le 1er janvier 2024, est l’aboutissement de nos expériences passées sur l’accompagnement des start-up industrielles. Souvent, les start-up sont composées d’équipes de chercheurs qui n’ont pas d’expérience dans l'industrialisation. Ingérop est un groupe de 3000 personnes avec des relais dans une trentaine d’agences en France. Nous pouvons monter une équipe avec les expertises nécessaires pour les accompagner dans leur projet. 

Denis Roudier : Nous nous sommes aperçus que le discours que nous avions en maîtrise d’œuvre classique était un discours que les start-up avaient du mal à entendre. On ne discute pas avec elles comme on discute avec Bouygues Immobilier, par exemple. Leurs demandes sont aussi très variées. Certaines ont besoin de faire un projet pilote, d’autres veulent s’industrialiser, ou verrouiller un process. Il faut être agile et répondre au juste besoin. Nous établissons des scénarios avec les difficultés et les solutions pour chacun. Nous connaissons l’environnement législatif et réglementaire et le tissu industriel dans lequel les start-up veulent s’installer, puisque nous sommes représentés dans toute la France. 

Lire aussi : Le spécialiste des polymères naturels Lactips lève 16 M€

A quel moment du développement intervenez-vous ? 

S.C. : Nous accompagnons des projets de toutes tailles. C’est la souplesse proposée par Ingér’Up, de savoir adapter notre réponse aux besoins d’une start-up, à son budget et son calendrier. En arrivant avant le tour de table de série A, quand la réflexion du passage à l’échelle et de l’industrialisation commence à murir, il est possible d’aiguiller ou de remettre en question les grandes orientations du projet à un coût quasiment nul. Alors que plus tard, notre champ d’action se réduit, ou cela coûte plus cher. En arrivant plus tôt, nous pouvons prendre part au dossier de financement pour proposer un scénario de projet industriel qui est viable techniquement, cohérent en terme de calendrier et par rapport à la date de commercialisation prévue, et aussi robuste financièrement. 

Quelles sont les difficultés auxquelles font face ces start-up pour changer d’échelle ? 

D.R. : Il y a trois volets, le premier est financier. La difficulté des start-up est de trouver du financement. Quand elles le trouvent, elles sont face à des gens qui veulent un retour sur investissement très rapide. Lorsqu’on industrialise, le planning est parfois incompressible, il faut trouver le juste milieu pour convaincre l’investisseur. 

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

La deuxième difficulté est le lieu d’implantation, il faut trouver un local adapté car l’industrialisation s’intéresse aussi à tout ce qui est autour de l’activité principale, à savoir la logistique et le recrutement du personnel. Le troisième volet est réglementaire et écologique. Il y a de nombreuses études à faire en amont pour respecter le cadre législatif parfois complexe. Nous proposons souvent aux start-up de s’implanter dans des endroits déjà construits, des friches industrielles, et non en greenfield avec une construction sur des terres agricoles. Notre principal défi est d’arriver à faire ça dans des temps très courts. 

Lire aussi : L'usine d'engrais bas carbone de FertigHy sera opérationnelle en 2030 

D’après votre expérience, quelles sont les spécificités des start-up de la foodtech ? 

D.R. : Dans l’agroalimentaire, la partie HSSE (Hygiène, Sécurité, Santé et Environnement) peut représenter des contraintes, tout comme les problématiques énergétiques. Les produits ont une durée de vie relativement courte et sont parfois périssables. Cela requiert de l’énergie et des ressources en eau, à prendre en compte pendant la phase de conception de l’usine. 

Vous avez accompagné Lactips pendant sa recherche d’un nouveau site de production de son alternative au plastique entièrement biodégradable. Quels étaient leurs besoins ? 

D.R. : Nous avons été contactés par Lactips quand ils étaient encore implantés à Saint-Jean-Bonnefonds, dans la Loire. Ils avaient besoin de déménager pour produire en plus grande quantité. Notre mission a duré deux ans, de 2017 à 2019. Ils ont repris un site en friche depuis deux ans. Une fois le site repéré, nous avons étudié comment l’aménager pour répondre à leurs perspectives présentes et à venir. La classification réglementaire de leur activité était un aspect complexe de cette mission. Nous avons établi un cahier des charges à destination d’architectes pour obtenir un rendu du futur site et du coût des travaux, afin de permettre à Lactips de demander des financements. En s’installant à Saint-Paul-en-Jarez, à proximité de leur ancien site, ils sont passés d’une superficie d’environ 100 m2 à environ 2000 m2.

Plus récemment, vous avez accompagné le consortium espagnol Fertighy pour trouver un site pour sa gigafactory d’engrais azotés bas carbone. 

S.C. : Fertighy est un exemple à l’opposé de celui de Lactips, cela donne une vision du grand écart des prestations que nous sommes amenés à réaliser. C’est une start-up espagnole au tout début de son développement. Elle voulait s’implanter en France pour bénéficier du mix énergétique très largement décarboné par rapport à d’autres pays. Elle a fait appel à nous pour  connaître les implications des réglementations françaises sur leur projet. Cette mission d’assistance a duré trois mois, de décembre 2023 à février 2024, pour les guider sur les procédures nécessaires pour implanter cette usine en France. Le choix de leur site de 16 hectares dans les Hauts-de-France, à Languevoisin (Somme), a été annoncé lors du 7e sommet Choose France, le 13 mai 2024.