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Mounir Mahjoubi, député LREM de Paris Chèque alimentaire : « Un volet de la relance agricole »

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Le député Mounir Mahjoubi détaille pour Agra Presse la position validée en bureau exécutif par La République en marche. Si de nombreux points restent à trancher, le travail mené depuis six mois montre, selon le député, que le dispositif est faisable, et qu’une mise en œuvre rapide est donc possible.

Quelle catégorie de produits préconisez-vous de privilégier avec ce chèque alimentation durable, et dans quels réseaux de vente ?

Nous proposons une vision du panier de produits inspirée d’Egalim, comprenant des produits frais à signe de qualité, avec bio, HVE et labels, avec une priorité sur les fruits et légumes. Pour nous, ce dispositif doit être significatif pour les familles. Et pour être significatif, il faut qu’il corresponde à un certain volume. Or, si l’on ouvre à d’autres produits que les fruits et légumes, le montant risque de perdre de sa pertinence.

Ce que nous disons ensuite, c’est que 85 % de l’enveloppe de cette mesure doivent revenir aux agriculteurs. Il s’agit pour nous d’un volet de la relance agricole. Nous proposons donc que les achats puissent se faire dans un réseau de vente labellisé qui rassemblerait les circuits de vente alternatifs, comme les circuits courts ou la vente à la ferme. Mais nous avons conscience que dans certaines circonscriptions urbaines et populaires, comme la mienne, ce type de magasin n’existe pas. Dans ces quartiers-là, si nous ne travaillons pas avec la grande distribution, nous n’y arriverons pas.

Avez-vous également des recommandations en termes de moyen de paiement ?

Le coût de l’émission du titre peut représenter jusqu’à 12 % du budget dans certains cas, au risque de perdre beaucoup d’effet dans les familles ou chez les agriculteurs. Mais aujourd’hui, nous savons que le projet est faisable avec un chèque type déjeuner, avec une plateforme numérique ou avec une carte. Il y a des pour et des contre sur chaque moyen de paiement : les applications posent notamment problème à ceux qui n’ont pas d’accès au numérique, et les cartes excluraient énormément de commerçants. Le chèque en revanche est un système connu, et facilement distribuable. Ce sera au gouvernement de prendre la décision finale, mais nous pouvons garantir que de nombreuses solutions existent.

Avez-vous évalué le montant d’une telle mesure ?

Nos propositions vont de 30 à 60 € par famille et par mois. Nous défendons l’idée que le dispositif doit être aussi significatif en termes de bénéficiaires. Au-dessous d’un million de personnes la mesure ne serait pas utile, à six millions nous serions vraiment dans la cible, et au-delà nous pourrions avoir un véritable effet d’échelle. En fonction des arbitrages du gouvernement, le budget pourrait alors s’élever de quelques centaines de millions d’euros à deux milliards.

Après, tout cela viendra en confrontation avec d’autres propositions. Certains défendent par exemple des aides spécifiques pour la période Covid. À la fin, le gouvernement devra trancher entre ces aides et le chèque, en fonction des publics ciblés. C’est tout le sens des discussions qui ont lieu actuellement.

Comment cette proposition a-t-elle été construite ?

Des mesures sur ce thème ont déjà été proposées plusieurs fois par le passé, et récemment encore par le groupe socialiste, sous forme de bons « bien manger ». Personne ne peut s’y opposer dans l’idée, mais il s’agit de définir précisément les publics cibles, les produits, les circuits. C’est ce que nous avons tenté de faire depuis le mois de juillet dernier. Une vingtaine de députés ont contribué à ce travail, dont Jean-Charles Colas Roy, qui avait déjà porté le sujet il y a un an, ou encore Monique Limon, qui avait plusieurs expériences locales. Nous avons fait grandir cette proposition ensemble, et j’ai demandé aux autres députés de s’engager début janvier. En février, tout le parti nous a soutenus en bureau exécutif, et mon amendement au texte socialiste a été lui aussi voté par tout le groupe. C’est assez rare.

Par quel véhicule recommandez-vous de créer ce chèque ?

Une partie des collègues souhaite très fort obtenir une loi. Et quoi qu’il en soit, il faudra de toute façon une loi de finance. Mais l’important, pour moi, est que le dispositif démarre rapidement. J’aimerais que le gouvernement annonce très vite ces arbitrages sur quelques variables, et nomme une équipe pour le mettre en place. Si l’on veut que les premiers chèques soient encaissés par les agriculteurs dès le mois de septembre, en se donnant six mois pour préciser le projet, le travail doit commencer dès maintenant, et pas après un cycle législatif.

Le ministère de l’Agriculture avait estimé devant la Convention citoyenne que ce chèque « coûtait trop cher ». Défendra-t-il vos propositions ?

Je travaille avec Julien Denormandie depuis près de quatre ans, et je peux vous dire que j’ai toujours eu son soutien et son écoute sur ce sujet. Ce que nous avons montré avec notre rapport, c’est qu’il n’y a aucun frein opérationnel à mettre en place ce chèque. Pour chacune des variables, des produits au mode de paiement, nous avons proposé des alternatives. Il n’y a donc aucune raison de ne pas lancer cette mesure, à moins de vouloir mobiliser l’effort budgétaire pour redonner du pouvoir d’achat aux gens par d’autres aides directes.

« 85 % de l’enveloppe de cette mesure doivent revenir aux agriculteurs »

« Nos propositions vont de 30 à 60 € par famille et par mois »