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Bière 2008 risque de confirmer les mauvais chiffres 2007 de Brasseurs de France

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La météo défavorable a accentué l’an dernier le repli structurel du marché français de la bière et a même affecté, cette fois, les ventes en grande distribution. La tendance se prolonge début 2008 avec la baisse de fréquentation des cafés due à la nouvelle interdiction de fumer. La profession doit tabler sur la montée en gamme qui fait le succès des bières de dégustation (« spécialités ») et résister à de nouvelles restrictions envisagées par le ministère de la Santé.

La consommation française de bière a diminué de 8,2% au premier trimestre 2008 par rapport à la même période de 2007, selon les chiffres provisoires publiés par l’organisation professionnelle des Brasseurs de France. Cette baisse, qui prolonge un effritement déjà observé sur l’ensemble de l’année 2007, est «probablement» due à l’interdiction de fumer dans les lieux publics, selon Gérard Laloi, président délégué de Brasseurs de France, qui a dressé le point de la situation devant la presse. La température particulièrement froide du premier trimestre 2008 explique aussi en partie ce fléchissement de la consommation, d’autant que la période de comparaison, le premier trimestre 2007, avait connu des températures plus élevées que la normale. Or, selon les calculs réalisés par l’organisation, une variation d’un degré sur le thermomètre entraîne une variation de 3 à 4% de la consommation.

Sur l’ensemble de l’année 2007, la consommation de bière a baissé en fin de compte de 3,3%, à 19,6 millions d’hectolitres, contre 20,2 millions en 2006. En valeur, le marché est toutefois resté stable, à environ 12,5 milliards d’euros, a indiqué Brasseurs de France qui a affiné ses chiffres par rapport à ceux donnés en février Cf Agra alimentation n° 2010 du 28.02.08 p. 41.

Même en grande distribution

En France, la consommation de bière, d’environ 30 litres par an et par habitant, est une des plus faibles en Europe, quatre fois inférieure à celle des Allemands par exemple. Depuis 2003-2004, il semblait que la tendance de long terme à l’érosion structurelle des ventes était stoppée et que le marché se stabilisait. En réalité, il est passé maintenant en dessous de cette barre symbolique des 20 millions d’hectos alors que les importations continuent de progresser de 6,8 % pour avoisiner 30 % de part de marché à 6,3 M hl : la production française du coup a reculé de 5,8 % pour s’établir à 15,1 Mhl, malgré une belle poussée des ventes à l’export (+5,9 % à 1,8 Mhl). Autant de facteurs qui expliquent la réorganisation industrielle qui se poursuit en France.

La baisse du marché en 2007 résulte à la fois d’une tendance nettement négative dans le circuit alimentaire qui a perdu 610 000 hl l’an dernier (-3,4 %) et à la chute encore assez significative en CHR (-2,9 %) à 5,2 millions d’hl, les deux s’expliquant par une météo défavorable à partir du mois de juin. Plus précisément, les hyper et supermarchés ont connu pour la première fois un recul de plus de 4 %, et la tendance a été la même en hard discount comme en 2006 alors que ce circuit progressait les années précédentes (mais il semble repartir en 2008) ; les magasins de proximité se sont contentés de stagner et les autres circuits (cash&carry, stations services, restauration collective) ont moins reculé (-1,6%).

En GMS, hors hard discount, les bières « de spécialités » (d’abbayes, ambrées ou blanches et haut de gamme) sont les seules à tirer leur épingle du jeu. Leur part de marché en valeur a augmenté respectivement de 1% et 3% (et en volume +5% et +1%), les spécialités devenant un segment majeur dont le poids se rapproche de celui des bières classiques (21 % des volumes mais 32 % en valeur). Ces deux segments représentent 46% du total du marché en volume, et près de 62 % en valeur.

Deux modes de consommation

Mais le coeur de marché – les bières classiques dites « de luxe » – chute de 9 % en volume et de 5% en valeur, une tendance équivalente pour les bières sans alcool et les panachés qui accusent une baisse de 9% en volume et de 6% en valeur.

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Il se confirme ainsi, étant donné l’effet météo, que coexistent deux types de consommation de la bière, l’un de rafraîchissement sensible au temps, et l’autre de dégustation qui permet de monter en gamme.

Dans le circuit CHR, les statistiques 2007 montrent une chute particulièrement marquée (de 7,4 %) des consommations en petites bouteilles consignées et un effritement inéluctable en fûts (-2,3 %).

Au total et sur longue période, si les brasseurs ont eu à faire face à une contraction de 14 % de leur marché intérieur en dix sept ans, il n’empêche que le circuit alimentaire reste supérieur de 1,7 % en 2007 à ce qu’il était en 1991, tandis que les volumes du CHR ont perdu dans le même temps plus de 40 %.

Les restrictions s’accumulent

Malgré la montée en gamme qui signifie que l’on consomme moins mais mieux, les perspectives pour 2008 ne sont guère optimistes, a conclu Gérard Laloi, en raison notamment des restrictions qui demeurent, l’interdiction de fumer, bien sûr en CHR, et l’impossibilité - que la profession espère voir levée sans doute - de communiquer sur internet et bientôt d’autres «pressions émergentes», comme l’interdiction de vente de bière (et autres boissons alcoolisées) dans les stations-service qui fait partie des projets du ministère de la Santé.

Le président des Brasseurs de France a dit souhaiter poursuivre la vente de la bière en stations-service « pour respecter la notion de service » mais que celle-ci ne devait pas être proposée en «prêt-à-boire», sortant d’une armoire réfrigérée. Concernant la question de la vente de bière aux mineurs (16 à 18 ans), M. Laloi s’est montré favorable à une surveillance accrue dans les grandes surfaces, mais estime que la consommation en brasserie ne « doit pas être interdite » dès lors qu’ « il y a accompagnement d’un majeur ».