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Accès à la HVE : la voie « B » au centre des critiques

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Pour France Nature environnement (FNE), comme pour les professionnels de l’association HVE Développement, la seconde voie d’accès à la HVE, calculée sur l’autonomie en intrants, doit être révisée, car trop permissive pour les produits à forte valeur ajoutée (vins par exemple). Les professionnels demandent d’ailleurs la complète transparence sur les statistiques des voies d’accès pour en finir avec les « fantasmes » d’une brèche dans laquelle se seraient engouffrés la majorité des agriculteurs certifiés.

FNE va adresser dans les prochains jours un courrier au ministre de l’Agriculture pour demander la révision du cahier des charges HVE : « L’option A n’est pas assez exigeante, et la B ne permet pas de transition », explique Cécile Claveirole, responsable du réseau agriculture chez FNE. L’ironie de l’histoire, c’est que c’est FNE qui est à l’origine du cahier des charges HVE, et en particulier de l’option B. « C’est un peu difficile de remettre en cause ce que l’on a nous-même porté », convient l’agronome de FNE. « Nous avons un peu naïvement cru que les organisations professionnelles agricoles porteraient le mouvement, mais il ne fallait pas être confiants. Donc, nous durcissons le ton. »

Quel est précisément le reproche ? Que des exploitations situées sur des marchés haut de gamme aient de moindres efforts à réaliser pour être certifiées. Car l’un des deux indicateurs est un rapport « intrants sur chiffre d’affaires » de 30 % en-deçà duquel il faut se situer. Mathématiquement, plus le prix de vente est important, plus on a de chances de passer sous ce seuil ; et il n’est prévu aucun « garde-fou » dans les règles de calcul de l’indicateur. Un rapport de master d’AgroParisTech paru en 2014, avait identifié ce risque comme celui de « faux HVE ».

Risque identifié depuis 2009

FNE avait identifié ce risque de dérive depuis le début, mais l’estimait maîtrisé. Dans une note datant de 2009, le conseiller technique agricole de FNE à cette époque, Lionel Vilain, résumait ainsi le danger : « Naturellement, il existe quelques situations où l’autonomie ne s’évalue pas simplement par le seul poids des intrants. C’est notamment le cas pour l’Otex viticulture de qualité car la valorisation importante du produit brut peut masquer un usage abusif des pesticides. »

Mais Lionel Vilain estimait avoir bordé le problème : « En associant l’indicateur infrastructures agroécologiques supérieures à 10 % de la SAU, le dispositif proposé par FNE éliminait ce risque de détournement. À la différence du vignoble champenois ou de l’open field céréalier, sans arbre et sans ombre, les systèmes autonomes sont en effet toujours très diversifiés et les infrastructures agroécologiques (haies, arbres isolés, prairies sous prairies…) sont considérées comme de véritables facteurs de production. »

Et de conclure : « Il existera sans doute toujours et ponctuellement des systèmes qui, tout en répondant aux deux indicateurs synthétiques de la certification HVE, ne seraient pas écologiquement acceptables, (…) mais ces quelques anomalies ne doivent pas faire rejeter un dispositif qui favorise enfin une rupture radicale avec la pensée agricole dominante (l’intensification agrochimique). »

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Transparence sur les voies d’accès

Pour la Confédération paysanne, opposée depuis le début à la HVE, cette option « B » est l’une des raisons qui poussent à qualifier cette certification de « greenwashing ». Et la polémique enflerait d’ailleurs parmi les professionnels de la viticulture. Pour cette raison, l’association HVE Développement, qui regroupe des organisations professionnelles impliquées dans cette mention valorisante (Vignerons indépendants, Maraîchers nantais…), demande au ministère de l’Agriculture de publier des statistiques sur les voies d’accès à la certification.

« Le ministère a toujours refusé de communiquer sur la part de A et de B, partant du principe qu’il s’agissait de la même promesse calculée de deux manières, retrace Laurent Brault, qui anime HVE Développement. Le ministère ne voulait pas laisser penser qu’il y a deux HVE. Nous disons qu’il faut diffuser le chiffre pour calmer les fantasmes. » « C’est toujours l’autre qui fait de la voie B, et le plus souvent les vignobles qui font de l’ombre, comme le champagne ou bordeaux. » Selon lui, le ministère s’apprêterait à le faire pour les statistiques arrêtées en juillet ; les dernières données disponibles (en 2017, auprès d’un organisme certificateur alors prépondérant sur ce marché) montreraient, assure-t-il qu’environ 25 % des exploitations HVE passent par la voie B.

Une option « incomprise »

Pour Laurent Brault, c’est un peu l’histoire d’un rendez-vous manqué. Cette option a en effet été conçue à destination des exploitations d’élevage et polyculture élevage extensives, et se retrouve au centre de polémiques viticoles. Est-elle si bien conçue que cela pour l’élevage ? « Les prix du lait sont trop variables d’une année sur l’autre pour que les éleveurs puissent s’engager par cette voie », note Cécile Claveirole.

Mais justement, estime Laurent Brault, l’option « B » a un potentiel mal utilisé dans les relations commerciales, qui fait de cette voie une piste « en avance sur son temps » : « Si une grande surface demande à un producteur de légumes de passer en HVE, et que celui-ci ne peut pas descendre techniquement au-dessous de 35 % d’autonomie en intrants, il peut rétorquer que l’autre façon de passer en dessous de cette barre est d’augmenter le prix de 10 % ». Ou dans le cas du lait : de stabiliser son prix de vente.