Pour ses détracteurs, le label Haute valeur environnementale et ses ambitions environnementales réduites risquent de faire tort au bio. Pour ses défenseurs, la HVE comble au contraire plusieurs manques de l’AB. Des critiques croisées qui pourrait faire converger les deux référentiels.
Les détracteurs de la HVE (Confédération paysanne, FNE et Synabio) avaient organisé, le 2 décembre, leur première conférence de presse commune sur ce thème: « L’objectif était que la Haute valeur environnementale soit une marche vers le bio », rappelle Arnaud Schwartz, président de France Nature environnement (FNE).
Créée pour analyser l’exploitation, la HVE trouble les frontières, selon eux, avec la bio depuis qu'elle s'est dotée en 2014 d'un label apposable sur les produits. « Il ne faut pas confondre la HVE avec le bio, qui impose des techniques de production et une traçabilité précise », martèle Didier Perreol, président du Synabio.
« Certains critères de la HVE sont absurdes, voire incohérents », s’agace Claire Garrot, exploitante en Mayenne et élue de la Confédération paysanne. En Pays-de-Loire, par exemple, le seul respect du plan nitrate permet d’obtenir tous les points de la voie A sur le volet fertilisation, avec des exigences restreintes par rapport à la bio.
Autre reproche : alors que les prairies permanentes sont au coeur des systèmes d’élevage bio, elles sont moins bien valorisées que les prairies temporaires dans la HVE. Autant de manquements devenus plus dérangeants depuis que le plan de relance réserve 76 millions d’euros de crédit d’impôts à la HVE.
Bio et biodiversité
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Au contraire, pour les vignerons indépendants, bio et HVE sont compatibles. Ils seraient 10 % selon les chiffres de la fédération à posséder les deux labels. Certains « historiques » se sont tournés récemment vers la HVE, puisque « l’AB ne s’intéresse pas à la biodiversité », rappelle Jean-Jacques Jarjanette, directeur de la fédération des vignerons indépendants et président de l’association HVE Développement.
Près de 90 % de ses adhérents viticulteurs, prévoit-il, devraient être engagés d’ici deux ou trois ans en HVE ou en bio, contre 69 % aujourd’hui. Un déploiement qui n’aurait, selon lui, pas été possible avec le seul cahier des charges AB. Près de cinquante ans après les débuts de la bio, souligne Jean-Jacques Jarjannette, « on aurait dépassé depuis longtemps les 8 % SAU certifiés, s’il n’y avait pas des gens limités par leurs conditions locales ».
De part et d’autre, les acteurs annoncent aujourd’hui des évolutions vers la convergence. Côté HVE, « il y aura des adaptations pour certaines filières qui sont à l’ordre du jour au sein de la CNCE », promet Jean-Jacques Jarjanette. La bio de son côté pourrait être chamboulée avec l’éventuel « Bio + » de la Fnab, qui prendra en compte des critères de commerce équitable et de biodiversité.
En accordant aux exploitations la possibilité de cumuler les 2 500 € de crédit d’impôt de la HVE avec les 3 500 € accordé au bio, le gouvernement semble avoir déjà choisi son parti : la synergie.