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Premier panorama de l’agrivoltaïsme français

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Devançant la nouvelle feuille de route énergétique de la France, retardée par le gouvernement, l’Ademe publie un vaste panorama de l’agrivoltaïsme. Plus de 1 600 projets sont recensés dans les cinq régions étudiées. Ce travail inédit donne une vue sur la localisation des centrales solaires, leur taille, les productions agricoles concernées. Une figure émerge : l’ovin, auquel est associé le plus grand nombre de projets. L’agence manque encore de données pour une étude d’impact, car la filière est jeune, tout comme la loi Aper qui l’encadre. Certaines dérives apparaissent néanmoins, là où l’installation de panneaux solaires s’accompagne d’un changement d’orientation agricole. Va-t-on assister à une déferlante de projets ? L’étude montre plutôt qu’ils peinent à aboutir. En cause notamment, des difficultés de raccordement au réseau électrique.

C’est une photographie inédite de l’agrivoltaïsme sur le territoire national. L’Ademe a publié le 23 septembre un panorama du secteur. Combien y a-t-il d’installations, où sont-elles situées, quelle est leur puissance électrique, est-ce dans des fermes d’élevage, en productions spécialisées ou grandes cultures ? L’étude dresse un point complet dans cinq régions : Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Bourgogne-Franche-Comté et La Réunion.

Ce travail donne d’abord un premier aperçu de la dimension prise par cette toute jeune filière. Plus de 1 600 projets photovoltaïques sur terrains agricoles y sont recensés, tous stades de développement confondus (en exploitation, autorisés ou en chantier, également des projets en instruction, à l’état de développement, réflexion). Cela va de 284 sites en Nouvelle-Aquitaine à 425 en Paca, pour ce qui est de l’Hexagone.

L’étude dévoile aussi la taille moyenne des projets, leur puissance électrique. De gros écarts apparaissent, comme en Nouvelle-Aquitaine où les projets descendent sous les 5 MWc pour aller jusqu’à 29 MWc. La moyenne en Occitanie se situe à 11,4 MWc pour les 247 projets (sur 315) dont la puissance est connue. C’est deux fois plus en Bourgogne-Franche-Comté, où une analyse plus fine est menée par l’Ademe, montrant des projets supérieurs à 150 MWc.

Le type d’activité agricole associée posait également question. L’étude dessine une figure dominante : l’ovin. De toutes les activités agricoles concernées par l’agrivoltaïsme, le petit ruminant a le dessus. Ce type d’élevage représente un tiers des projets en Occitanie (sur les 186 dont le couplage énergie/agriculture est connu). L’ovin est plus largement en tête dans les régions Nouvelle-Aquitaine (50 % des installations agrivoltaïques) et Bourgogne-Franche-Comté (57 %).

Changement d’usages agricoles

Mais attention, l’ovin n’était pas toujours la vocation des terres avant leur couplage avec l’agrivoltaïsme. L’installation de panneaux solaires peut s’accompagner d’un changement d’usages agricoles. En Nouvelle-Aquitaine, 98 projets (22 % de l’ensemble) induisent une modification d’assolement. Cette nouvelle orientation a un côté positif, estime l’Ademe, quand il y a derrière un projet de diversification des ateliers. Mais l’agence pointe aussi « le risque de dévaluer le potentiel agronomique du site ».

En Bourgogne-Franche-Comté, le bilan est là encore mi-figue mi-raisin ; 22 % des projets ovins (sur les 59 documentés) ont vu le jour sur des parcelles en friches. Les terres ont ainsi été réhabilitées, généralement au profit de l’éco-pâturage. Voilà pour le côté pile. Côté face, 24 % du même échantillon sont des projets agrivoltaïques basés sur une conversion de l’activité en grandes cultures vers des prairies. Il s’agit notamment de secteurs à faible potentiel agronomique.

Quid de la géographie ? La carte d’implantation des panneaux souligne une évidence : plus il y a de soleil, plus il y a de chance d’en avoir. Ainsi en Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Ademe note que « le taux d’irradiation solaire est un facteur déterminant pour la localisation des projets photovoltaïques : 89 % sont situés dans une zone supérieure ou égale à 1581 kWh/m² » de rayonnements. Ce n’est pas la seule contrainte naturelle. Pente et relief jouent aussi. En Nouvelle-Aquitaine, le recensement montre d’ailleurs l’absence d’installation à des altitudes supérieures à 1 000 mètres. « Les projets photovoltaïques sur terrains agricoles ne sont pas situés en zone de forte pente, pour des raisons techniques liées à l’implantation des tables photovoltaïques », explique l’étude.

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Une localisation liée au revenu agricole

Sur le plan économique, le tableau est encore flou, notamment la relation établie avec le prix des terres. En Occitanie, c’est dans l’Aude que se concentrent le plus grand nombre de projets (67 sur 315). L’Ademe y trouve cette explication : aux dires de la chambre d’agriculture, « le département est très convoité par les développeurs, car le foncier est globalement moins cher » qu’ailleurs. Cela se traduit par un grand nombre d’installations à venir, notamment en ovins viande et viticulture. Pourtant l’agrivoltaïsme se développe fortement en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où les prés et cultures libres sont au plus haut en France, avec un fort taux de faire-valoir direct (50 % à 80 %).

Le revenu agricole du territoire serait un autre déterminant, selon l’étude. En Nouvelle-Aquitaine, les projets se trouvent au milieu de la fourchette. Peu de centrales photovoltaïques sur terrains agricoles existent dans les territoires à faible revenu agricole. Même constat pour les zones à très haut revenu agricole, bassins viticoles ou plaines landaises en monoculture de maïs : « Ces productions à forte valeur ajoutée sont peu concernées par l’agrivoltaïsme, car elles font l’objet d’une forte politique locale de préservation », considère l’Ademe.

Retombées attendues

Malgré ce vaste tour d’horizon, les cinq rapports régionaux s’avèrent parfois lacunaires. Il y manque une étude d’impact sur le couplage entre les productions agricoles et énergétiques, très encadré par la loi Aper de 2023, notamment pour les rendements agricoles. L’Ademe se borne à décrire en Occitanie quelles retombées les paysans en attendent. Tout en haut du classement, figure l’adaptation au changement climatique ; 51 projets agrivoltaïques visent en effet la protection apportée aux plantes et la régulation des températures extrêmes. En deuxième (30 projets), apparaît la quête d’un gain de rendement, notamment éviter les pertes dues au changement climatique (raccourcissement des cycles de production, stress thermiques et hydriques, etc.).

Pour 21 projets, l’objectif est une diversification des cultures, afin de conforter les revenus agricoles, s’adapter à la demande des consommateurs. Autre intérêt recherché (dans 15 projets), l’amélioration du bien-être animal grâce à l’installation de panneaux. La construction d’une serre photovoltaïque, prise en charge par l’énergéticien, apparaît comme une aubaine pour les agriculteurs. Grâce à cet appui, l’exploitant peut concentrer ses investissements sur le foncier et lancer des projets agrivoltaïques en maraîchage ou horticulture sous abris.

Raccordement au réseau

Voit-on pour autant une déferlante de panneaux solaires ? Pas vraiment, à en croire les dates de mise en service effectives ou prévisionnelles en Occitanie. Malgré une hausse notable des projets ces dernières années, la courbe n’est pas linéaire. Cette observation doit être nuancée car l’Ademe a une vision partielle des calendriers : seuls 70 des projets recensés affichent une date de réalisation.

Le manque de visibilité est dû aux nombreux obstacles pour installer des centrales. Un point clé est leur branchement au réseau électrique. En Nouvelle-Aquitaine, beaucoup de projets validés sont en attente de solution de raccordement dans le Lot-et-Garonne, d’après l’étude. Le département compte ainsi « de nombreux permis de construire accordés mais peu de parcs construits ». En Bourgogne-Franche-Comté, un véritable embouteillage apparaît. La puissance totale des installations photovoltaïques sur terrains agricoles est estimée à 7 748 MWc (dont 1 290 MWc autorisés à ce jour). Cela correspond à 204 % des objectifs régionaux pour 2030, relève l’agence. Dans la course au solaire, tout le monde ne sera pas servi.

L’élevage ovin très prisé dans l’agrivoltaïsme

« De nombreux permis accordés mais peu de parcs construits »