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Viande : « un abattoir ferme chaque mois »

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Culture Viande tire la sonnette d'alarme : pris en étau entre manque d'animaux, prix des bêtes élevés, flambée des charges et consommation en berne, les abattoirs sont en difficulté.

Entre décapitalisation, flambée des charges industrielles et effets de l’inflation, « un abattoir ferme chaque mois » depuis septembre 2023, alerte Yves Fantou, président de Culture Viande, le 20 février en conférence de presse. « Notre principal problème, c’est la décapitalisation », résume cet industriel breton, qui ne demande pas d’aide spécifique des pouvoirs publics. Pour les viandes bovine, porcine et ovine, l’année 2023 a été marquée par de fortes chutes de production et des cotations en sortie d’élevage très élevés. Par ailleurs, la hausse du coût des intrants industriels (énergie, transport, etc.) a particulièrement affecté les plus petits outils, car « elle est très difficile à répercuter sur de petits volumes », note le directeur de Culture Viande Paul Rouche. Face au manque d’animaux, « beaucoup d’abattoirs tournent quatre jours sur cinq, des restructurations et des transferts d’activité ont déjà eu lieu », déplore-t-il. Une situation économique encore aggravée par l’effondrement du prix des coproduits.

Premier recul du steak haché frais

Pour accompagner le secteur, la Stratégie abattoirs du ministère de l’Agriculture vise à identifier le « maillage pertinent et nécessaire pour chaque territoire » et à accompagner des outils sélectionnés (50 M€ de garantie d’emprunts). Une démarche qui semble s’adresser plutôt aux abattoirs publics ou soutenus par les collectivités locales, ce qui fait craindre des « distorsions de concurrence » à Culture Viande. « Je ne comprends pas qu’on ait envie de mettre de l’argent public dans les abattoirs », lance Yves Fantou, notant qu’« une quinzaine » de projets de nouveaux abattoirs sont dans les tuyaux dans un secteur en surcapacité.

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Côté consommation, l’inflation a pénalisé la consommation de viande bovine (-3,7 % en 2023). Signe d’une descente en gamme des achats des Français, « on a vu le steak haché frais reculer pour la première fois », au profit du congelé, relève Yves Fantou. Or, le frais est d'origine française pour raison sanitaire, alors que le congelé peut être préparé à partir de viande importée. Et pour 2024, si les perspectives devraient s’éclaircir un peu pour la production, les abatteurs ont dû concéder des baisses lors des négociations commerciales annuelles avec la grande distribution, de -2 % à -10 % selon les produits.

« Notre principal problème, c’est la décapitalisation »