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Blé : la filière inquiète de sa dépendance vis-à-vis de l’Algérie

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Les professionnels du blé, réunis le 20 mars à un colloque France Export Céréales, ont paru inquiets de leur dépendance vis-à-vis du débouché algérien que lorgne la Russie.

L’Algérie est « un marché stratégique » pour le blé français, a pointé Roland Guiragossian (France Export Céréales) : cette destination pèse 40 % des exportations pays tiers sur la dernière décennie (le double par rapport à la précédente), soit entre 4 et 5 Mt. Une menace se profile avec l’« arrivée imminente » de la concurrence russe dans le pays. Les exigences actuelles de l’OAIC, autorité publique algérienne des achats de céréales, ne lui permettent encore d’y accéder. Mais ses dirigeants ont pris conscience de « la nécessité d’avoir un panel de fournisseurs beaucoup plus important », a-t-il indiqué. L’OAIC peut « éventuellement ouvrir son cahier des charges » au blé russe, d’après lui. Sa priorité est en effet de sécuriser l’approvisionnement national. Or, la France n’apparaît plus comme un fournisseur totalement sûr, après les mauvaises récoltes de 2014 et 2016. Autre problème à considérer pour les exportateurs, l’Algérie connaît une baisse de ses recettes pétrolières. Cela peut remettre en cause la politique de subventions accordées au pain qui « entraînera forcément une baisse des volumes » de blé importé, a souligné Roland Guiragossian.

Des parts de marché en baisse

La facilité d’accès au marché algérien « ne nous a pas franchement poussés à travailler nos qualités » de blé, a reconnu Christelle Tailhardat, vice-présidente du Synacomex (Syndicat national du commerce d’exportation des céréales). Résultat, l’origine France perd du terrain. Sa part de marché en Algérie est passée, en moyenne sur cinq ans, de 86 % jusque 2012-13 à 66 % depuis, selon les chiffres de France Export Céréales. Pour remonter la pente, la filière se montre attentive aux attentes du client. « Ce qui fait grincer des dents à l’OAIC », c’est le manque de « fluidité du marché français » empêchant d’« accéder tout le temps à la marchandise », a signalé Roland Guiragossian.

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France Export Céréales a proposé, le 20 mars lors de son colloque, un état des lieux sur d’autres destinations. Le blé tricolore possède des atouts aux yeux de certains acheteurs. Exemple avec Guillaume Jacquet, un meunier installé depuis 12 ans en Afrique, qui cite la logistique, des critères technologiques. « Le respect du planning » de livraison est une force de la filière française de blé à l’export, avec « des installations performantes », « une fluidité portuaire », selon lui. C’est aussi le bon nettoyage du grain, « un risque insectes très bien maîtrisé » quand l’origine mer Noire pose régulièrement des problèmes, indique-t-il. Le blé français offre l’avantage d’une traçabilité des lots du champ jusqu’au silo.

Des pistes d’amélioration sont toutefois énoncées. Il s’agit de « peaufiner la sélection de mélange variétal avant chargement », selon Guillaume Jacquet. Explication : des variétés jugées panifiables en France ne le sont pas forcément pour les clients étrangers. « Ne pas compliquer avec des chartes mais plutôt simplifier », demande Geert Parmentier, directeur technique chez l’industriel belge Dossche Mills. La filière française doit « proposer des blés qui sont différenciés », « des tests un peu plus poussés », davantage d’informations sur la marchandise afin de faire son choix, juge Omar Yacoubi, directeur général des Moulins Lahlal, implantés au Maroc, et Moulins d’Afrique, en Guinée.

Le marché algérien représente 4 à 5 Mt d’exportations de blé français