Les distributeurs et les industriels sont plus que sceptiques sur l’efficacité de la mesure proposée par le gouvernement pour faire baisser les prix. Les propositions tarifaires seront en hausse dans beaucoup de filières.
L’avancée des négociations commerciales entre les distributeurs et les grands industriels n’est pas la solution miracle espérée par Bercy pour faire baisser les prix dans les rayons des supermarchés. C’est le message qu’ont porté unanimement les représentants de la grande distribution et de l’agroalimentaire auditionnés par les députés, le 20 septembre, en prévision de l’examen du projet de loi gouvernemental.
Initialement annoncé comme un article unique, le texte inclura l’autorisation de vendre à perte le carburant. Les effets de cette mesure surprise, annoncée le 16 septembre par la Première ministre, seront eux aussi limités, voire inexistants. Aucun des distributeurs présents (Carrefour, Système U, Intermarché, E.Leclerc) ne compte utiliser cette possibilité, trop coûteuse. « On ne va pas utiliser cette possibilité. Si on le fait, on va augmenter le prix des pâtes. On n’est pas complètement cinglés », affirme Thierry Cotillard. Le gouvernement semble cependant ne pas vouloir renoncer à cette mesure. Interrogé sur le risque que les distributeurs se rattrapent sur les prix des produits alimentaires en vendant les carburants à perte, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire assuré que le gouvernement utiliserait les « outils » à sa disposition pour « observer que les marges tout d’un coup ne gonflent pas ». Avec un objectif : « Protéger nos agriculteurs », assure-t-il.
Concernant l’avancée des négociations, le président-directeur général de Système U, Dominique Schelcher, juge la mesure proposée par le gouvernement « très intéressante », excepté que les premiers courriers reçus par l’enseigne « sont des demandes de tarifs à la hausse ». « Les échanges que nous avons avec certaines multinationales nous font penser que les tarifs seront à la hausse », confirme Thierry Cotillard, président des Mousquetaires. Sur la liste des 75 entreprises concernées, un seul fournisseur aurait adressé une demande de négociation à Intermarché, pour demander « 10 % de hausse », relate-t-il.
Le constat présenté par les industriels aux parlementaires va dans ce sens. « L’inflation est encore là », a déclaré le président de la commission Commerce industrie de l’Ania, Miloud Benaouda (Barilla). « Si certaines matières premières ont baissé : les huiles, les céréales […], d’autres matières premières ont flambé : le sucre, le porc, le riz, les lentilles, les tomates », abonde le président de l’Adepale, Jérôme Foucault. Outre les aliments, les transformateurs mettent en avant une hausse de leurs autres postes de dépense (énergie, emballages, salaires, investissements, etc.).
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les résultats des PME-ETI « s’effondrent », a alerté le président de la Feef, Léonard Prunier. Si elles échappent à la cible des négociations anticipées, les PME et ETI craignent des répercussions négatives sur leurs discussions avec les distributeurs. En effet, chaque année, ces entreprises ont pour objectif de conclure leurs négociations fin décembre « pour passer avant les multinationales et pour être sûrs d’avoir une place dans les linéaires », a expliqué Léonard Prunier. Elles demandent donc à pouvoir, cette année aussi, passer « avant » les géants de l’agroalimentaire.
Le débat sur le calendrier remis à plus tard
La question d’un changement pérenne du calendrier des négociations commerciales ne sera a priori pas réglée lors de l’examen du projet de loi, prévu début octobre. « Ce projet de loi se justifie par le contexte qui est préoccupant pour énormément de foyers », explique le député de la majorité Frédéric Descrozaille. Revoir le format des négociations commerciales est « une réflexion pour laquelle il faut prendre du temps ».
« Pouvoir renégocier toute l’année c’est inévitable. On va au-devant d’une volatilité qui sera de plus en plus forte, notamment sur les matières premières agricoles qui vont souffrir des aléas climatiques », a estimé Thierry Cotillard (Intermarché) lors des auditions. « Peut-être qu’il faudra garder la date butoir pour les petites entreprises que l’on veut protéger », nuance Dominique Schelcher de Système U. « Enlever la date butoir serait dangereux, cela nous mettrait dans une insécurité économique tout au long de l’année et rendrait difficiles les contrôles par l’administration », affirme l’Ania. Les débats promettent d’être ardus.