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Mehdi Besbes (Adelphe) : « La réduction de l’empreinte carbone de la filière Vins & Spiritueux passe surtout par la réduction du poids des bouteilles. »

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Mehdi Besbes est Responsable marché Vins et Spiritueux à Adelphe. Crédits : © Adelphe

Pour aider la filière Vins et Spiritueux à atteindre la neutralité carbone, Adelphe (1) propose un soutien technique et financier par le biais d’appels à projets pour la réduction du poids des emballages. Après les bons résultats obtenus avec les bouteilles syndicales, le dernier en date concerne les bouteilles propriétaires en verre. Agronome et œnologue de formation, Mehdi Besbes est responsable marché Vins et Spiritueux à Adelphe depuis septembre 2021. Il en dit plus sur l’accompagnement des entreprises de la filière pour réduire l’empreinte environnementale de leurs emballages. 

Adelphe (1) a lancé récemment un nouvel appel à projets pour la réduction du poids des bouteilles propriétaires en verre. Quels sont vos critères de sélection des candidats ? 

C’est un appel à projet encore plus spécifique, après celui sur les bouteilles syndicales (en octobre 2024, ndlr), puisqu’on adresse uniquement les bouteilles propriétaires, après les bouteilles syndicales. L’idée est de toucher les acteurs qui ont le plus grand volume de production pour les aider à développer des moules plus légers. Mais ce n’est pas le seul critère de choix, il y a aussi le pourcentage de baisse du poids de la bouteille, puisque in fine, notre mission est de réduire au maximum le poids en tonnage de verre. Nous voulons aussi identifier les acteurs qui utilisent des bouteilles propriétaires lourdes, au-dessus des 500g, pour essayer de leur donner un coup de pouce pour passer en dessous des 500g. 

Sur l’appel à projet des bouteilles syndicales, nous avons retenu cinq candidatures et le gisement attendu à la baisse est de 9500 tonnes de verre en moins

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Combien de projets seront retenus à la clôture des candidatures, le 7 juin 2025, et pour quel accompagnement ? 

Nous pourrons accompagner six projets, avec un budget global de 300 000 euros, soit un maximum 50 000 euros par projet, entièrement financés par les contributions de nos adhérents. Nous avons des experts dédiés à la réduction au sein du groupe Adelphe Citéo, pour accompagner les entreprises et leur donner des conseils techniques pour les aider à aboutir dans leur projet de réduction. 

Combien de temps faut-il pour repenser une bouteille en verre ? 

Plus la bouteille est complexe, plus ça prend du temps. Nous ferons tout pour que les entreprises sélectionnées dans cet appel à projet aboutissent à des résultats concrets d’ici décembre 2026. Mais tout dépend de la maturité de chaque projet, du niveau de réduction que va nécessiter la bouteille propriétaire. Parfois, réduire le poids de sa bouteille ne se limite pas à dire à son verrier de réduire le poids du verre. C’est très technique, il faut étudier sur quelles parties de la bouteille il va être possible de faire des réductions, ce qui peut avoir un impact sur le design global de la bouteille, avec un changement de hauteur, de diamètre… 

Et en touchant au design, c’est toute la ligne de conditionnement qui est concernée par le nouveau format de bouteille, les cartons de transport, le design des étiquettes, le bouchon... Cet appel à projets permet de soutenir financièrement les entreprises concernées. 

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Les premiers résultats de l’appel à projets sur les bouteilles syndicales en verre ont montré des réductions moyennes de 4,2% du poids des bouteilles de vins effervescents et 21,2% pour les vins tranquilles. Comment expliquez-vous cet écart ? 

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Les bouteilles de vin mousseux sont soumises à une pression considérable. En termes de réduction, ce n’est pas à prendre à la légère car il y a des aspect de sécurité des consommateurs. On ne peut pas avoir le même pourcentage de réduction qu’avec les vins tranquilles. De plus, certaines appellations fixent des poids minimums des bouteilles de vins mousseux, notamment le Comité Champagne, qui a d’ailleurs mené des études pour réduire le poids de ses bouteilles via l’appel à projets des bouteilles syndicales. 

Où en est la filière Vins et Spiritueux de son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 ? 

La filière s’est bien emparée de cette question. Parmi les grands leviers identifiés pour réduire l’empreinte carbone des entreprises, c’est l’emballage qui l’emporte en termes d’émissions. Toutes les régions sensibilisent leurs adhérents et leurs entreprises pour réduire le poids de leurs bouteilles. C’est l’idée de notre projet Objectif Climat, qui vise à mettre à disposition de chaque interprofession et chaque région viti-vinicole une plateforme numérique pour l’aider à accompagner ses adhérents. Un questionnaire, qui couvre les émissions carbone de la vigne jusqu’à l’emballage, permet de voir l’évolution des émissions de chaque adhérent et de fixer des objectifs de réduction à l’échelle d’une région.

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Voyez-vous de l’intérêt pour les autres leviers d’actions pour diminuer l’impact écologique des bouteilles en verre, comme le bag in box ou la consigne ? 

Il y a de l’intérêt de la part des entreprises pour s’essayer à de nouveaux matériaux. Mais notre rôle n’est pas de dire aux entreprises de changer de conditionnement, pour un bag in box par exemple. Notre rôle est de conseiller les entreprises en leur disant pour chaque emballage lequel serait le mieux en termes de recyclabilité et de réduction de l’empreinte carbone. Cette réduction passe surtout par le poids, cela représente déjà un gros effort. 

Cela peut aussi passer par la consigne, qui permet de prolonger la vie d’une bouteille réutilisée plusieurs fois. Nous lançons en mai 2025 la troisième édition d’un appel à projet pour développer le réemploi, qui s’appelle EncoRE plus de réemploi. Jusque-là, nous avons aidé une soixantaine d’entreprises et débloqué près de 6 millions d'euros depuis deux ans pour accompagner nos adhérents vers le réemploi.  

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(1) Adelphe est un éco-organisme agréé par l'État, filiale de Citéo, spécialiste du recyclage des emballages ménagers et des papiers graphiques. Son budget de 90 millions d'euros est entièrement financé par ses plus de 15 000 entreprises adhérentes.