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Aude Guo (Innovafeed) : « Notre modèle de symbiose industrielle prouve son efficacité économique »

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Aude Guo, cofondatrice d'Innovafeed avec Clément Ray et Bastien Oggeri. Crédits : © Innovafeed

La montée en puissance du site industriel d’Innovafeed à Nesle, dans les Hauts-de-France, se poursuit avec succès. Aude Guo, cofondatrice de la société avec Clément Ray (CEO) et Bastien Oggeri, revient sur les points forts du modèle unique et innovant de l’entreprise et fait le point sur les prochaines étapes de son développement. Même si certains opérateurs dans l’élevage d’insectes rencontrent des difficultés, elle estime que la filière a du potentiel au travers de projets circulaires en partenariat avec l’agro-industrie.

Innovafeed a achevé la troisième phase d’extension de son site industriel de Nesle, en juillet dernier. Comment se passe la montée en puissance de ses capacités de production ? 

L’unicité du modèle d’Innovafeed repose non seulement sur des choix industriels et technologiques assez uniques, mais aussi sur une montée en charge progressive, étape par étape. Depuis l’inauguration de l’usine en 2020, nous avons franchi plusieurs phases, jusqu’à la finalisation en juillet de cette troisième et dernière phase d’extension de notre site dans les Hauts-de-France. Et cette extension aujourd’hui se passe très bien. 

Nous projetons toujours d’atteindre la rentabilité en 2026 et nous sommes même plutôt optimistes par rapport à cet objectif, parce que nous sommes en avance sur notre business plan. 

Notre modèle de symbiose industrielle, qui repose à Nesle sur une colocalisation avec l’amidonnerie de Tereos, prouve vraiment son efficacité économique, mais aussi en termes de réduction d’émissions carbone. L’usine est directement reliée à l’amidonnerie, qui nous fournit en coproduits secs et liquides, pour alimenter nos élevages et 60% des énergies que nous utilisons sont des énergies fatales, les 40% restants sont constitués d’énergie renouvelables. 

Lire aussi : Clément Ray (Innovafeed) : « Notre site de Nesle devient le plus grand site de production d’insectes au monde »

Justement, l’industrie d’élevage d’insectes n’est-elle pas réputée pour être très énergivore ? 

Tout dépend des modèles et des choix technologiques qui sont faits au départ. Il peut en effet exister des modèles avec de grandes infrastructures qui ont besoin de chaleur. 

La circularité qui est au cœur du sujet chez Innovafeed, a été pensée depuis le départ pour apporter énormément de bienfaits en termes d’émissions carbone et des réductions des coûts économiques. La porte d’entrée au départ d’Innovafeed, c’était d’obtenir une protéine de qualité à faible émission carbone, que l’on puisse mettre à l’échelle rapidement et de manière compétitive. Tout a été conçu et pensé en interne. Je pense que ce qui a fait notre force, c’est d’avoir intégré au départ une équipe d’ingénierie et d’industrialisation avec la R&D. Ceci a permis une vraie symbiose des équipes et nous a donné beaucoup d’agilité pour adapter et modifier très vite notre process. 

Et ce qui donne la compétitivité et qui accélère notre industrialisation, tient aussi au choix de l‘insecte qui est très productif. Le nôtre à un cycle de vie court et une capacité à s’alimenter avec un panel très large d’intrants. 

Aujourd’hui, il y a une course effrénée sur le segment des insectes. On parle beaucoup de la France, mais il y a aussi des acteurs en Europe et en Asie qui sont en train d’accélérer leur développement. L’avantage de notre modèle, c’est qu’il peut être répliqué dans d’autres endroits en France, mais aussi dans le monde. 

 

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Et justement, avez-vous identifié d’autres sites potentiels pour déployer votre technologie ?

En fait, Innovafeed se voit vraiment comme un maillon de l’agro-industrie, pour rendre circulaire et connecté tout un écosystème avec nos partenaires en utilisant au mieux leurs coproduits et leurs déchets de gisements énergétiques. 

Nous avons identifié deux autres projets en France, sur lesquels nous ne pouvons pas encore communiquer, mais nous resterons, comme à chaque fois, sur un modèle très intégré, avec l’agro-industrie et la transformation de céréales.

Nous avons encore du potentiel d’extension sur notre site de Nesle, où nous avons un ancrage territorial fort, en travaillant en étroite collaboration avec différents acteurs de la Région, institutionnels et industriels. Nous avons aussi un pilote aux États-Unis avec l’américain ADM et nous regardons en Europe où nous avons des projets, mais aussi en Asie, où l’agro-industrie est très développée et les débouchés sur les marchés que nous servons, importants. Notre cœur de métier englobe la nutrition animale, à savoir le pet food et les animaux d’élevage avec la pisciculture, la volaille et les porcs, mais aussi l’agriculture pour les engrais

 

Pensez-vous que les déboires rencontrés récemment par des entreprises du secteur sont un frein au développement de la filière ?

Ce qui est arrivé à certains de nos concurrents n’est pas une bonne nouvelle, ni pour nous, ni pour le secteur. Mais il faut garder à l’esprit que nous sommes dans un cycle assez darwinien qui n’est pas propre aux insectes, et qui existe dans tous les secteurs, avec des entreprises et des modèles qui marchent plus ou moins bien. Nos concurrents font face à des difficultés qui sont celles de bons nombre d’industries, couplées avec un environnement compliqué quand vous avez besoin de financement.

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Ce qu’il faut retenir, c’est que notre filière a du potentiel. C’est ce que nous sommes en train de démontrer avec la réussite de la montée en puissance de notre site de Nesle, preuve que des modèles comme le nôtre peuvent émerger et franchir ces difficultés industrielles qui ne sont pas propre à l’insecte. 

L’émergence d’une filière industrielle ne se construit pas seule. Nos investisseurs, dont certains sont aussi des clients, sont des leaders industriels et des familly office qui n’ont pas besoin d’une rentabilité à court terme. Construire ces partenariats à long terme est aussi au cœur de l’ADN d’Innovafeed.