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Biodiversité : les ministres de l’Agriculture s’inquiètent des nouveaux objectifs proposés

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Manque de moyens financiers, accumulation de contraintes, menace pour la sécurité alimentaire. Les ministres de l’Agriculture de l’UE ont de nombreuses craintes quant aux objectifs de la stratégie Biodiversité proposée par la Commission européenne.

Les ministres de l’Agriculture de l’UE, réunis le 21 novembre à Bruxelles, ont, dans leur grande majorité, exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis des propositions de la Commission européenne sur la restauration de la nature. Présenté au mois de juin, le projet prévoit la restauration d’au moins 20 % des écosystèmes terrestres et marins de l’UE d’ici 2030 et de tous les écosystèmes nécessitant d’être restaurés d’ici 2050, dont les écosystèmes agricoles. Pour y parvenir, le texte fixe des objectifs contraignants sur le déclin des pollinisateurs, des populations de papillons et d’oiseaux dans les zones agricoles, le carbone des sols ou encore les caractéristiques paysagères à haute diversité. Chaque État membre devra préparer un plan national de restauration. Mais les ministres estiment que ces dispositions risquent de remettre en cause la sécurité alimentaire de l’UE. « Je regrette l’absence d’engagement clair en faveur d’une agriculture productive alors que crise actuelle montre que nous en avons besoin », a souligné le ministre autrichien Norbert Totschnig.

Lire aussi : Biodiversité : les États membres inquiets des objectifs contraignants proposés par Bruxelles

Beaucoup considèrent également que les délais fixés, comme inverser le déclin des populations de pollinisateurs d’ici 2030, ne sont pas réalistes. Il serait, pour la ministre portugaise Maria do Ceu Antunes, « dangereux de se fixer de tels objectifs car beaucoup d’éléments sont hors de notre contrôle ». Elle estime, de plus, que ces propositions font « doublon avec les directives Oiseaux et Habitat ». Une critique que partage le ministre français Marc Fesneau : il faut faire attention à ce que « l’empilement des zonages et des contraintes ne devienne pas ingérable ». Les Vingt-sept demandent donc à la Commission européenne de faire preuve de cohérence avec les autres cadres réglementaires en place (bonnes conditions agricoles et environnementales de la Pac par exemple) ou en cours de discussion (règlement Pesticides qui prévoit sa propre définition des zones sensibles).

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Manque de fonds

Autre inquiétude : les obligations de suivi et les définitions trop vagues comme celle des "bonnes conditions pour les écosystèmes". Enfin, le manque de moyens financiers prévus pour soutenir les objectifs est pointé du doigt. « Aurons-nous les financements suffisants ? Cela nous semble compliqué », interroge le Néerlandais Piet Adema.

Le commissaire européen à l’Environnement Virginijus Sinkevicius a tenté de rassurer, promettant qu’aucune restriction directe ne sera imposée aux agriculteurs tant que leurs activités permettent la restauration des écosystèmes. Et sur les moyens disponibles, il assure que des fonds sont « déjà sur la table », citant la Pac, le fonds de relance et le programme LIFE pour l’environnement et l’action climatique. La Commission européenne a d’ailleurs approuvé le 23 novembre un financement de plus de 380 millions d’euros pour 168 nouveaux projets dans le cadre de ce programme dont 27 projets relatifs à la nature et à la biodiversité qui bénéficieront d’un budget total d’un peu moins de 195 M€, dont environ 127 millions pris en charge par l’UE.