Abonné

Accord UE/Australie : Bruxelles poursuit son ouverture de marchés

- - 7 min

L’UE et l’Australie ont annoncé la conclusion d’un accord commercial comprenant des contingents tarifaires sur l’agriculture, principal sujet sensible des discussions. Des volumes critiqués par les professionnels des deux côtés. Le texte contient, par ailleurs, une liste d’indications géographiques protégées et une clause de sauvegarde.

Fumée blanche à Canberra. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre australien, Anthony Albanese, ont annoncé le 24 mars la conclusion des discussions en vue d’un accord de libre-échange. Après huit années de négociations avec des hauts et des bas, l’obtention de cet accord était une priorité pour l’exécutif européen dans sa stratégie de développement commercial, dictée par le contexte géopolitique. Après ceux avec le Mercosur et l’Inde, le traité de libre-échange avec l’Australie est le troisième à être conclu depuis le début de 2026. Une fois entré en application, il deviendra le quatrième en importance après les accords avec le Royaume-Uni, l’Inde et le Mercosur, devant ceux avec le Japon et le Canada. Il vient également renforcer la stratégie de l’UE dans l’Indo-Pacifique, en étant le huitième partenariat dans la région. Une nouvelle fois, l’agriculture a figuré parmi les points d’achoppement des pourparlers, mais l’exécutif européen estime avoir pris en compte les intérêts des producteurs de l’UE grâce à des contingents tarifaires « soigneusement calibrés », notamment pour la viande rouge.

Viande nerveuse

Dans le détail, les Australiens obtiennent un volume de viande bovine de 30 600 tonnes réparti en deux quotas. Le premier, de 16 830 t (55 %), entrera en franchise de droits, sous condition d’être « nourri à l’herbe » et l’autre, 13 770 t (45 %) avec un droit de douane réduit de 7,5 %. Ces volumes seront mis en œuvre de manière graduelle sur une période de dix ans avec un tiers du volume disponible à l’entrée en vigueur puis maintenu stable pendant cinq ans. Bruxelles se veut rassurante : « Cela représente environ 0,5 % de la consommation intérieure de viande bovine de l’UE et moins de 2 % des exportations australiennes vers le monde. » Pour la viande ovine, l’UE offre deux contingents réservés à la viande « nourrie à l’herbe » pour un total de 25 000 t dont 27 % pour la viande congelée. Ils seront introduits sur sept ans avec un tiers du volume à l’entrée en vigueur.

Lire aussi : UE/Australie : dernière ligne droite pour les négociations commerciales

Mais ces volumes suscitent une levée de boucliers chez les professionnels européens et australiens. Interbev, l’interprofession française de la viande, considère que la filière élevage a, une nouvelle fois, été « sacrifiée au nom des politiques commerciales ». « Les aménagements annoncés – progressivité des volumes ou différenciation selon l’alimentation des animaux – ne changent rien aux déséquilibres de fond », précise-t-elle. Côté australien, l’industrie de la viande rouge (Meat & Livestock Australia) n’est pas tendre, qualifiant le texte de « pire accord de libre-échange jamais conclu » par le pays. Elle estime qu’il est « loin de répondre aux attentes » alors qu’elle réclamait un contingent minimum de 50 000 t de viande bovine et 67 000 t de viande ovine.

Sucre complexe

L’UE s’engage, en outre, à ouvrir un contingent tarifaire pour la filière sucre, autre sujet sensible des discussions. Concrètement, l’accord prévoit un quota de 35 000 t de canne à sucre brute destinée au raffinage en franchise de droits qui sera soumis à une certification délivrée par un système privé de durabilité. « C’est la première fois que l’UE prévoit autant de prescriptions sur des concessions tarifaires », analyse un haut fonctionnaire européen. Ce nouveau système est d’ores et déjà critiqué par les betteraviers français (CGB). Selon eux, cela revient à déléguer à un tiers privé la mise en place des normes et le contrôle de leur respect. « La Commission assume donc pleinement ne pas être en mesure d’assurer la conformité de la production de ce sucre aux modes de production communautaires », affirme l’association.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Par ailleurs, l’UE devrait ouvrir des quotas, qualifiés de « modestes » pour le riz (8 500 t dont 5 000 t à l’entrée en vigueur et une mise en œuvre sur cinq ans), le lait en poudre (8 000 t), le beurre (5 000 t), les concentrés de protéines de lactosérum (2 000 t), le gluten de blé (20 000 t) ou le maïs doux (800 t). L’accord prévoit aussi un volume de 10 000 t d’éthanol en franchise de droits que les fabricants européens de bioéthanol (ePure) qualifient de « nouveau coup dur » au moment où l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur est confirmée.

Origine et sauvegarde

En échange, l’UE obtient l’élimination des tarifs douaniers australiens pour le vin et pour certains fruits et légumes dès l’entrée en vigueur, mais aussi pour le fromage (sur trois ans). Des dispositions saluées par les exportateurs de produits laitiers (Eucolait) et de vin (CEEV), qui se réjouissent des nouvelles opportunités. Pour le vin, l’UE et l’Australie ont également annoncé la modernisation de leur accord bilatéral comprenant un mécanisme simplifié pour la reconnaissance des pratiques œnologiques et une révision de la liste des indications géographiques (IG).

L’accord commercial comprend, en outre, la protection d’une liste de 165 IG alimentaires et 231 boissons spiritueuses de l’UE. Un événement qualifié « d’historique » par un haut fonctionnaire de la Commission alors que l’Australie était jusqu’alors réticente à ce système. Bruxelles ajoute toutefois qu’une clause d’antériorité est prévue pour les producteurs australiens ayant utilisé certains termes, comme Feta, Gruyère, Prosecco ou Parmesan de bonne foi et de manière continue pendant au moins cinq ans avant l’entrée en vigueur de l’accord. La Commission précise que des conditions strictes d’étiquetage s'appliqueront pour éviter toute allégation trompeuse sur l’origine du produit.

Le texte contient, enfin, une clause de sauvegarde bilatérale, fondée sur le même modèle que celle prévue dans le traité avec les pays du Mercosur. La Commission européenne indique que cette clause sera utilisable pour les quotas sur les produits agricoles sensibles. Elle sera valable pendant toute la période de montée en puissance des contingents tarifaires et même durant les cinq ans suivant la fin de cette période. Pour Bruxelles, l’objectif est d’agir « dans l’éventualité d’une hausse imprévue et préjudiciable des importations ou d’une baisse excessive des prix pour les producteurs de l’UE ».

Le traité va à présent suivre la procédure classique de l’UE en matière de conclusion des accords internationaux.