Lors de ses vœux à la presse, la Coordination rurale est revenue sur l’année 2016, l’une des pires depuis 30 ans selon elle. Le syndicat s’inquiète pour 2017 avec des politiques plutôt attentistes alors que l’agriculture aurait besoin de décisions rapides.
Un constat amer : « 2016, la pire des années depuis 30 ans », selon Bernard Lannes, président de la Coordination rurale, le 4 janvier, pour introduire ses vœux à la presse. Prix en dessous des coûts de production, météo catastrophe, retard de financement des aides Pac, « nous perdons des pans entiers de l’agriculture », souligne-t-il. Il évoque même des jeunes agriculteurs, « chair à canon de cette agriculture ». Très endettés pour leur installation, ils subissent de plein fouet la crise agricole. Il évoque 30 % des exploitations avec « un besoin de refinancement de 80 000 à 100 000€ immédiatement ». D’après lui, « même pas 200 dossiers sont passés à la Banque publique d’investissement » chercher une garantie comme le permettait le dernier plan du gouvernement. Le syndicat s’inquiète d’ailleurs des agriculteurs dont les prêts sont refusés par les banques et qui sont orientés par ces dernières vers les coopératives. Des coopératives qui « ouvrent des lignes de crédit » au risque de voir « leurs chiffres commencer à vaciller » lors des futures assemblées générales. « Dans une coopérative, quand 10 % de coopérateurs vont mal, cela passe. Mais 30 %… ? », s’interroge Bernard Lannes.
Aides bio, véganisme et régulation des marchés
Dans la filière laitière, Véronique le Floc’h dénonce « le manque d’anticipation » des industriels. « Ils nous ont demandé d’enlever la matière grasse du lait, explique-t-elle. Aujourd’hui, ils nous demandent de la remettre ». Les cours du beurre ont progressé de 43 % en décembre 2016 par rapport à décembre 2015, selon le Milk Market Observatory. Elle constate également que « toutes les laiteries ne publient pas leurs comptes », comme Laïta, à l’inverse de grands groupes comme Arla. « Il faut arrêter de nous considérer comme des producteurs de minerais », martèle Bernard Lannes. Les deux représentants s’inquiètent pour le « rafistolage » des aides bio, la prise de pourvoir des mouvements vegan « dans notre démocratie » ou encore « le manque d’ouverture dans la cogestion Jeunes agriculteurs et État ». Ils prônent plus de régulations des marchés, autrement que par un système assurantiel : « Nous ne pouvons pas croire que les assurances vont couvrir un travail à perte ! ». Et de conclure : « En 2017, on ne verra rien venir. […] Stéphane le Foll est déjà parti. […] Après les élections, il y aura les vacances et après un temps d’observation ». Pour autant, affirme Bernard Lannes : « Le message à passer, c’est qu’il y a de l’espoir. »
« La mention « steak » doit être réservée à la viande », selon la CR
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« Interdire l’utilisation des dénominations associées aux produits carnés (steak, saucisse, jambon…) pour la commercialisation des produits ne contenant pas de viande, ou pour les lieux de leurs ventes (boucherie…) », telle est la demande de la section viande de la Coordination rurale (CR) auprès de Stéphane Le Foll. Dans un communiqué du 4 janvier, elle explique : « Les plats tentant d’imiter la viande n’en sont pas pour autant. Il faut mettre fin à ces pratiques trompeuses pour les consommateurs ». Le syndicat fait également observer qu’« il revient à chaque adulte responsable de faire ses propres choix alimentaires pour ce qui le concerne, et l’Éducation nationale ne peut contribuer à les formater de manière abusive [en proposant des menus végétariens uniques, ndlr], au risque de nuire au développement physique et psychique de l’enfant et de l’adolescent ».
Aides à la reconversion : l’obligation de quitter le métier sera supprimée, selon la CR
« L’obligation de quitter le métier sera supprimée », a déclaré la Coordination rurale, dans un communiqué à propos de l’accès à l’aide à la reconversion professionnelle, le 3 janvier. Le syndicat se réjouit « de la volonté annoncée de Stéphane Le Foll de préparer un décret, d’ici deux mois, pour modifier en conséquence » un article du Code rural. Le 22 novembre dernier, le ministère de l’Agriculture, Vivea (fonds de formation agricole) et Pôle emploi ont signé un accord national pour accompagner les transitions professionnelles des agriculteurs. L’accès à « une aide au départ de 3 100 euros par actif (majorée de 50 % en cas de déménagement) » était conditionné à un renoncement « définitif » aux activités agricoles. Cette obligation va être supprimée, confirme-t-on chez Vivea.