La nette victoire d’Alberto Fernandez, candidat péroniste, au premier tour de l’élection présidentielle argentine le 27 octobre fait craindre aux agriculteurs argentins le retour d’une politique interventionniste et protectionniste avec notamment une hausse des taxes et de quotas à l’export.
La menace de la hausse des taxes sur les ventes à l’étranger et les plafonds d’exportation inquiète de nouveau les agriculteurs d’Argentine, après la victoire dès le premier tour du candidat péroniste de centre gauche Alberto Fernandez le 27 octobre. Ces derniers craignent le retour d’une politique économique interventionniste et protectionniste mise en place en son temps (2008-2015) par l’ancienne présidente Cristina Fernandez de Kirchner et revenue aujourd’hui au-devant de la scène politique argentine en tant que colistière d’Alberto Fernandez.
Dès son intronisation en 2015, le président libéral sortant, Mauricio Macri, considéré par certains comme le « messie du marché libre » avait décidé d’abandonner les contrôles commerciaux et les limites à l’exportation sur le maïs et le blé. Cela avait permis à l’Argentine de renforcer sa position en tant que l’un des principaux fournisseurs mondiaux de soja, de maïs et de blé, et premier exportateur mondial d’aliments pour le bétail à base de farine de soja.
Double taux de change
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Le retour des péronistes au pouvoir soulève de nombreuses interrogations dans le secteur agricole. Le président nouvellement élu pourrait décider d’augmenter les taxes à l’exportation sur les céréales et les oléagineux pour financer les dépenses publiques. Une autre crainte concerne l’imposition de quotas d’exportation ou de limites à la propriété foncière. Aujourd’hui, une taxe sur les exportations de 4 pesos par marchandise exportée s’applique, ce qui pour les céréales revient à environ 7 % alors que les exportations de fèves de soja, d’huile de soja et de farine de soja sont imposées d’une seconde taxe forfaitaire de 18 %, portant le total à 25 %.
Certains acteurs du marché s’attendent à ce que ces taux atteignent 20 % pour les céréales et 30 % pour les oléagineux et leurs dérivés. D’autres, plus optimistes, prévoient que l’augmentation sera limitée à 10 % pour les céréales. Si les taxes atteignent la limite supérieure de ces estimations, les analystes de la Bourse des céréales de Buenos Aires prévoient que la production céréalière chutera de 5,6 % et les exportations de 14,4 %. De telles perspectives réduiraient inéluctablement les profits de nombreux agriculteurs argentins.
Aujourd’hui, les agriculteurs argentins espèrent du nouveau gouvernement qu’il garde les marchés ouverts, soutienne la production et promeuve les exportations. Compte tenu du contrôle des changes actuellement en vigueur, les agriculteurs seraient d’accord pour l’adoption d’un double taux de change, l’un pour les marchés financiers et l’autre pour le commerce afin d’assurer leur compétitivité. Ce mécanisme permettrait de bénéficier de l’avantage concurrentiel d’une monnaie plus faible, tout en fixant le taux de change à un niveau plus élevé pour les autres secteurs afin de contenir l’inflation.