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Jean-François Doucet (Amoéba) : « Notre priorité, c’est d’obtenir rapidement les AMM pour notre solution Axpera »

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Jean-François Doucet à droite et Jean-Luc Souche à gauche. Crédits : © Amoéba

Amoéba, spécialiste du développement de solutions microbiologiques naturelles à partir de l’exploitation brevetée d’amibes, a bon espoir d’obtenir rapidement les autorisations de mise sur le marché de son fongicide Axpera, dont les derniers essais montrent des résultats très prometteurs en vigne. En attendant, la société est en cours de discussions avec des partenaires pour soutenir sa stratégie de commercialisation. Fondée par Fabrice Plasson en 2010 et introduite sur Euronext Growth en septembre 2020, la société a opéré une nouvelle orientation stratégique en 2024 avec le soutien de Nice & Green, une société d’investissement basée en Suisse, son premier actionnaire avec 30% du capital. Jean-François Doucet, directeur général d’Amoéba et Jean-Luc Souche, expert technique, font le point sur les prochaines échéances et les projets en cours d'Amoéba. 

Pouvez-vous nous en dire plus sur les résultats des derniers essais menés avec votre solution Axpera sur le mildiou de la vigne ?

Jean-Luc Souche : L’Institut français de la vigne et du vin qui teste la formulation définitive de notre solution Axpera depuis 2 à 3 ans maintenant, a été très satisfait des résultats obtenus cette année avec notre produit, associé avec une dose réduite de cuivre. Ces tests ont été réalisés dans les vignobles du sud-ouest, particulièrement touchés par le mildiou en 2024. Il s’agit d’une avancée très prometteuse pour un produit de biocontrôle, qui même dans des conditions difficiles peut aider à protéger efficacement le potentiel de la vigne. Lors de ces tests, alors que les grappes du témoin non traitées ont été détruites en moyenne à 80 %, la combinaison Axpera avec une dose réduite de cuivre a diminué de 57,7% les symptômes du mildiou. Quant au programme classique à base de cuivre, les résultats montrent une réduction de 37,5% seulement.

Quels sont vos prochains objectifs d’Amoéba ?

Jean-François Doucet : Notre priorité à court terme, c’est de tout faire pour obtenir les AMM (autorisations de mise sur le marché, ndlr) pour notre solution Axpera dans les délais escomptés et de pouvoir la commercialiser. Il est important pour nous d’arriver très rapidement sur le marché. 

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Dites-nous où en sont les autorisations de mise sur le marché ? 

JFD : Pour la partie France/Europe, nous attendons le rapport définitif de l’EFSA sur la substance active pour la fin de cette année, ce qui ouvrira la voie aux dépôts d’AMM produits dès janvier 2025. Pour les États-Unis, nous avons déposé le dossier en juillet de cette année et en principe nous attendons l’AMM dans ce pays au plus tard pour la mi-2025. Une date que nous avons fixée en intégrant une marge sur la durée théorique d’instruction du dossier. Nous sommes donc assez sereins sur ce délai.

On entend ici ou là des reproches sur la lenteur des procédures réglementaires d’homologation des nouvelles solutions dans le biocontrôle, alors qu’il y a urgence pour les agriculteurs. Qu’en pensez-vous ?

JFD : Lors d’un forum organisé le 19 novembre dernier par la DGAL à l’occasion des 10 ans du biocontrôle, nous avons eu un échange très important avec une directrice déléguée de l’Anses. Celle-ci a rassuré les sociétés porteuses de dossiers d’enregistrement de produits de biocontrôle, dont fait partie Amoéba, dans la possibilité d’obtenir une AMM en 12 mois, indiquant même que certains dossiers pouvaient être traités en 8 mois. Ceci conforte les perspectives d’AMM pour Amoéba à fin 2025. Ça confirme aussi une volonté générale des autorités françaises d’accélérer le processus pour raccourcir les délais sur le biocontrôle, ce qui n’était pas le cas par le passé.

Ces délais ne sont-ils pas en lien avec un défaut des process réglementaires pour ces nouveaux produits ?

JFD : En fait, les procédures actuelles ne sont adaptées en rien aux solutions de biocontrôle. Ni aux nouveaux produits, qui n’ont rien à voir les molécules chimiques habituellement étudiées, ni aux exigences sociétales, pas plus qu’aux contraintes des agriculteurs. Sans parler de la charge financière que représentent ces homologations. 

Je vous assure qu’il est très compliqué pour une start-up non seulement d’attendre plusieurs années pour obtenir une AMM, mais aussi de pouvoir les financer, tout en continuant à développer sa R&D en amont. Sans oublier qu’une fois le produit enfin homologué, il faudra financer la production et la mise en place des réseaux de distribution. Ceci peut notamment expliquer que d’éventuels partenaires soient frileux pour accompagner des start-up qui n’ont pas encore d’AMM. 

Axpera s’utilise uniquement sur le mildiou de la vigne ?

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JLS : Axpera est un produit avec un spectre très large, pour lequel nous attendons beaucoup d’AMM. La première série de demandes d’homologations qui sera déposée début 2025, comprend le mildiou et l’oïdium sur vignes, mais aussi sur toute une série de culture maraichères, comme les tomates, les cucurbitacées, le mildiou de la laitue. Et ensuite il y aura des extensions sur l’oïdium du fraisier, le fusarium du gazon et la cercosporiose de la banane… toujours à partir de la même formulation. Tous les dossiers sont prêts à être déposés. 

JFD : Et nous travaillons évidement aussi sur l’extension géographique progressive de ces AMM, pour pouvoir aborder d’autres marchés ultérieurement, après la partie Europe et États-Unis qui sont déjà des marchés importants. Mais c’est aussi une approche que nous travaillerons avec notre ou nos partenaires commerciaux.

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Justement, où en sont vos discussions pour trouver des partenaires en vue d'une commercialisation de vos premiers produits à partir de 2025 ?

JFD : Nous cherchons activement un ou des partenaires en fonction de marchés, mais nous ne pouvons à ce stade révéler la nature de nos discussions. Pour pouvoir déployer au mieux notre produit commercialement, nous voulons nous appuyer sur un partenaire qui dispose déjà des capacités nécessaires pour déployer un produit innovant. C’est-à-dire avec un bon réseau commercial déjà bien implanté, mais aussi des équipes techniques performantes pour soutenir la vente d’un produit de biocontrôle, plus complexe techniquement que les produits chimiques standards que les agriculteurs utilisent depuis des années. 

Ce partenariat pourra prendre de multiples formes, commerciales avant tout, et possiblement industrielles pour assurer le développement de produits futurs. Des liens capitalistiques ne sont pas la priorité. Quant à leur profil, ces partenaires pourront être soit des majors, soit des sociétés de distribution moins connues du grand public, mais surtout très bien implantées nationalement, en France ou à l’étranger. L’idéal serait de conclure un accord d’ici la fin 2025, sachant que nous mettons l’accent sur le choix du bon partenaire, sans précipitation. 

Quelles sont vos capacités de production actuelles ?

Nous sommes en cours de travaux jusqu’à fin 2025 sur notre site de Chassieu (commune de Lyon, ndlr) pour faire face au début de l’activité commerciale. Nous devrions être à même de couvrir 40 000 hectares dès 2026 avec la production à Chassieu, ce qui nous permettra de démarrer la distribution. 

Nous discutons en parallèle avec des sous-traitants qui pourraient prendre tout ou partie de la production. Le but est d’arriver à une solution flexible et adaptée à l’évolution de nos besoins commerciaux. 

Et votre projet de site industriel à Cavaillon ?

Les projets du site de Cavaillon (Vaucluse, ndlr) sont malheureusement gelés, compte tenu des retards de calendrier au niveau de l’EFSA en 2023. Après un rapport provisoire très favorable de l’Autriche, pays rapporteur en avril 2022, l’annonce des conclusions pour notre substance active initialement prévue pour juillet 2023, a été reportée brutalement à décembre 2024. Non pas parce que notre dossier était compliqué, mais parce que les équipes de l’EFSA étaient débordées.

En dépit des soutiens politiques et économiques locales forts en France, il est dommage d’être obligé de reporter ce genre de projet industriel pour des questions réglementaires. Mais aujourd’hui, nous nous focalisons sur le développement et la commercialisation de notre solution, avant d’investir massivement des fonds dans une usine. L’objectif c’est d’être présent sur le marché et de créer de la valeur pour les utilisateurs et pour nos actionnaires. 

Nous attendons aussi les conclusions des discussions avec nos futurs partenaires, avant tout sur le plan commercial, mais pourquoi pas au niveau industriel.