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Interview Au Maroc, « concilier agriculture traditionnelle et agriculture moderne »

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Sous le thème « Terroirs du Maroc, trésors du Monde », le Maroc participait au 50e Salon international de l’agriculture qui se tenait à Paris du 22 au 26 février. Alors que le Maroc et la France sont en train de construire un partenariat fort et durable, notamment dans le domaine de l’agroalimentaire, Aziz Akhannouch, ministre marocain de l’Agriculture et de la Pêche maritime, revient sur les ambitions de l’agriculture marocaine avec la rédaction d’Agra Presse.

Quelles sont vos ambitions pour l’agriculture marocaine ?
Concilier agriculture traditionnelle et agriculture moderne est un véritable challenge pour nous. Le Plan Maroc Vert repose sur deux piliers qui prennent en compte ces deux types de production. Le premier est axé sur le développement de l’agriculture moderne et le second est plus ciblé sur les exploitations traditionnelles. La politique agricole marocaine ne privilégie pas l’un ou l’autre de ces types d’exploitations : elle soutient les deux. Pour les exploitations traditionnelles, un des engagements de l’Etat est d’accompagner le regroupement des opérateurs et des agriculteurs pour qu’ils puissent avoir accès aux marchés. Nous avons maintenant 17 interprofessions dont la structuration est encadrée par une loi spécifique aux interprofessions. C’est à travers des contrats de programme Etat-interprofession que des projets se mettent en place. Le second pilier vise aussi à améliorer les revenus des petits agriculteurs dont l’exploitation est le plus souvent localisée dans des zones difficiles d’accès. Le premier pilier a pour objectif de soutenir et d’accompagner la création de valeur ajoutée pour les exploitations de production à haute valeur ajoutée comme les fruits et légumes ou encore le lait et les viandes. Nous souhaitons aussi soutenir l’industrie agroalimentaire. Nous avons deux zones industrielles exclusivement dédiées à l’agroindustrie, mais aussi des zones industrielles comme Marrakech ou Agadir où nous espérons capter un maximum de valeur ajoutée. Ces politiques sont soutenues par un budget global du ministère de l’Agriculture de 90 millions d’euros. Il a été multiplié par trois ces quatre dernières années et il est essentiellement orienté vers des aides à l’investissement ; nous ne sommes pas dans des aides à la production. Il s’agit d’augmenter l’offre et donc les investissements et le développement.

Au-delà du Plan Maroc Vert, quelles sont les politiques de développement de l’agriculture marocaine ?
Nous travaillons depuis 4 ans sur une série de réformes pour faire face à la demande mondiale. L’objectif étant de doubler la capacité de production à l’horizon 2050. Et le Maroc essaie d’être en phase avec ces objectifs en essayant de faire la reconversion d’un million d’hectares de céréales vers les arbres fruitiers, notamment dans les zones difficiles comme les zones de montagne. Ce projet doit être réalisé à l’horizon 2020.
Aujourd’hui, le Maroc produit des céréales, mais même dans les bonnes années, nous n’avons pas les rendements suffisants. Dans certaines régions, faire des céréales génère plus la pauvreté qu’autre chose. Pourtant, d’autres cultures peuvent se substituer à ces productions et en outre, apporter de la valeur ajoutée. C’est le cas des productions d’agrumes, d’oliviers et de fruits et légumes.
Parallèlement, nous avons des démarches de qualité. On a institué deux nouvelles lois : une sur les appellations d’origine et des labels de qualité et une nouvelle loi sur l’agriculture biologique. Aujourd’hui, l’arsenal juridique est là.

Avez-vous des ambitions exportatrices pour les cultures que vous soutenez ?
L’accord de libre échange entre l’Union Européenne et le Maroc a déjà permis de nous ouvrir un grand marché. Il n’y a pas de grandes ambitions par rapport à l’Europe car nous considérons que nous y sommes déjà performants. Nous avons, par contre, de grands projets pour l’Afrique. Nous avons commencé à développer nos activités à l’export dans cette partie du monde, mais il faudra encore attendre 4-5 ans pour que nous soyons vraiment aptes à s’ouvrir à des marchés proches. Vers l’Afrique, nous exportons surtout de la viande rouge, en particulier ovine.

Quelle est la principale limite de l’agriculture au Maroc ?
L’eau. Les limites de l’agriculture, c’est l’eau. C’est un grand challenge pour nous. C’est pour cela que nous avons un important programme d’économie d’eau : le goutte à goutte. Pour économiser au moins 3 milliards de mètres cube, nous espérons atteindre 550 000 hectares de surfaces irriguées avec ce système à l’horizon 2020. Nous avons déjà atteint 230 000 hectares. Et nous pensons que cette économie d’eau va permettre de financer en partie le développement de l’agriculture. Le Maroc a par ailleurs depuis toujours une politique de construction de barrages. Le développement des projets nous donne une surface irriguée d’un million et demi d’hectares. Et le Maroc va continuer dans cette politique. La gestion de l’eau n’est pas la seule stratégie du ministère de l’Agriculture en termes d’environnement : nous devons aussi lutter contre l’utilisation abusive des pesticides.

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