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Chambres d’agriculture : dix clés pour déchiffrer le scrutin

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Alors que débute une nouvelle campagne d’élections aux chambres d’agriculture qui doit se clôturer le 31 janvier, Agra Presse vous fournit 10 clés d’analyse pour être prêts à en décrypter les résultats. À l’aide des travaux des chercheurs Roger Le Guen et Serge Cordellier, plongez dans la mécanique de la représentation du monde agricole : achèvement du pluralisme syndical ; fin de la « rente d’opposition » ; affaiblissement du syndicalisme ; place des « modèles entrepreneuriaux » dans les urnes ; contexte « anti-institutionnel » défavorable à la FNSEA ; effacement de l’effet « Apli » à la Coordination rurale, et du contre-effet « Bové » à la Confédération paysanne, et poursuite de l’érosion de la base syndicale au Modef ; poids de la baisse des enjeux sur la participation, et effets inconnus du bouleversement socio-démographique.

États généraux de l’alimentation, Gilets jaunes, Agri-bashing… De nombreux dossiers d’actualité rendent le jeu du pronostic électoral hasardeux, car bien malin sera celui qui pourra prédire l’effet – souvent significatif – de ces polémiques – souvent éphémère – sur le vote des agriculteurs. De plus, ces élections revêtent aussi une vraie dimension départementale, où l’effet des personnalités et les enjeux irréductiblement locaux brouillent les tendances nationales.

Malgré cela, le prochain scrutin s’inscrit dans une histoire, celle du syndicalisme agricole, et répond à une mécanique, dont deux chercheurs, Serge Cordellier (chercheur indépendant ; histoire sociale, géographie humaine) et Roger Le Guen (sociologie, économie, management), sont les spécialistes français. Ils nous en livrent les lois – parfois hypothétiques, car ce sujet est très peu étudié par la communauté scientifique.

1re clé – L’hypothèse d’un « pluralisme stabilisé »

D’abord, cette élection intervient après qu’une étape importante a été franchie lors du précédent scrutin de 2013. Pour Serge Cordellier, ces élections ont achevé « la stabilisation du paysage syndical » (revue Pour, 2013). « Il faut se rappeler que le mode de scrutin actuel, malgré quelques évolutions, a été instauré en 1983 », rappelle Serge Cordellier.

Les deux chercheurs rappellent en effet la promesse faite par François Mitterrand en 1981 « de mettre fin au monopole syndical de la FNSEA instauré lors de la création de cette dernière en 1946 » (Les mondes agricoles en politique, Presses de sciences Po), et la charge qui fut donnée à son gouvernement de la mettre en œuvre.

La Coordination rurale, dernier-né des syndicats agricoles, en 1994 à la suite d’un mouvement apparu en 1992, était toujours, jusqu’à récemment, en phase d’expansion géographique. D’ailleurs, pour le scrutin de cette année, elle ne présentera toujours pas de liste dans deux départements, dans lesquels elle n’est pas encore suffisamment installée.

En 2007, la progression rapide de la Coordination rurale s’était « essentiellement expliquée par le fait que cette organisation a été capable de présenter 80 listes départementales homogènes, contre 53 en 2001, soit une augmentation de moitié », rappelle le chercheur.

Roger Le Guen : « Le paysage syndical est saturé par trois organisations »

Une conséquences, avec deux décennies de retard, de l’ouverture au pluralisme. Mais, précise Serge Cordellier, « le fait pour une organisation d’être capable d’augmenter de moitié le nombre des listes qu’elle présentait démontrait une belle capacité de progression ».

Lors du dernier scrutin de 2013, « au terme de ces trois décennies, l’offre syndicale est apparue désormais stabilisée et, au moins temporairement, saturée avec trois organisations, FNSEA-JA, Confédération paysanne, Coordination rurale se présentant dans pratiquement tous les départements, explique Serge Cordelier à Agra Presse. On peut constater que les résultats pour ces trois organisations ont peu varié entre 2007 et 2013. »

Aujourd’hui face à cette stabilisation, les ambitions des syndicats minoritaires tendent à se modérer, estime Roger Le Guen : « Avant, les syndicats disaient : “la FNSEA a perdu le monopole, et va perdre la majorité absolue” ; nous n’en sommes plus là », remarque-t-il aujourd’hui.

2e clé – la fin de la « rente d’opposition »

De ce premier constat en découle un deuxième : la disparition de la « rente d’opposition » que les deux chercheurs ont longtemps décrit pour expliquer les scores du Modef, avant les années 80. Un phénomène essoufflé car justement le paysage syndical est devenu pluriel. Serge Cordellier, qui avait utilisé cette notion dès 1983, explique qu’il s’agissait « d’une rente de situation bénéficiant à une organisation non reconnue par les autorités publiques, qui se présentait contre les listes FNSEA-CNJA ».

La rente d’opposition, dans cette situation, permettait de « bénéficier de suffrages d’adhésion, mais aussi de votes de rejet de l’organisation hégémonique ». Les listes FNSEA-CNJA « bénéficiaient, elles, du monopole de la reconnaissance de l’État et des moyens qui l’accompagnaient (financements publics, subventions à la formation, cogestion des politiques publiques) », rappelle Serge Cordellier.

Serge Cordellier : « L’érosion des scores de la FNSEA a été consommée assez vite il y a vingt ans »

Avec l’érosion de la rente d’opposition est apparu un jeu électoral pluriel, qui voit les syndicats minoritaires s’affronter également entre eux, et non plus un syndicat d’opposition face à un syndicat majoritaire. « L’érosion des scores de la FNSEA a été consommée assez vite il y a vingt ans, remarque Serge Cordelier. Aujourd’hui l’évolution des votes se joue plutôt entre la Confédération paysanne et la Coordination rurale. »

« Avec la CR, l’offre syndicale s’était élargie, expliquent Le Guen et Cordelier en 2010. Le mécontentement (contre l’État et contre le syndicalisme majoritaire) et les souhaits de changement pouvaient aussi s’exprimer en votant pour une organisation perçue pour n’avoir d’affinités ni envers la gauche (le Modef, et la Conf’, NDLR) ni l’écologie politique (la Conf’, NDLR). »

3e clé - La FNSEA, institution dans un contexte « anti-institution »

Troisième clé importante pour comprendre les scrutins des chambres d’agriculture : la FNSEA est plus qu’un syndicat, c’est « l’institution centrale de la profession agricole », estime Roger Le Guen. Ou comme l’écrivait le journaliste et compagnon de route de la Conf’, Gilles Luneau, c’est une « forteresse agricole » (2004, Fayard).

« Entre l’intervention publique et la puissance de l’aval, la FNSEA apparaît comme un espace où les agriculteurs discutent, s’affrontent et trouvent des arbitrages, explique Roger Le Guen. Certains agriculteurs adhèrent à cause de cette capacité d’arbitrage, sur lesquels ils pensent alors pouvoir peser. » À ce titre, la FNSEA pourrait être donc le plus exposé des syndicats aux phénomènes de remise en cause des institutions.

Et dans le concert des institutions agricoles (coopératives, banques, MSA…), la position du syndicalisme majoritaire s’est érodée plus rapidement que les autres, note Roger Le Guen : « La FNSEA-JA a perdu sa position centrale dans l’organisation de l’agriculture. Jusque dans les années 80, pour accéder à des fonctions de responsabilités autres que locales, au Crédit agricole ou dans les coopératives, il fallait d’abord faire ses preuves au CNJA/JA et à la FNSEA. »

Roger Le Guen : « La FNSEA-JA a perdu sa position centrale dans l’organisation de l’agriculture »

En position de leader, la FNSEA est également très exposée à la « baisse des fidélités » ; en effet, les agriculteurs semblent moins attachés qu’avant à leurs votes passés, note Roger Le Guen : « Les fidélités institutionnelles se sont affaiblies – même si dans les organisations professionnelles agricoles, le phénomène est moins sensible qu’ailleurs. Les jeunes notamment ne regardent plus l’adhésion syndicale sous le même angle que leurs parents. Ils sont plus exigeants sur les résultats et plus centrés sur leurs projets personnels pour en juger. »

4e clé – Le syndicalisme agricole affaibli

Quatrième clé, l’image du syndicalisme agricole serait en souffrance, pas seulement à la FNSEA. « Tous les syndicats sont confrontés à une baisse du dynamisme interne, y compris la Conf’», note Roger Le Guen.

La formation des agriculteurs serait pour quelque chose dans cette désaffection, selon Roger Le Guen : « Le pouvoir du syndicalisme en général se délite à mesure que la formation initiale des agriculteurs est montée en puissance et que les jeunes se sont autonomisés du cursus familial classique. » Il remarque que 10 % d’entre eux avaient un BTS en 1980, contre 40 % actuellement.

Le syndicalisme est aussi affaibli par de multiples changements d’organisation du monde agricole, estime Roger Le Guen : « On assiste à une forte segmentation des produits agroalimentaires liés à l’origine, notamment au travers des appellations où le syndicalisme a peu son mot à dire. Mais également avec le développement de la bio. »

Pour Roger Le Guen, « la logique syndicale majoritaire est fondée sur l’organisation en filières administrées par l’UE, l’État et des interprofessions. La gestion de l’agriculture, très bureaucratique, est aujourd’hui quasiment obsolète : elle se limite aux périodes de crise, ce qui tout de même ne la fait pas totalement disparaître… »

Le chercheur de l’Esa d’Angers note enfin que le syndicalisme agricole est bouleversé par l’envergure des nouveaux problèmes à traiter : « Il ne peut plus lutter seul, ni même en première ligne face aux critiques sur la biodiversité, le changement climatique, le bien-être animal, qui sont des objets mondialisés, globaux. Il peut seulement aider les agriculteurs à prendre part aux débats, les aider, ce qui n’est pas rien mais implique de profonds changements de méthode et d’alliance. »

5e clé – la Coordination rurale et l’effacement de l’effet « Apli »

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Dans son analyse du scrutin de 2013, Serge Cordelier ajoute un autre élément d’analyse du résultat de la Coordination rurale : un effet « Apli » pour expliquer la progression du syndicat dans des régions où elle était déjà implantée depuis plusieurs années. L’Apli est une association d’éleveurs laitiers née lors de la crise laitière de 2009, et qui a été « habilement soutenue par la Coordination rurale », notait Cordellier.

Le chercheur observait que la CR avait réalisé de belles progressions dans certaines régions laitières, où l’Apli avait connu une forte adhésion ; il mettait en avant les progressions des scores « en Bretagne pour ses quatre départements ; en Basse-Normandie, surtout dans la Manche, mais aussi dans le Calvados ». En Bretagne par exemple, la CR est implantée de longue date : « Liste dès 1995 en Morbihan, faisant suite à une implantation significative de la FFA à la suite de divergences profondes au sein de la FDSEA ; 2001 en Côtes d’Armor et en Ille-et-Vilaine ; 2007 en Finistère. »

Serge Cordellier nuance de lui-même cette hypothèse d’un effet « Apli » sur les scores de la CR : « Dans d’autres départements où l’Apli avait été aussi active, les listes CR n’en ont pas tiré bénéfice, à l’exemple de l’Aveyron, département du président fondateur de l’Apli nationale Pascal Massol : la CR avait régressé de 4,4 points de pourcentage ; ou encore, autre exemple, le Lot-et-Garonne où pourtant l’Apli avait impliqué dans ses revendications une alliance intersyndicale réelle entre CR, CP et Modef. »

L’Apli, une organisation « habilement soutenue par la Coordination rurale », selon Serge Cordellier.

Les ressorts du vote pour la Coordination rurale, et leur évolution, sont encore peu étudiés, estime Serge Cordelier, qui remarque qu’elle a notamment pris place dans des régions qui furent des fiefs du communisme rural ; il évoque notamment les cas du Lot-et-Garonne, de la Charente, dont la CR a remporté la chambre d’agriculture respectivement en 2001 et 2013, de la Haute-Vienne, du Beaujolais, « où le vote communiste rural a disparu au même rythme que le métayage, historiquement très présent ».

6e clé - La Confédération paysanne et le contre-effet « Bové »

Pour analyser la trajectoire de la Confédération paysanne, Serge Cordelier évoque « l’effet Bové » ou la « bulle médiatique » – puis son éclatement – créée par ce leader syndical, qui fut à la tête de la Conf’ de 2000 à 2004. Concrètement, il s’agit d’expliquer pourquoi le bon score de 2001 (progression de 35 %) a été suivi d’un échec cuisant en 2007 (baisse de 28 %), dont la Confédération paysanne ne s’est pas remise dans les scrutins ultérieurs.

« La Conf’ est montée en puissance dans un contexte très particulier, en 2001, où se mêlaient problèmes sanitaires, contexte international tendu et la personnalité de José Bové, qui était un leader très doué », rappelle Serge Cordellier dans la revue Pour. Mais cette montée était aussi due à un travail antérieur, notamment ce choix qui date de 1988-89 d’avoir adopté un modèle (l’agriculture paysanne, NDLR) qui permettait d’identifier un autre projet pour l’agriculture. »

Pour Serge Cordelier, « la bulle médiatique a pu faire oublier à la Confédération paysanne qu’elle était un syndicat professionnel et qu’il fallait aussi parler aux collègues, et pas seulement ‘à la société’. À la fin du mandat de José Bové en 2004 – la direction était alors composée essentiellement de néo-ruraux dont certains anarcho-libertaires –, on a constaté une tendance au rééquilibrage, notamment avec Régis Hochard, qui a réorienté le syndicat vers le professionnel. En interne, il est resté une tension entre ceux qui privilégiaient un peu exclusivement les luttes et ceux qui veulent composer entre tendances. Certains disaient : ‘La Pac, elle ne nous convient pas, on n'en parle pas !’ Laurent Pinatel s’est efforcé de tenir les deux bouts ».

Serge Cordellier : « La Conf’ est montée en puissance dans un contexte très particulier »

Le scrutin de 2013 a été celui d’une relative stabilisation du syndicat dans les urnes. Sauf exception, la Conf’ n’a « en général pas reconquis ses positions abandonnées à la CR et à la FNSEA », remarque Serge Cordellier. En Aveyron, où elle a été longtemps incarnée par José Bové, la Conf" avait enregistré en 2007 une division par deux de ses résultats par rapport à 2001 (passant de 43,96 % à 22,83 %), avant de n’atteindre que 26 % en 2013.

7e clé - La chute du Modef, ou l’érosion de la base syndicale

« Les raisons de l’effondrement du Modef ne sont pas toutes connues », assure Serge Cordellier : érosion de la « rente d’opposition » (voir plus haut), mais aussi « érosion de la base syndicale », proposaient les deux chercheurs en 2010.

« Si les petits paysans ont effectivement constitué la base sociale de l’électorat du Modef, cette catégorie s’est progressivement étiolée du fait de l’exode rural et de la restructuration de l’agriculture suscitée par les politiques de modernisation, écrivent Serge Cordellier et Roger le Guen. La disparition d’une partie de sa base sociale est sans aucun doute, en sus de la concurrence accrue entre organisations, l’une des exploitations de l’affaissement du Modef depuis le début des années 80. »

Ils ajoutent également « une relative banalisation de ses positions (prix minimums garantis, maîtrise de la production…), lesquelles ont convergé selon les circonstances avec celles de la Coordination rurale, mais surtout de la Confédération paysanne ».

En 2013, le Modef a poursuivi sa rétractation engagée en 1983 lorsqu’il avait obtenu 8,8 % en moyenne nationale faisant suite à 18,8 % en 1976-79, soit une chute brutale de moitié, note Cordellier dans la revue Pour. Le recul du Modef se mesure aussi au nombre de listes homogènes présentées, ajoute le chercheur : 60 départements en 1976-79, 40 en 1995, 33 en 2001, 21 en 2007, 13 en 2013. Surprise cette année : le Modef annonce « une vingtaine » de listes. « Nous avons remis de jeunes animateurs et animatrices sur le terrain, qui ont pris le temps de discuter avec les agriculteurs", expliquait récemment le président du Modef Jean Mouzat.

8e clé - La participation, l’hypothèse de la baisse des « enjeux »

C’était une des surprises du dernier scrutin : le taux de participation avait baissé de 11 points par rapport à 2007, passant de 65,50 % à 54,34 %. Au lendemain des résultats, Serge Cordellier faisait l’hypothèse que ces résultats étaient liés à des enjeux amoindris par un paysage syndical stabilisé : « Si le taux de participation a baissé en moyenne d’une dizaine de points, n’est-ce pas d’abord parce que ces élections, au terme de 30 ans de concurrence, sont souvent apparues moins mobilisatrices car, dans l’ensemble davantage stabilisées et apaisées ? »

Serge Cordellier note d’ailleurs que « des départements où les enjeux étaient plus visibles ont enregistré des participations supérieures à la moyenne ». Toutefois ces scores étaient « rarement comparables à ceux de 2007 ». Et de citer le cas de « la Corrèze où le syndicalisme majoritaire s’était divisé, en Haute-Saône où se présentait une liste d’alliance CP/CR, en Pyrénées-Atlantiques où les listes de la CP du Pays basque et du Béarn se présentaient cette fois ensemble ».

Serge Cordellier : « Des départements où les enjeux étaient plus visibles ont enregistré des participations supérieures à la moyenne »

Comme pour l’effet « Apli », Cordellier nuance la portée de son interprétation : « L’hypothèse ne peut toutefois être généralisée d’autant que, dans certains départements, la configuration en apparence conflictuelle de l’offre électorale a semblé peu motiver les électeurs. »

En tout cas, pour Serge Cordellier, la baisse de participation en agriculture est à relativiser. En effet, note-t-il, en mars 2013, dans le cadre de la mesure d’audience des syndicats dans le monde salarié, le ministère du Travail avait agrégé les résultats des différents scrutins professionnels (CE, délégués du personnel,…) : participation moyenne de 42,78 %.

9e clé – L’incontournable bouleversement démographique

Dans leurs travaux respectifs, Serge Le Guen et Roger Cordellier s’accordent sur l’importance décisive du « bouleversement (ou effondrement) démographique » de la population agricole. Phénomène qui fragilise ou réduit considérablement la durée de vie des analyses de ce type de scrutin qui se déroule tous les six ans.

En 2013, Cordellier rappelle que le nombre d’exploitants et assimilés (actif en droit de voter) a diminué de plus de deux tiers (64,87 %) entre 1983 et 2007, tandis que celui des anciens exploitants (collège 4) a augmenté de plus de moitié (53,37 %). Un effondrement qui atteint jusqu’à 74,83 % dans un des départements les plus peuplés d’agriculteurs, l’Ille et Vilaine.

Cette chute s’accompagne par ailleurs d’un renouvellement, traditionnel, des générations, mais accéléré actuellement par la pyramide des âges. Au final : « Sur 2001-2007, près d’un tiers des inscrits avaient changé. 20 à 25 % des électeurs de 2001 avaient quitté l’agriculture, tandis que 10 % de nouveaux agriculteurs installés dans cette période étaient devenus éleveurs inscrits », notent les chercheurs.

Les Jeunes agriculteurs, syndicat singulier

En 2008, dans la revue Pour, Serge Cordellier note l’originalité du syndicat des Jeunes agriculteurs (auparavant appelé CNJA) dans le paysage agricole : « La représentativité du CNJA n’a jamais pu être mesurée puisque cette organisation ne s’est jamais présentée seule aux élections professionnelles (ses candidats ont toujours été intégrés aux listes FNSEA). »

Cette originalité date de sa naissance en 1958, selon Serge Cordelier : cette année-là, Michel Debré lui « accorde une représentativité égale à celle de la FNSEA. C’est pour le gouvernement le moyen de contrebalancer l’influence de la FNSEA et d’élargir les appuis de sa nouvelle politique » (politique dite des structures, de restructuration, modernisation et intensification de l’agriculture, NDLR).

Cette situation « singulière » lui vaut d’être « considérée comme organisation syndicale représentative à part entière alors que ses effectifs, comparés à ceux de la FNSEA, sont très modestes et qu’il est organiquement lié à cette dernière », estime Serge Cordellier.