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Bovins/DNC : le débat s’ouvre sur la vaccination préventive

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La Coordination rurale plaide pour une vaccination préventive de l’ensemble des bovins français contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). De son côté, la FNSEA ne s’est pas encore prononcée, prévenant que cette stratégie serait lourde de conséquences pour les exportations.

Alors que l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) n’en finit pas de rebondir, la Coordination rurale demande une réunion rapide du Cnopsav, le « Parlement du sanitaire », pour étudier la possibilité d’une vaccination préventive contre la maladie. « Des éleveurs de plus en plus de départements disent qu’ils souhaitent la vaccination préventive, comme la Corse l’a demandé », a indiqué son secrétaire général Christian Convers à Agra Presse le 10 octobre, réitérant une demande formulée lors du Sommet de l’élevage. Celui qui est coprésident de la CR des Savoies – où la maladie est apparue pour la première fois en France fin juin, avant de se propager – propose une vaccination « dans l’ensemble du territoire ». Dans un communiqué paru le 14 octobre, le syndicat formule différemment sa position et demande d'« envisager une vaccination plus large, y compris pour les cheptels hors zones réglementées ».

Dans l’esprit de M. Convers, une vaccination globale pourrait aussi permettre « d’arrêter l’abattage total [des lots infectés par la DNC] et de passer à un abattage sélectif ». Par ailleurs, le secrétaire général de la CR a indiqué à Agra Presse qu’il compte participer lui-même au Cnopsav, à la place de la représentante du syndicat Natacha Guillemet. À l’été, contrairement à la position de la CR, celle-ci avait voté en faveur de la stratégie proposée par la ministre, basée sur l’abattage total. « La position qui était prise par la Coordination rurale n’a pas été répercutée », lâche M. Convers. Depuis, le deuxième syndicat agricole français n’a eu de cesse de réclamer la fin de l’abattage total, malgré la progression de la maladie. Une position partagée par la Confédération paysanne, ce qui vaut aussi pour la vaccination. Sollicité par Agra Presse, le porte-parole de la Conf’ Stéphane Galais demande lui aussi une « vaccination large », sans toutefois indiquer à quel échelon géographique.

Re-vacciner en zone réglementée ?

La précision a son importance, car la question de la vaccination préventive recoupe en réalité « deux sujets », précise Kristel Gache, la directrice de GDS France (groupements de défense sanitaire), à Agra Presse. D’un côté, une éventuelle vaccination dans les zones indemnes, réclamée, donc, par la Conf’et la CR. De l’autre, une nouvelle campagne de vaccination l’année prochaine dans les zones réglementées, où la maladie sévit déjà. C’est ce qu’a demandé le président de la chambre d’agriculture Savoie-Mont blanc Cédric Laboret, « par sécurité et pour la sérénité des éleveurs ». Il propose « que l’on revaccine au printemps l’ensemble des troupeaux » de la zone réglementée. « Le plus logique serait vers le mois de mars », avant le départ en estive. L’immunité accordée par le vaccin dure environ un an, d’après l’autorisation temporaire d’utilisation (ATU) accordée par l’Anses. La zone en question comporte 285 000 bovins, ciblés par une campagne de vaccination obligatoire cet été. La même question pourrait probablement se poser pour la zone réglementée de la Loire et du Rhône, ou encore celle du Jura (350 000 animaux chacune).

Au-delà des zones réglementées, une vaccination au niveau national aurait de lourdes conséquences en particulier sur les exportations. « Nous attendons des réponses de la DGAL avant de nous prononcer », indique le secrétaire général adjoint de la FNSEA Christophe Chambon à Agra Presse. Et de rappeler que son syndicat « n’a jamais pris de positionnement sans écouter avant les scientifiques ». De son côté, Cédric Mandin, secrétaire général de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA), rappelle qu’une vaccination préventive en zone non touchée « ferait perdre à la France son statut indemne pendant au moins 14 mois ».

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Risque pour l'export d'animaux vivants

Quelles seraient les conséquences sur l’exportation ? L’impact porterait probablement sur les exportations de bovins vivants et de leurs produits (lait, génétique). « Certains pays tiers ne reconnaissent pas le zonage pour la DNC », prévient Kristel Gache. Autrement dit, ils refusent les exportations de toute la France au moindre foyer et en cas de vaccination. Du côté des clients européens, « l’Italie et l’Espagne ont eu des cas de DNC », rappelle Christophe Chambon. « Peut-être seraient-ils prêts demain à importer des bovins vaccinés ? », se demande-t-il. Un sujet à négocier entre pays, sachant que Madrid et Rome dépendent largement des importations de bovins français. En 2024, l’Hexagone a exporté plus de 960 000 broutards, dont 94 % ont traversé les Alpes et les Pyrénées.

Comme souvent en matière de maladies animales, tout dépendra de la balance entre les impacts économiques et sanitaires. « On peut très bien protéger la ferme France en vaccinant tous les bovins. Mais si on perd notre statut indemne et tous nos marchés, on fera autant de mal aux filières d’élevage que la maladie », prévient Christophe Chambon. Mais l’abattage des troupeaux infectés et les restrictions de mouvements dues à la DNC provoquent elles aussi « d’importantes pertes économiques », pointe Cédric Laboret. « Nos éleveurs sont en train de se faire tordre le cou sur le prix des veaux, déplore le président de la chambre Savoie Mont-blanc. Beaucoup de veaux sont entassés dans les exploitations alors que nous sommes dans une période où ces animaux ne sont jamais aussi bien vendus. »

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Alors que le débat est toujours en cours, le ministère de l’Agriculture a fait paraître un arrêté au Journal officiel le 15 octobre qui entérine la création de « zones de vaccination » contre la DNC. La vaccination peut être rendue obligatoire dans ces nouvelles zones, distinctes des zones réglementées. Un cadre réglementaire qui pourrait servir à élargir la stratégie vaccinale, si besoin.

YG

La FNSEA « attend des réponses de la DGAL » avant de se prononcer

La vaccination « ferait perdre à la France son statut indemne pendant 14 mois »