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Guerre commerciale : Bruxelles propose des rétorsions, l’agriculture visée

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Après la mise en place des droits américains sur l’acier et l’aluminium, Bruxelles tente de montrer ses muscles. Des propositions de rétorsions sont sur la table, pour un montant de 22,5 Md€. Et le secteur agricole américain pourrait être particulièrement concerné. Reste à présent à convaincre les parties prenantes mais surtout les États membres. En parallèle, l’exécutif européen veut aussi maintenir le dialogue transatlantique ouvert afin de trouver une solution pérenne.

Alors que les taxes américaines sur les importations d’acier et d’aluminium promises par Donald Trump sont officiellement entrées en application, l’UE a décidé de répliquer. En marge de la plénière de Strasbourg du 12 mars, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté un plan de rétorsion allant au-delà du secteur industriel. Au global, la réponse européenne concernera un montant total de 22,5 milliards d’euros (Md€) pouvant atteindre jusqu’à 26 Md€. « Des contre-mesures rapides et proportionnées sur les importations américaines dans l’UE », indique Ursula von der Leyen. Et d’ajouter : « Ce montant correspond à l’ampleur économique des droits de douane américains ». Les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium affecteront un total de 28 Md$ (26 Md€) d’exportations européennes, « soit environ 5 % du total des exportations de biens de l’UE vers les États-Unis », précise Bruxelles.

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Dans le détail, le plan européen consiste en une approche à deux étapes. La première vise à réinstaurer, au 1er avril, les mesures de rééquilibrage sur les produits américains dans le cadre du différend sur l’acier et l’aluminium. Ces sanctions, d’une valeur de 4,5 Md€, incluaient déjà des produits agroalimentaires d’outre-Atlantique comme le maïs doux, le riz, les haricots, les airelles, le jus d’orange, le beurre de cacahuète, le bourbon ou encore le whisky. Pour mettre cela en place, Bruxelles n’a pas besoin d’obtenir l’aval des États membres, contrairement au nouveau paquet de mesures supplémentaires, la deuxième étape.

Démonstration de force

Pour la Commission européenne, ces nouvelles sanctions ont été rendues nécessaires « étant donné que les nouveaux droits de douane américains ont une portée nettement plus large et affectent une part significativement plus importante des échanges commerciaux européens ». Environ 18 Md€ de marchandises américaines devraient ainsi être visées (avec potentiellement 25 % de droits douane). Et l’agriculture devrait être touchée, selon une première liste publiée par les services de l’exécutif européen le même jour. Ainsi, les volailles, la viande bovine, les produits laitiers, les œufs ou encore les amandes y figurent. Mais surtout, les mesures visent aussi les importations de soja américain, Bruxelles estimant disposer d’autres sources alternatives fiables pour prendre la place (Argentine, Brésil). « On frappe les États-Unis dans des secteurs importants pour eux et pour lesquels nous disposons d’alternatives », rapporte un haut fonctionnaire du Berlaymont. L’idée générale est de toucher des productions provenant d’États américains gérés par le Parti républicain (volaille du Nebraska ou bœuf du Kansas).

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Cette liste de produits est, à présent, soumise à consultation publique. Les parties prenantes disposent de deux semaines, jusqu’au 26 mars, pour faire parvenir leurs commentaires auprès des services de la Commission européenne. Une fois ce délai passé, l’exécutif européen procédera à une analyse des réponses et, le cas échéant, à un affinage de son projet d’acte d’exécution. Celui-ci sera ensuite soumis aux États membres, selon la procédure dite de comitologie. Un vote à la majorité qualifié sera nécessaire pour l’adopter ou le rejeter. Après quoi, Bruxelles espère que ces mesures pourront entrer pleinement en application à compter de la mi-avril (potentiellement le 12).

Dialogue de sourds

Conformément à sa stratégie de dialogue depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la Commission européenne insiste sur le fait que les rétorsions ne ferment pas les portes à une solution commune et pérenne. « Nous sommes prêts à engager un dialogue constructif », rappelle d’ailleurs Ursula von der Leyen, qui ajoute : « J’ai chargé le commissaire au Commerce, Maros Sefcovic, de reprendre ses discussions afin d’explorer de meilleures solutions avec les États-Unis ». Et ce dernier prévient déjà : « Les perturbations causées par les droits de douane sont évitables si l’administration américaine accepte notre main tendue et collabore avec nous pour parvenir à un accord ».

Mais, de son côté, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a jugé, le 12 mars, que la réaction de l’UE est « déconnectée de la réalité ». Et d’ajouter : « Si l’UE avait agi aussi rapidement pour remédier aux excédents de capacité mondiaux qu’elle l’a fait pour punir les États-Unis, la situation serait probablement différente aujourd’hui ». Ambiance.

Guerre commerciale : la riposte chinoise sur les produits agricoles entre en vigueur

Décidés en représailles à un dernier décret de Donald Trump visant Pékin, de nouveaux droits de douane chinois s’appliquent depuis le 9 mars sur tout un éventail de produits agricoles américains. Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, le président des États-Unis a annoncé une série de droits de douane à l’égard de ses principaux partenaires commerciaux, parmi lesquels la Chine, le Canada et le Mexique. Après avoir imposé des droits de douane supplémentaires de 10 % à l’encontre de tous les produits chinois, Donald Trump a décidé le 3 mars de les porter à 20 %. « Fortement mécontente », la Chine a riposté dans la foulée, en annonçant des taxes du même type contre des produits issus de l’agriculture américaine, et ce à compter du 3 mars. Poulet, blé, maïs et coton entrant en Chine seront davantage taxés (15 %) que sorgho, soja, porc, bœuf, produits de la mer, fruits, légumes et produits laitiers (10 %). Des experts estiment que cette réaction chinoise vise la base électorale du milliardaire républicain, tout en restant suffisamment modérée pour rendre encore possible un accord commercial.