Annie Genevard a lancé une « cellule de dialogue scientifique » pour évaluer le protocole alternatif proposé par les professionnels en Occitanie. L’enjeu : assouplir l’obligation d’abattage total des lots d’animaux infectés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).
En déplacement à Toulouse le 15 décembre, la ministre de l’Agriculture a annoncé « la constitution d’une cellule de dialogue scientifique » autour du protocole sanitaire appliqué en Occitanie pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Cette instance a tenu sa première réunion le 17 décembre, et aucune date n’a été communiquée pour la conclusion de ses travaux. La cellule aura pour mission « d’examiner au plus vite, et en toute indépendance, les propositions formulées en Occitanie, au regard de l’impératif de protection des cheptels », selon un communiqué du ministère. Elle regroupe notamment plusieurs présidents de chambres d’agriculture (Ariège, Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne), le président de la fédération régionale des GDS (groupements de défense sanitaire) et le vice-président du Conseil régional. Côté experts, elle comprend des « scientifiques de structures reconnues pour leur expertise en santé animale » (1), selon la Rue de Varenne. Afin d’apaiser les débats, ces travaux se dérouleront « sans l’État et sans le gouvernement », a souligné Annie Genevard le 16 décembre devant les députés.
Les OPA occitanes veulent assouplir
Dans un contexte de mobilisations contre l‘abattage total des lots d’animaux infectés par la DNC, les organisations agricoles majoritaires de la région Occitanie (chambre régionale, FRSEA, JA) ont envoyé un courrier à Annie Genevard le 11 décembre. Quelques jours plus tôt, l’ensemble des syndicats de l’Ariège avaient fait de même. Outre une vaccination préventive élargie, les organisations régionales demandent « d’urgence une réflexion sur la question des euthanasies dans les élevages ». « Sans remettre en cause la stratégie nationale », les OPA suggèrent de l’aménager dans leur région « en prenant en compte les risques de propagation de la maladie (protection vaccinale établie dans la zone, animaux en bâtiment…) ».
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En théorie, une évolution vers un abattage plus sélectif est juridiquement possible. Dans le cadre général, « la réglementation européenne dit qu’il faut abattre l’ensemble des troupeaux contaminés par la DNC, et éventuellement avoir recours à la vaccination des troupeaux non contaminés », rappelle Gilles Salvat, de l’Anses. Mais « un État membre peut essayer de négocier le fait de ne pas abattre l’ensemble des troupeaux une fois que tous les animaux sont vaccinés », indiquait, en octobre à Agra Presse, celui qui était à l’époque directeur délégué Recherche et référence de l’agence sanitaire. Or, une campagne de vaccination élargie vient d’être lancée dans dix départements des Pyrénées.
« On ne sait pas faire autrement »
Malgré cette ouverture en Occitanie, une remise en cause de l’abattage total au niveau national semble hautement improbable. Depuis le début de l’épizootie fin juin, environ 3 300 bovins ont été euthanasiés dans 113 foyers (80 élevages), selon le dernier bilan au 17 décembre. La stratégie fixée par le ministère et validée par les professionnels cet été prévoit, entre autres, le dépeuplement total des unités épidémiologiques (lots d’animaux) infectées. « Plus de 60 % des foyers avaient moins de 20 bovins », précise Maud Faipoux, directrice de la DGAL (ministère de l’Agriculture), auditionnée le 17 décembre par les députés de la commission des Affaires économiques. « On a découpé autant que faire se peut les unités épidémiologiques pour être là où il faut être, mais pas plus largement, considérant l’impact sur les élevages. »
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Pour rappel, la DNC est classée au niveau européen comme une maladie « à éradication obligatoire et immédiate ». Peut-on l’éradiquer sans l’abattage total ? « Aujourd’hui, on ne sait pas faire autrement », a répondu Maud Faipoux. Une méthode de lutte justifiée par les caractéristiques de la maladie : gravité, contagiosité, transmission vectorielle. En raison de la longue durée d’incubation de la DNC (sans symptôme), au moment de la détection d’un bovin malade, « on sait qu’on a déjà 28 jours de retard », rappelle Mme Faipoux. S’y ajoutent deux autres caractéristiques qui rendent la maladie particulièrement « insidieuse » : « 50 % des animaux en moyenne sont asymptomatiques » et « les prises de sang ne sont pas indicatives de l’état sanitaire ». Pour autant, « nous avons pleinement conscience de la souffrance, de la douleur que représente ce dépeuplement pour les éleveurs ». « Est-ce que, demain, on saura faire autrement ? C’est tout l’objet de la cellule de dialogue scientifique ».
YG
Des réunions « sans l’État et sans le gouvernement »
« 50 % des animaux en moyenne sont asymptomatiques »
Culture Viande défend l’abattage et appelle à la « rigueur » sur la biosécurité
Dans un communiqué du 15 décembre, le syndicat de l’abattage-découpe Culture Viande estime que la stratégie gouvernementale de lutte contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est « à ce stade le seul dispositif permettant d’assurer une protection sanitaire efficace et de préserver le statut indemne de la France ». La stratégie actuelle repose sur trois piliers : biosécurité (restrictions de mouvements), vaccination autour des foyers et abattage total des lots d’animaux infectés. Cette dernière mesure est vivement contestée par de nombreux éleveurs. Par ailleurs, les abatteurs mettent en garde contre les conséquences d’une éventuelle vaccination généralisée, qui constitueraient à leurs yeux « un affaiblissement majeur du dispositif sanitaire ». « Un tel choix conduirait inévitablement à la perte du statut de pays indemne, avec des conséquences immédiates et durables sur les échanges intra et extra européens. » Enfin, alors que des mouvements illicites d’animaux sont suspectés dans la dissémination de la maladie, Culture Viande réclame « un respect rigoureux des protocoles sanitaires par tous les maillons de la filière bovine », martelant que « la santé animale n’est pas négociable ».