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Accord UE/États-Unis : une désillusion pour l’agriculture européenne

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Le feuilleton transatlantique de l’été ne s’est pas terminé de la manière escomptée pour le secteur agricole européen. Les boissons alcoolisées, notamment, n’ont pas obtenu leur exemption aux surtaxes de 15 % tandis que certains produits américains vont profiter d’un meilleur accès au marché de l’UE. Un résultat « déséquilibré » dénoncé par les organisations professionnelles européennes.

Le feuilleton commercial de l’été entre l’UE et les États-Unis a enfin trouvé son dénouement, au moins en partie. Bruxelles et Washington ont, en effet, finalisé, le 21 août, les derniers détails concernant leur déclaration conjointe sur le commerce et l’investissement transatlantiques, instrument devant mettre en musique les droits de douane plafonnés à 15 % sur les produits européens et leurs exemptions. Mais faute de compromis, les vins et spiritueux sont bel et bien visés par les surtaxes, au grand dam du secteur européen des boissons alcoolisées et de plusieurs États membres qui espéraient encore les voir figurer parmi les filières dispensées. « Malheureusement, nous n’avons pas réussi à ce que ce secteur » soit inclus dans les exemptions, a ainsi admis le commissaire européen au Commerce international Maros Sefcovic lors d’une conférence de presse le même jour. L’exécutif européen assure toutefois que « les portes ne sont pas fermées pour toujours » et que les discussions se poursuivent. « Ce n’est qu’une première étape : l’UE et les États-Unis étudieront la possibilité d’exempter d’autres secteurs à l’avenir », affirme Maros Sefcovic qui ne veut cependant pas faire de « fausses promesses ».

Tarifaire et non tarifaire

Au-delà de l’enjeu des exemptions, l’UE et les États-Unis ont également convenu, dans leur déclaration conjointe, d’un plus grand accès au marché européen pour certaines marchandises américaines, conformément aux grandes lignes du compromis du 27 juillet. Cette amélioration concerne notamment les produits laitiers, les fruits et légumes frais et transformés, les aliments transformés, les céréales et semences, les graines de soja, la viande porcine et de bison. Bruxelles précise que ces réductions tarifaires seront mises en œuvre via des contingents tarifaires qui doivent encore être publiés. « Cet accord améliore l’accès au marché pour les produits agricoles américains dont l’UE a besoin », justifie l’exécutif européen tout en soulignant que les produits agricoles les plus sensibles (bœuf, volaille, riz ou éthanol) ne sont pas concernés.

Lire aussi : Accord UE/États-Unis : l’agriculture en suspens

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Comme prévu en juillet, la déclaration conjointe stipule que les parties vont aussi travailler à éliminer les barrières non tarifaires affectant le commerce des produits agroalimentaires et à simplifier les certificats SPS (sanitaire et phytosanitaire), notamment pour le porc et les produits laitiers. Néanmoins, cette simplification ne devrait pas remettre en question les règles et normes SPS de l’UE. « C’est une ligne rouge claire », prévient d’ores et déjà la Commission européenne sans apporter davantage de détails à ce stade.

Douche froide

Le compromis présenté ne convainc cependant pas les représentants professionnels du secteur agroalimentaire. « L’accord récemment conclu entre l’UE et les États-Unis […] n’apporte rien au secteur agricole européen », assènent les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) dans un communiqué publié le 21 août. Le Copa-Cogeca y voit même la confirmation d’une « tendance préoccupante », à savoir : le recul au second plan systématique de l’agriculture dans les négociations commerciales de l’UE. Même déception vis-à-vis de cet accord pour le cercle de réflexion agricole Farm Europe qui estime que « la situation est gravement déséquilibrée », soulignant que Bruxelles « n’a pas (pour l’instant) su défendre les intérêts offensifs de l’agroalimentaire européen ». Pour les brasseurs européens (Brewers of Europe), c’est même la double peine puisque les exportations de bière de l’UE sont touchées par la surtaxe de 15 % et que les bières en canette sont aussi affectées par le droit supplémentaire de 50 % sur les dérivés de l’aluminium. L’impression qui ressort est que la Commission européenne a négocié un accord asymétrique en ayant offert des garanties supplémentaires pour les exportateurs américains sans avoir pu obtenir quelque chose sur ses intérêts offensifs.