La filière du blé dur a érigé le 3 février la contractualisation en priorité pour asseoir un plan de relance de la production qui s’essouffle. Mais l’idée d’une fixation du prix soulève des oppositions.
« Trouvons les moyens ensemble de régulariser la production », a déclaré Jean-François Gleizes, président du comité de pilotage de la filière blé dur, lors d’un colloque d’Arvalis. « Deux sujets prioritaires » sont lancés en 2017, a-t-il expliqué : « Un travail sur les rapports dans la filière », autrement dit la contractualisation avec l’idée d’« un prix indicatif du blé dur », et la sélection variétale.
L’ambition de doubler la production de blé dur en dix ans a été réaffirmée. Il s’agit d’atteindre 600 000 ha et 3 à 3,5 Mt. Mais les surfaces sont estimées à 360 000 ha pour 2016-17, en retrait de 4,6 % après deux années de forte hausse, selon les derniers chiffres d’Agreste. Leur relance, dans le cadre du plan stratégique 2015-25 de la filière céréalière, implique de réduire l’aléa économique, a souligné Rémi Haquin, président du conseil spécialisé céréales de FranceAgriMer. Et d’annoncer une réflexion au sein du comité de pilotage : « Faut-il essayer de définir un accord-cadre avec les OS (organismes stockeurs) et les transformateurs ? »
Sécuriser 30 % de la production
Le plan de relance doit être l’occasion de « se mettre autour d’une table » en vue d’établir « un prix gagnant/gagnant pour l’ensemble de la filière », a lancé Christophe Vinet, directeur du pôle végétal de la Cavac, proposant de sécuriser ainsi 30 % de la production. Une idée mal reçue par des industriels et négociants invités au colloque. Pour Jean-François Mas, directeur des achats de Panzani, le danger est « qu’on ne soit plus compétitifs ». Jean-Philippe Everling, DG de Transgrain France, a lui renvoyé la balle aux producteurs. « La meilleure façon de réduire la volatilité est que l’amont alimente le marché en continu », a-t-il dit. Explication : les producteurs de blé dur font de la rétention de marchandise en espérant de meilleurs prix. Ce qui leur fait rater des opportunités de marché, d’après lui.
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Coté à 225 euros/rendu La Pallice, le blé dur ne semble pas suffisamment incitatif pour les agriculteurs. Et la perspective d’une relance de la production laisse planer des doutes sur le niveau de prix. « Il ne faudra pas espérer 250 euros/t », a lâché Patrick Jouannic, responsable commercial chez Soufflet Négoce : avec une production nationale de 3,5 Mt en 2025, « on n’est plus sur un marché national, européen mais mondial » qui impose d’« être compétitif ». Des propos fraîchement accueillis par la salle et en tribune. « Vous allez tuer le blé dur en France si le prix descend à moins de 200 euros/t », a répondu Christophe Vinet.
Un marché baissier
Reste que la conjoncture n’apparaît guère favorable à court terme. « Le bilan mondial est très lourd », entraînant les prix vers le bas, a indiqué la présidente de Stratégie grains Andrée Defois. Pour la fin de campagne 2016-17, elle anticipe des stocks qui vont fortement s’alourdir au Canada, aux États-Unis, de manière plus modérée au sein de l’UE. « Les perspectives sont peu florissantes à moins d’un incident climatique », a-t-elle considéré. Idem pour la campagne suivante. Des baisses de production sont attendues notamment dans l’UE, au Canada, mais les stocks fin 2017-18 sont prévus en hausse. Le bilan mondial aura du mal à s’assainir, selon Stratégie grains.
« Vous allez tuer le blé dur en France si le prix descend à moins de 200 euros/t »