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Mathieu Debonnet (TSE) : « Nous levons 130 M€ pour déployer le plus grand démonstrateur agrivoltaïque de France »

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Mathieu Debonnet, président de TSE. Crédits : © TSE

TSE, l’un des principaux acteurs indépendants de l’énergie solaire en France annonce une levée de fonds en capital de 130 millions d’euros qui va permettre de lancer le plus grand démonstrateur agrivoltaïque de France. Le but pour TSE est de prouver la pertinence de développer une production photovoltaïque grâce à des panneaux mobiles au-dessus des cultures tout en permettant à celles-ci de prospérer, et tout en prenant en compte une multitude de critères comme les types de cultures, les variétés, le climat, le sol, et en étendant même les essais aux animaux en mesurant quel impact les ombrières peuvent avoir sur leur bien-être. A l’occasion de cette levée de fonds, qui fait suite à une précédente levée d’un montant similaire il y a deux ans, Mathieu Debonnet, président de TSE, détaille sa vision de l’agrivoltaïsme et ses propositions pour en faire un outil au service des agriculteurs.

Vous lancez la construction du plus grand démonstrateur agrivoltaïque de France. Quel est son objectif ?

Nous avons lancé en 2022 un réseau de 10 sites agrivoltaïques en France qui vont nous permettre, sur un période de 9 ans, de prouver qu’il est possible de produire de l’électricité sur des parcelles agricoles, tout en protégeant les cultures, voire même en améliorant les rendements par rapport à des parcelles classiques. Le but est de démontrer que l’on peut obtenir des résultats satisfaisants, dans des zones très différentes, face à des conditions climatiques et des types de cultures variés, tout en générant des revenus supplémentaires pour les agriculteurs grâce à la vente d’électricité verte.

Comment se présente votre réseau de sites pilotes ?

Notre premier site opérationnel depuis juin 2022 est à Amance, en Haute-Saône. Sur les 6 hectares cultivées en soja, 3 sont couverts de panneaux mobiles, et les 3 autres hectares servent de témoin pour comparer ensuite les résultats. Trois autres sites sont en construction pour être livrés entre le printemps et l’automne 2023. Les derniers sites seront construits en 2024. Notre expérimentation va nous permettre de tester des cultures variées dans des conditions climatiques différentes.

Quels sont les équipements installés sur les parcelles ?

Chaque parcelle est équipée d’une canopée de panneaux photovoltaïques mobiles installés à 5 mètres du sol avec 27 mètres entre les poteaux afin de faciliter le passage des engins. Les panneaux sont installés sur des câbles et peuvent suivre la course du soleil pour capter le plus de lumière. Le pilotage des panneaux se fait en fonction de très nombreux paramètres qui sont suivis par des capteurs. 600 capteurs sont ainsi répartis sur les trois hectares de notre site pilote pour mesurer l’intensité de la lumière à différents endroits et le taux d’humidité à l’ombre et dans le sol.

Pourquoi chercher à prouver l’intérêt des équipements agrivoltaïques alors que de nombreuses expériences ont déjà été menées dans le monde ?

C’est vrai que dans de nombreux pays, de grandes fermes ont été mises sur pied comme en Chine pour le maraîchage, aux Etats-Unis avec le melon ou encore au Japon pour le riz. Toutefois, nous devons adapter ces modèles aux territoires français et aux grandes cultures. Il faut aussi que l’écosystème agricole français s’approprie ce nouveau modèle alliant production électrique et agricole. C’est pourquoi je pense qu’il faut développer des parcs agrivoltaïques sur de petites surfaces de 5 à 10 hectares.

Quels sont les avantages agronomiques des ombrières que vous proposez ?

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L’ombre que la canopée apporte au champ permet de faire baisser la température au sol et de limiter l’évapotranspiration, surtout en période de fortes chaleurs qui sont de plus en plus fréquentes. Les panneaux peuvent aussi être un outil de protection en cas de gel, de grêle, de vent ou de pluie. Pour l’élevage, l’ombrière permet d’abriter les animaux de la chaleur et des intempéries, en améliorant ainsi leur bien-être. Sur l’un de nos sites consacrés à l’élevage de vaches laitières, nous allons évaluer les résultats de parcours ombragés pour les animaux et leur production de lait, autant en quantité qu’en qualité.

Pour les grandes cultures, pour lesquelles notre ombrière a été conçue, nous travaillons afin d’identifier grâce à la sélection variétale les variétés les plus adaptées à se développer en synergie avec les panneaux. Ainsi à Amance, nous avons testé 6 variétés différentes de soja. L’irrigation peut aussi être conçue et pilotée en fonction des ombrières, et plus d’ombre signifie aussi moins d’irrigation et moins de travail et de pénibilité pour l’agriculteur. Enfin, l’ombre contribue au bien-être de tous ceux qui travaillent dans les champs, surtout dans le maraîchage.

Comment les agriculteurs peuvent profiter de l’agrivoltaïsme ?

Notre solution ne cherche pas à pousser les agriculteurs à changer d’activité pour devenir producteurs d’électricité. L’objectif est que la production d’électricité génère un revenu supplémentaire tout en développant l’activité agricole. Si un agriculteur se lance, il n’a rien à débourser pour l’équipement dont la conception, l’installation et le coût sont assumés par TSE en échange d’un bail de 40 ans. Pendant cette période, nous assurons la maintenance et le pilotage de la canopée agricole en échange d’un revenu de 1800€ par an et par hectare, à partager entre propriétaire et exploitant. Nous apportons donc de la visibilité aux agriculteurs en termes de revenus, sans qu’ils aient à prendre de risque lié à l’investissement. TSE assume l’investissement et se rémunère en vendant l’électricité produite.

Vous annoncez une levée de fonds de 130 millions d’euros. Quel est son objectif ?

Grâce à cette levée de fonds 130 millions d’euros en capital auprès d’Eurazeo, qui mène ce tour, Bpifrance et un pool d’investisseurs du groupe Crédit Agricole, représenté notamment par IDIA Capital Investissement et Amundi*, nous allons pouvoir soutenir la forte croissance de la société dans les projets solaires photovoltaïques et agrivoltaïques, et financer notre R&D en vue de nouvelles innovations. Plus précisément, ce financement va permettre de construire le plus grand démonstrateur agrivoltaïque de France. Notre ambition est de développer 10 GW de projets solaires en France d’ici 10 ans et de confirmer notre position de leader solaire indépendant sur le marché français.

*Le pool d’investisseurs du groupe Crédit Agricole est constitué d’IDIA Capital Investissement - via son fonds CA Transitions - d’AMUNDI TE, de Sofipaca, de Nord Est Expansion, de Sofilaro, de la Caisse régionale de Crédit Agricole Aquitaine - via son fonds CAAP Energies - et de Pyrénées Gascogne Développement.