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Alimentation animale : l'industrie bretonne touchée par la crise de l'élevage

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Les fabricants d'aliments bretons réunis dans l'association Nutrinoë ont dressé un bilan morose de l'année 2015. Dans leur région, seule la production volaille de chair a donné satisfaction grâce notamment à une reprise des exportations, toutefois stoppée dès le début 2016. Les autres grandes productions régionales, le lait et le porc, traversent de sérieuses difficultés, qui conduisent globalement à une nouvelle érosion de l'activité des fabricants d'aliments. Dans la production d'œufs, les fabricants d'aliments, investis dans le commerce d'œufs, sont également touchés par les prix bas en vigueur depuis la mise aux normes.

Reflet de la santé des élevages de son territoire, l'industrie de l'alimentation animale bretonne, fédérée au sein de Nutrinoë, connait une période compliquée, opérant année après année «une restructuration discrète», a expliqué le président de l'association Hervé Vasseur lors de l'assemblée générale de l'association, le 5 juin. En 2015, la production d'aliments a de nouveau baissé dans l'Ouest, de 0,54%. Cette industrie qui opère généralement « sur de gros chiffres d'affaires et des marges faibles » a connu des marges qui se sont approchées de zéro, explique Hervé Vasseur, en raison de l'érosion des volumes produits, et des difficultés rencontrées par ses clients. Trois filières majeures de l'élevage breton traversent des périodes difficiles, le lait et le porc, et plus récemment la filière œufs. En production porcine, Nutrinoë décrit une crise structurelle sur le maillon élevage, qui se manifeste par une érosion des volumes produits en Bretagne depuis dix ans (arrêts d'activité, et essor de la production d'aliment à la ferme), et des pertes en élevage que l'association estime à 240 millions d'euros en Bretagne sur les trois-cinq dernières années. Si les cours connaissent actuellement une embellie, grâce à la demande chinoise, les éleveurs «n'ont pas de visibilité à moyen terme», estime Patrick Piton, directeur productions animales chez Triskalia. Toutefois, le prix de l'aliment porc est en baisse sur les dernières années ; après un pic à 302 euros la tonne, il était de 229 euros la tonne sur le premier semestre 2016 sur les chiffres de l'Ifip, revenant à un niveau proche de 2007 (216 euros la tonne).

Seule la volaille de chair s'en sort

Si la crise est structurelle en porc, elle est conjoncturelle en lait, estime Patrick Piton. La production laitière vit ce que les céréaliers ont connu dans les années 90 avec la fin du prix d'intervention, analyse le directeur général de Valorex, Stéphane Deleau: «Les céréaliers ont aujourd'hui bien remonté la pente», observe-t-il, mais au prix de fortes évolutions. «Les élevages laitiers seront proches d'un million de litres de lait dans les dix prochaines années», annonce Stéphane Deleau, si bien qu'«il y aura plus d'ensilage, moins de mouvements des troupeaux». Un challenge pour l'alimentation animale bretonne, explique-t-il, qui va devoir être «plus précise» pour répondre aux besoins d'une production laitière «plus technique». Une seule production donne satisfaction, la volaille de chair. Globalement, la production bretonne de volailles est repartie à la hausse en 2015, en témoigne les chiffres de production d'aliments du Snia en 2015 (+1,56%), toutefois Nutrinoë reste prudent dans ses commentaires. En volailles de chair, Hugues Monge (Sanders) évoque un «dynamisme contrasté» ; la consommation est demeurée stable à baissière selon les sources, et l'essor des exportations en 2015 a été stoppé début 2015, par les effets indirects de la grippe aviaire dans le sud-ouest.

Oeufs: plateforme d'exportation vers pays tiers

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A coté de la filière volaille de chair, la filière œuf se porte beaucoup moins bien. Si le dynamisme de production est au rendez-vous puisque la filière est sortie de la mise aux normes des cages par une situation de surproduction (93% d'autosuffisance en France avant la mise aux normes, 101% après), il a débouché sur une crise de surproduction, qui s'est poursuivie en 2015 (+0,68% d'aliments livrés par rapport à 2014) et se manifeste par des cours de l'œuf historiquement bas (0,65 euro le kilo, pour l'œuf destiné à l'industrie), rapporte Hugues Monge. Or en filière œufs, ces écarts entre couts de production et prix de vente, ne sont pas supportés par les éleveurs, dont le prix de reprise est indexé sur le coût de l'aliment, mais essentiellement par les entreprises de commercialisation, parmi lesquelles figurent de nombreux producteurs d'aliment. La situation ne devrait pas s'arranger dans l'immédiat, selon Hugues Monge, qui s'inquiète de l'évolution des cours au cours des prochaines semaines: «Je vois arriver des œufs coquille polonais à 3 euros les 100, quand le cours est actuellement à 6 euros». Autre défi de la filière, s'adapter à l'évolution rapide des préférences des consommateurs en grandes surfaces vers les œufs alternatifs. Pour ce faire, la filière œufs a décidé de se tourner vers les pays tiers, pour exporter les surplus de production d'œufs standard, en mettant en place une plateforme export, appelée Eggxagone qui a été moins médiatisée que l'ont été celles d'autres filières comme la viande bovine, ironise Hugues Monge, mais aura donné pleinement satisfaction.

Nutrinoë en chiffres:

46 sites de fabrication d'aliment sur 290 en France
Un tiers des usines bretonnes
60% des volumes produits en Bretagne