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Airbus : l’UE s’active pour venir en aide aux agriculteurs européens

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Les eurodéputés réunis en plénière à Strasbourg ont adopté formellement le 28 novembre le texte de la résolution débattu deux jours plus tôt, qui appelle la Commission européenne à utiliser tous les outils disponibles dans la Pac afin de faire face aux sanctions américaines en lien avec l’affaire Airbus. Des préoccupations que partage la Commission qui va proposer des flexibilités supplémentaires dans la réalisation et la gestion des opérations de promotion des produits agricoles visés par les sanctions américaines. D’autres mesures exceptionnelles seraient également envisagées.

Réunis en plénière à Strasbourg, les eurodéputés ont adopté, le 28 novembre, le texte de la résolution qui appelle la Commission européenne à utiliser tous les outils disponibles dans la Pac pour faire face aux droits de douanes additionnels de 25 % sur certains produits agricoles de l’UE appliqués depuis le 18 octobre par les États-Unis en lien avec l’affaire Airbus,

À l’occasion du débat portant le 26 novembre à Strasbourg, les eurodéputés se sont vivement inquiétés des conséquences directes de la hausse du tarif douanier américain sur la pérennité de nombreuses filières agricoles (vin français et espagnols, fromages italiens, huile d’olive et olives de table espagnoles, whisky écossais…) et ont ainsi alerté sur le risque de destruction massive d’emplois. Pour éviter un tel scénario, ils appellent unanimement la Commission européenne à permettre une plus grande flexibilité dans le déroulement des campagnes promotionnelles afin que les opérateurs gagnent en réactivité et qu’ils puissent se recentrer sur des marchés alternatifs en reprogrammant les activités qui ont déjà été approuvées pour le marché américain. Dans le cas où la situation se dégraderait pour les secteurs agricoles ciblés par les sanctions américaines, nombre d’eurodéputés ont demandé à la Commission européenne de voir au-delà de ces mesures. À cette fin, l’eurodéputée, Anne Sander (chrétienne-démocrate) appelle Bruxelles « à se tenir prête à activer les outils de l’OCM unique tels que le stockage privé et les mesures de compensation ». Et l’eurodéputé Paolo De Castro (social-démocrate) précisant que « dans le cas d’une grande déstabilisation des secteurs visés, la Commission devrait utiliser les marges disponibles au sein du budget communautaire pour financer davantage ces mesures de marché et aussi pour lancer un véritable plan de promotion extraordinaire de notre agriculture. Mettons en œuvre des mesures inédites et innovantes notamment en direction des chaînes de distribution ». Lors de ce débat, les eurodéputés ont aussi appelé à conserver un budget agricole fort et à poursuivre la réforme des outils de prévention et de gestion des marchés.

La Commission européenne prête à plus de flexibilité

La Commission européenne qui dit partager, dans une lettre adressée le 22 novembre aux élus du groupe libéral Renew Europe, les mêmes préoccupations va justement proposer des flexibilités supplémentaires dans la réalisation et la gestion des opérations de promotion notamment des produits visés par Washington. Alors qu’elle vient de présenter son programme pour la promotion des produits agroalimentaires en 2020 qui prévoit un budget de 200,9 millions € (1). Concrètement, elle va ainsi « permettre aux producteurs de changer les marchés cibles de leurs campagnes de promotion déjà approuvées afin d’ouvrir d’autres marchés et aux États de lancer plusieurs appels d’offres par an pour mieux s’adapter aux besoins ». La Commission envisage aussi « d’augmenter le taux de financement de l’UE dans les campagnes de promotion afin d’alléger les producteurs et d’augmenter la durée des campagnes de promotion pour consolider les parts de marché des agriculteurs dans les autres pays du monde ».  L’eurodéputée Irène Tolleret (centriste) demande à la Commission européenne « de mettre en place le plus tôt possible les mesures promises », tout en rappelant que « les conséquences des sanctions pour certains vins, comme le beaujolais, ont été désastreuses, et elles ont un impact non estimé, découlant de la perte de confiance à moyen terme dans le marché américain ».

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D’autres eurodéputés en ont profité pour fustiger les actions de la Commission européenne en condamnant l’ouverture prochaine d’un contingent en franchise de droits de 35 000 t de bœuf américain sans hormones contre 17 000 t aujourd’hui (2). Pour l’eurodéputé social-démocrate Éric Andrieu, cet accord serait « un non-sens absolu ». L’eurodéputé irlandais Luke Flanagan (Gauche unitaire européenne) abonde dans son sens en soulignant que « c’est incompréhensible que l’UE puisse faire une telle concession aux Américains alors que cette ouverture du contingent compliquera encore plus la situation pour les éleveurs bovins européens, surtout dans le contexte actuel que l’on connaît ».

Du son côté la Commission européenne souhaite avant tout agir rapidement en demandant notamment aux eurodéputés « une adoption rapide des règlements requis pour que cette flexibilité supplémentaire puisse bénéficier dès que possible aux différentes filières agricoles ciblées par les représailles américaines ». Et elle assure que « pour des raisons exceptionnelles, des mesures additionnelles pourraient être mises en œuvre en concertation avec les États membres et les opérateurs du secteur. Dans l’intervalle, nous essaierons de trouver une solution négociée, équilibrée et compatible avec les règles de l’OMC afin d’éviter que les agriculteurs européens soient pénalisés ».

(1) Voir n°3718 du 25/11/2019

(2) Voir même numéro