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Santé publique 4,8 M€ pour lutter contre l’alcoolisme, réaction outrée des addictologues

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Vin et Société est attaqué par des addictologues qui lui reprochent sa pingrerie et son manque de conviction dans la lutte contre l’alcoolisme. Ils réclament que la politique de prévention soit pilotée par le ministère de la Santé, que les « alcooliers » se montrent plus généreux et qu’Audrey Bourolleau, conseillère Agriculture à l’Elysée et ex-directrice générale de Vin et Société, quitte ses fonctions.

Feu sur Audrey Bourolleau et le « lobby des alcooliers » ! Neuf médecins, parmi lesquels Bernard Basset (vice-président de l’Association nationale de prévention en addictologie, Amine Benyamina (addictologue), Irène Frachon (pneumologue) et Serge Hercberg (créateur du Nutri-Score), ont tiré à boulets rouges le 10 juillet dans une tribune publiée par le Monde au sujet du plan de prévention des producteurs de vins présenté fin juin. Ils dénoncent, pêle-mêle, le cynisme des « alcooliers » qui proposent de prendre en charge la prévention de l’alcoolisme, tout en multipliant les produits sucrés pour séduire les plus jeunes, mais aussi la pingrerie des professionnels, prêts à dépenser 4,8 millions d’euros quand « les chiffres d’affaires cumulés de la filière se comptent en milliards ». Enfin, ils demandent la fin du conflit d’intérêt au sommet de l’État en dénonçant la nomination d’Audrey Bourolleau comme conseillère Agriculture d’Emmanuel Macron, alors que celle-ci était juste avant déléguée générale de Vin et Société.

Or, c’est justement à Audrey Bourolleau (ainsi qu'à la conseillère santé de la présidence de la République) que Joel Forgeau, président de Vin et Société, a remis un plan comportant trente mesures destinées à lutter contre la consommation inadaptée d’alcool. La profession propose ainsi que la vignette interdisant l’alcool aux femmes enceintes double de taille, à 0,8 cm au lieu de 0,3 ou 0,4 cm et qu’elle soit imprimée avec plus de contrastes. Elle s’engage aussi à diffuser largement le message "zéro alcool pendant la grossesse". Elle propose aussi de faire mieux respecter l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs, par le biais de formations des professionnels au contact, notamment dans les supermarchés. Ou de favoriser la diffusion de wine bags dans les restaurants pour ne pas obliger les clients à se forcer à finir leur bouteille.

Non à la hausse massive des prix

« La filière viticole va investir 500 000 euros par an pendant quatre ans sur des actions de formation et de prévention, et les deux autres filières (spiritueux et brasserie) dépenseront à elles deux 700 000 euros par an », dit Joel Forgeau, soit au total 4,8 millions d’euros sur quatre ans.

Opposés à des hausses massives des prix des produits comme cela a été engagé en France pour le tabac, les professionnels défendent une approche ciblée sur la prévention. Avec pour argument l’inefficacité supposée de cette politique mise en place en Europe du nord (le Royaume-Uni a un taux de 5,9 % de sa population alcoolo-dépendante et la Suède de 4,7 %, selon l’OMS).

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« L’alcoolo-dépendance est un problème en France car elle touche 2,9 % de la population, alors que selon l’OMS, elle ne touche que 0,5 % de la population en Italie et 0,7 % en Espagne qui sont également de grands producteurs de vins », explique Joel Forgeau. Or, « ces deux pays ont mis en place depuis des années des programmes de prévention co-construits avec les filières de producteurs. Nous préférons nous inspirer de leur modèle », poursuit le président de Vin et Société.

Des grands domaines dénoncent un logo "mortifère"

Mais au sein de la profession viti-vinicole, la position de Vin et Société ne fait pas l'unanimité. De grands domaines viticoles ont estimé le 13 juillet que le logo sur les dangers de l'alcool pour les femmes enceintes était une image "mortifère" qui fait du vin un "produit délictueux", des termes contestés par la ministre de la Santé. Dans une tribune publiée par Le Figaro, ces 64 domaines dénoncent "la transformation d'un produit d'excellence distribué dans le monde entier en un bien délictueux à travers l'apposition de pictogrammes mortifères sur les femmes enceintes et les mineurs".

"Je ne comprends pas cette tribune", qui véhicule "de fausses informations", a réagi la ministre de la Santé Agnès Buzyn auprès de l'AFP. "Une négociation est en cours sur la taille de ce logo. On parle d'un logo représentant une femme enceinte, je ne crois pas que ce soit une image mortifère", a-t-elle poursuivi. Elle a en outre démenti le fait qu'un logo concernant les mineurs soit à l'étude, comme l'affirme la tribune, en rappelant que "la loi est claire et que la vente d'alcool aux mineurs est interdite". Depuis le 3 octobre 2007, toutes les bouteilles de boissons alcoolisées doivent porter un message sanitaire préconisant l'absence de consommation d'alcool pendant la grossesse.