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Diversification Après le lin, Valorex teste l'extrusion des pois, féveroles, lupin

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Après la graine de lin, l'entreprise Valorex teste l'extrusion (cuisson) des pois, féveroles, lupin, colza, luzerne et autres graines riches en protéines, pour en augmenter la digestibilité par le bétail, ont annoncé le 2 juin ses dirigeants à Combourtillé (près de Rennes), siège social de la société. L'entreprise mène ces tests dans le cadre d'un programme soutenu par la Banque publique d'investissement (BPI) avec l'Inra et des coopératives. Parallèlement, elle propose des contrats aux producteurs.

Spécialiste connu de la cuisson-extrusion des graines de lin, avec ses aliments Bleu-Blanc-Cœur riches en omégas 3, Valorex met au point l'extrusion pour d'autres graines riches en protéines : les pois, féveroles, lupin, colza, luzerne et soja (produit en France). L'extrusion est un procédé de cuisson qui accroît la digestibilité des graines oléoprotéagineuses par le bétail. En effet, à l'état cru, les graines oléoprotéagineuses présentent une digestibilité de l'ordre de 25%. Les méthodes de cuisson-extrusion actuelles de Valorex la portent à 60-65%, selon l'entreprise rennaise. L'objectif est d'améliorer encore ce taux de 25 à 35%, avec le programme de recherche-développement (R&D), annoncé le 2 juin par Pierre Weill, président de Valorex.

Une nouvelle ligne de cuisson d'une capacité de 50 000 tonnes

Un premier volet du programme est la création d'une ligne de cuisson, d'une capacité de 50 000 tonnes par an d'aliments extrudés à base de graines oléo-protéagineuses. Lors d'une visite de l'usine de Combourtillé, Stéphane Deleau, directeur général de Valorex, a expliqué que le comportement de chaque type de graines est observé en fonction de la pression qui est exercée, de la température, de la durée de chaque étape de traitement (thermique ou mécanique). De très nombreuses combinaisons possibles seront à analyser. De plus, entre l'arrivée de la graine et sa sortie sous forme de croquette, de nouvelles technologies sont expérimentées, notamment le conditionnement pré-extrusion : cette étape d'imprégnation de vapeur « permet un travail amélioré des graines grâce à la constitution d'une pâte qui doit faciliter le process d'extrusion » et d'optimiser la digestibilité des graines.

Des contrats pour le lupin, la féverole, le pois et le soja

Un second volet du programme est l'incitation des producteurs de grandes cultures à cultiver suffisamment de ces nouvelles graines à extruder, pour alimenter la nouvelle ligne d'extrusion. Dès cet été, Valorex proposera des contrats aux producteurs, avec des prix garantis : des prix minimums pour payer les producteurs, des prix maximums auxquels les achètent les éleveurs. À partir de l'été 2015, l'entreprise étendra la contractualisation aux graines de lupin, de féverole, de pois et de soja métropolitain entre les producteurs et les différentes usines d'extrusion (en Ille-et-Vilaine, Normandie, Poitou-Charentes, Doubs, Bourgogne, Aveyron), a indiqué Béatrice Dupont, directrice du développement.

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Dans ce programme de recherche-développement, Valorex a comme partenaires les coopératives Terrena et Dijon Céréales, et comme partenaire académique l'Inra pour les tests conduits sur les animaux d'élevage. Terrena et Dijon Céréales s'occuperont des itinéraires culturaux. En outre, Terrena pilotera la sélection du lupin, et Dijon Céréales la sélection des pois et féveroles. Le groupe Avril (ex-Sofiprotéol) est associé comme acteur non financeur pour apporter son expertise industrielle.

Pierre Weill : l'indépendance protéique de l'élevage français n'est pas une utopie

Le président de Valorex, Pierre Weill, considère que l'indépendance protéique de l'élevage français n'est pas une utopie. Si, jusque là, les plans de relance protéique (celui de 1974 en France, de 1978 au plan européen, de 2004 avec une aide couplée de 55,57 €/ha) n'ont pas été en mesure d'affranchir l'élevage de sa dépendance au tourteau de soja, c'est parce que tout l'argent public a été mis dans les primes à l'hectare à la production, et non dans le maillon technologique, indispensable à la valorisation de la protéine par l'animal d'élevage.

Pour remplacer l'intégralité du soja importé par la France (3,5 millions de tonnes), 1,6 million d'hectares de plantes oléoprotéagineuses suffiraient, a-t-il calculé. Avec une digestibilité accrue de 25 à 35%, un million d'hectares seraient suffisants.

Valorex compte enclencher une dynamique de croissance de la production de plantes oléoprotéagineuses cultivées localement : la digestibilité renforcée rend le produit attractif pour les éleveurs, cette consolidation du débouché incite les semenciers à faire de l'amélioration variétale. En outre, par la contractualisation, les producteurs sont incités à produire avec le prix minimum… et les éleveurs à utiliser les aliments produits avec le prix maximum.