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800 Mrd$ d’investissements supplémentaires pour nourrir l’Asie en 2030

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Croissance démographique, changement climatique et évolution de la demande en nourriture sont autant de défis qui attendent les pays d’Asie dans les dix prochaines années. Pour y répondre, un rapport prône une révolution technologique et des investissements massifs dans le secteur de l’agri-food tech à l’échelle du continent.

En même temps que le sommet annuel de l’Agri-Food Innovation Week Asie-Pacifique de Singapour battait son plein, le rapport Asia Food Challenge : Harvesting the Future sur l’avenir du continent asiatique était rendu public. Coproduit par PwC, Temasek et Rabobank, il s’intéresse aux défis auxquels le continent le plus peuplé au monde devra faire face d’ici 2030. Avec 250 millions de personnes supplémentaires, l’autonomie alimentaire du continent sera menacée. L’émergence d’une classe moyenne en majorité citadine mettra à l’épreuve les chaînes d’approvisionnement et amplifiera la demande pour des produits sains, frais et sûrs. Déjà, les entreprises agroalimentaires locales peinent à satisfaire la demande et dépendent des importations. Quant aux difficultés de production existantes, elles seront exacerbées par le changement climatique et la dégradation environnementale.

Pour répondre à ces défis, le rapport appelle à une véritable révolution technologique dans ses pratiques. Alors que les investissements dans le secteur en Asie sont historiquement bas comparés aux autres continents, les auteurs estiment l’investissement supplémentaire nécessaire à environ 800 Mrd$ (726,3 Mrd€) d’ici 2030, en plus de ceux déjà prévus. Un tel afflux d’investissement pourrait permettre une croissante annuelle du secteur de 7 % sur le continent et un doublement de ses dépenses en alimentation, pour atteindre 8 000 Mrd$ (7 260 Mrd€) d’ici 2030. Le rapport prévoit non seulement l’adoption de nouvelles technologies dans le secteur agroalimentaire comme la blockchain, la robotique et l’intelligence artificielle, mais aussi la systématisation de l’utilisation de nouveaux ingrédients dans les processus existants.

De nombreux freins aux investissements

Jusqu’à présent, les grands groupes se sont montrés réticents à investir dans les foodtechs du continent, à cause notamment de la complexité des environnements (régulations, systèmes politiques, langues, éloignement géographique…). De plus, la majorité de la production agricole asiatique vient encore de petites fermes familiales incapables d’investir pour adopter des technologies innovantes, ce qui freine d’autant plus les investissements dans le secteur.

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À elles seules, la Chine (51 %) et l’Inde (27 %) représentent plus des trois quarts des besoins en investissement du continent. Et c’est à l’étape de la transformation que les besoins en investissement sont les plus pressants (57 %). Cependant, les plus gros investissements et succès de ces dernières années l’ont été dans le secteur de la distribution en ligne. C’est là que quelques-unes des plus grosses entreprises du continent opèrent avec succès. Ele.me en Chine, Swiggy en Inde et Gojek en Indonésie sont les plus grands groupes d’un marché de la livraison alimentaire estimé à 100 Mrd$ en Asie.

Des ponts à trouver par les États

Ces investissements devront être réalisés dans des domaines aussi variés que les protéines alternatives, les rendements ou le gaspillage alimentaire. Pour cela, la coopération entre les grands groupes agroalimentaires et les États est cruciale. Ces derniers doivent créer les conditions optimales, en développant des incubateurs attractifs. Les principaux incubateurs de foodtech de la région sont à Pékin, Singapour, Bangalore, Hong Kong, Tokyo, Mumbai, Shanghaï et Shenzhen. Tout en prenant exemple sur des incubateurs reconnus mondialement comme Tel Aviv, San Francisco et Rotterdam, ces États doivent aussi s’assurer de faciliter la collaboration entre les foodtechs, les universités et d’autres secteurs hautement technologiques comme les télécommunications, la finance et la distribution, tous essentiels pour faciliter l’émergence de réponses à la hauteur des enjeux. À terme, ces incubateurs pourraient non seulement produire des technologies pour leurs marchés respectifs, mais aussi pour l’international, estime l’étude.