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Volaille Avec Moy Park, le brésilien Marfrig s’implante en Europe

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Détenu depuis 1996 par le groupe américain OSI, Moy Park va être repris par le groupe brésilien Marfrig pour un montant de 680 millions de dollars, complété par une somme supplémentaire pouvant atteindre 220 millions de dollars en fonction des performances des sociétés acquises. Intervenant majeur du secteur de la viande bovine, Marfrig renforce son activité de volaille, une diversification entamée en début d’année 2008 par l’acquisition de deux entreprises brésiliennes de ce secteur. Surtout, cette opération marque le premier pas des acteurs de la volaille brésilienne en France. Totalisant un chiffre d’affaires de deux milliards de dollars et doté de quinze usines en Europe et au Brésil, l’ensemble repris par le brésilien comprend Moy Park Limited, présent en Irlande du Nord et en Angleterre, Moy Park France, Kitchen Range Foods en Angleterre et Albert Van Zoonen aux Pays-Bas. Avec ce changement d’actionnaire, la nouvelle entité regroupant les activités volailles de Moy Park et de Marfrig deviendra le neuvième producteur mondial de volailles.

Après l’avancée d’acteurs brésiliens de la viande bovine en Europe, notamment JBS-Friboi repreneur à 50% de la société italienne Inalca fin 2007 Cf Agra alimentation n°2000 du 20/12/2007 page 34, c’est au tour des intervenants du secteur de la volaille de mettre un pied en Europe. Le brésilien Marfrig est le premier à franchir le cap en reprenant les activités de volailles en Europe (Moy Park) et au Brésil (Penasul, Braslo) du groupe américain OSI, pour 680 millions de dollars (430,87 M EUR) en liquide et en actions. Un montant pouvant aller jusqu’à 220 millions de dollars (139,64 M EUR) viendra s’ajouter par la suite en fonction des performances des sociétés reprises par le brésilien. OSI devient actionnaire de la société Marfrig, et David McDonald, président directeur général de OSI, deviendra membre du directoire du brésilien. Il reste membre du conseil de surveillance de Moy Park. La transaction sera finalisée au cours du second semestre 2008, une fois les démarches administratives et légales effectuées.

Le groupe Moy Park comprend Moy Park Limited, société de volaille verticalement intégrée présente en Irlande du Nord et en Angleterre, quatrième groupe de produits de volailles élaborés au Royaume-Uni, Moy Park France, douzième producteur français de volailles, Kitchen Range Foods en Angleterre et Albert Van Zoonen aux Pays-Bas, productrices de produits à base de légumes (burgers de légumes, « onion rings », nems) et de desserts. L’ensemble représente un chiffre d’affaires de deux milliards de dollars (1,267 Md EUR) et est doté de onze usines en Europe, employant environ 7 000 personnes. Les filiales brésiliennes de Moy Park enregistrent des ventes d’environ 400 millions de dollars (253,92 M EUR) et possèdent quatre usines.

Avec cette opération, le nouvel ensemble constitué de Moy Park et de Marfrig va devenir le neuvième producteur mondial de volaille. « Cette transaction qui renforce notre ouverture internationale sur le marché de la volaille va aussi nous permettre de compléter notre gamme de produits avec du bœuf, du porc et du mouton », indique le groupe Moy Park.

Diversification

Quatrième acteur mondial de la filière de la viande bovine, Marfrig a entamé sa diversification dans la volaille en reprenant Pena Branca et Dagranja au Brésil, en mars 2008. Fondé en 1986, Marfrig emploie 23 000 personnes dans le monde et a réalisé, l’année dernière, un chiffre d’affaires d’environ 1,52 milliard d’euros, dont 50% enregistrés à l’export. Il abat 13 000 têtes de bétail par jour, à travers ses 18 abattoirs et ses treize sites de production situés au Brésil, au Chili, en Argentine et en Uruguay. Marfrig va ainsi soutenir la politique d’investissement de Moy Park et lui permettre de poursuivre sa croissance en Europe. Nigel Dunlop, récemment nommé p.-d.g. de Moy Park, en remplacement de Trefor Campbell devenu président non-exécutif du groupe à l’automne dernier, a notamment déclaré dans la presse anglo-saxonne : « A l’heure actuelle, rester en tête exige un courant continuel d’investissement tant industriel qu’humain. Nous croyons que Marfrig va nous aider à concrétiser nos ambitions à travers nos activités en Irlande du Nord, en Angleterre, en France et aux Pays-Bas. Cette opération ne peut avoir que des effets bénéfiques pour nos clients, maintenant et dans le futur ».

Acteur historique de la volaille depuis des décennies en Irlande, Moy Park avait débuté sa diversification sur la filière porcine, principalement en France, dès 2006.

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140 M EUR en France

Il y a une quinzaine d’années, Moy Park a installé une usine dotée de six lignes de production, à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, en créant une joint-venture avec le groupe volailler de Gérard Bourgoin, partenariat auquel le groupe irlandais a mis fin sept ans plus tard. Passé sous le contrôle de l’américain OSI Group en 1996, Moy Park France a souhaité profiter de son savoir-faire technologique dans la transformation de volaille pour étendre son activité à la viande de porc. Les premiers produits sont sortis de son usine d’Hénin-Beaumont à la fin de l’année 2006. Douzième acteur national du secteur de la volaille, Moy Park France s’est spécialisé dans la sous-traitance, au service des restaurateurs, des distributeurs et des industriels, au détriment du développement de sa marque. Cette stratégie semble avoir porté ses fruits. En 2007, la filiale française de Moy Park a réalisé un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros et emploie 800 personnes. Elle possède un second site à Marquise, près de Boulogne-sur-Mer, également dans le Pas-de-Calais, doté de deux lignes de production, notamment destinées à la fabrication d’ingrédients entrant dans l’élaboration de produits traiteurs. Près de 350 références de produits sont fabriquées sur ses deux sites français.

Comme bon nombre de groupes agroalimentaires, Moy Park a du supporter ces derniers mois la hausse du prix des matières premières. Ses derniers comptes annuels montrent qu’il a généré des revenus de 847 M EUR en 2006, mais a affiché une perte avant impôts de presque 14 M EUR. En Irlande, pays historique du groupe, Moy Park avait annoncé la fermeture de l’un de ses sites irlandais en raison de la concurrence forte des importations à bas prix.

Inquiétude des volaillers français

Le spectre de l’entrée des volailles brésiliennes en Europe fait partie des inquiétudes persistantes des volaillers français, même si le Brésil affiche sa volonté de ne pas dépasser le seuil des 40 % de sa production destinés à l’exportation, selon l’Abef (Association des producteurs et exportateurs brésiliens de poulet) venue à Paris début juin pour défendre la production brésilienne Cf Agra alimentation n°2022 du 05/06/2007 page Une. « Cette acquisition montre que les entreprises brésiliennes peuvent aller plus loin que la simple exportation de volailles en Europe. C’est quelque chose que l’on pressent depuis longtemps, dans un secteur de plus en plus mondialisé. Les Brésiliens ont la capacité d’investir sur des marchés porteurs que sont les produits élaborés », explique André Lepeule, délégué général de la FIA (Fédération des industries avicoles).

En 2007, le Brésil a exporté 3,287 millions de tonnes de volailles, soit 31% de sa production totale. Porté par une consommation intérieure forte et en croissance, le secteur de la volaille brésilienne a l’avantage de bénéficier de coûts de production largement inférieurs à ceux des acteurs français, rendant son offre beaucoup plus compétitive. Les acteurs français s’inquiètent notamment du changement possible de stratégie d’approvisionnement des groupes qui pourraient privilégier l’importation de produits à prix plus bas. En tout cas, selon certains observateurs, ces mouvements pourraient accélérer la restructuration du secteur en France, comme en Europe. L’Itavi (Institut technique de l’aviculture) a notamment mis en avant, lors d’une présentation à l’assemblée générale de la FIA, la taille critique des entreprises et la surcapacité des outils d’aval parmi les faiblesses des volaillers français, ainsi que le déficit de compétitivité sur le vif par rapport aux pays tiers et les contraintes réglementaires.