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Bilan de santé de la Pac Cinq mille agriculteurs du Bassin parisien manifestent à Paris

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Venus de tout le grand Bassin parisien, 5 000 agriculteurs, essentiellement des céréaliers mais pas seulement, se sont retrouvés le 25 mars à Paris pour manifester ensemble contre la réforme de la Pac.

«Barnier fumier », « Barnier, tu nous as bernés », « Barnier, touche pas à mon blé », « Barnier/Sarko, les paysans se vengeront aux Européennes » … Les banderoles portées par les 5 000 agriculteurs venus manifester à Paris le 25 mars contre la réforme de la Pac n’étaient pas tendres pour le ministre de l’Agriculture. Objet du rendez-vous organisé par la FRSEA de la région Nord-Bassin parisien (FRNBP) : exprimer l’opposition des agriculteurs aux prélèvements sur les aides directes prévus dans le cadre de la réforme de la Pac. Les mesures présentées le 23 février par Michel Barnier ne passent pas. Pour Daniel, céréalier sur 200 hectares en Essonne, ce sont 18 000 euros de primes qui vont sauter, voire davantage si le reliquat issu du découplage des aides aux cultures n’est pas redistribué selon les références historiques. « Heureusement que ma femme est fonctionnaire ! », ironise-t-il. Car ses 25 000 euros de revenus moyens annuels vont en prendre un coup. Sur le plan syndical, il est perplexe : « La FNSEA, on ne peut plus tellement les croire », lâche-t-il, ajoutant qu’il se sent mieux défendu par Orama.

« Ce n’est pas en déshabillant Paul qu’on va habiller Pierre »

Installé depuis juin 2008 sur 133 hectares de céréales dans l’Oise, Antoine Cuypers, âgé de 27 ans, est amer. « Dans mon PDE (Plan de développement de l’exploitation), mon revenu annuel était de 14 000 euros,annonce-t-il. Si je perds 54,5 % des aides Scop couplées, il tombe à 2 000 euros par an, et à - 1 500 euros si les 100 % sont réaffectés ». Résultat : « Pour l’instant, je suis là. C’est pas génial, mais c’est comme ça ». Ce qu’il demande, c’est un outil de régulation des marchés qui lui assure 145 euros par tonne de blé départ ferme. De quoi retrouver une sérénité si les charges n’explosent pas. Le jeune agriculteur est loin d’être une exception. Au niveau de l’Oise, la réforme pourrait remettre en cause 14 des 37 installations réalisées en 2008. Céréalier dans le Loiret sur 170 hectares, Philippe Galloo aussi a fait ses calculs. Il estime sa perte future à 80 euros de l’hectare. « Ceux qui sont en zones de montagne ont des difficultés, reconnaît-il sans hésiter. Mais ce n’est pas en déshabillant Paul qu’on va habiller Pierre ». S’il ne se considère pas en zone intermédiaire, ses rendements en blé sont en moyenne de 65 q/ha. Il juge « aberrant » le « jeu de Barnier », qui consiste à « monter les éleveurs montagnards contre les autres ». « La liaison entre les producteurs de céréales et les éleveurs est importante »,insiste en tête de cortège Thierry Bontour, président de la FRNBP.

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« Ça va se répercuter sur le maillon d’après »

De fait, certains éleveurs se sont joints à la manifestation. Le père de Fabien Rey a même emmené l’une de ses vaches. Installé dans les Yvelines, Fabien Rey élève un troupeau de 65 charolaises nourries avec les 70 hectares d’herbe de sa ferme et il cultive 65 hectares. « En élevage, on a du mal à ne pas perdre de l’argent, alors jusqu’ici, c’étaient les céréales qui faisaient le revenu », explique Fabien Rey, très remonté. Car pour lui, la prime à l’herbe ne compensera pas le découplage des aides. Cet agriculteur de 31 ans gère les cultures de son père et de son voisin, ainsi que sa propre ferme de 50 hectares. Il reçoit 18 000 euros de subventions, qui tomberont au maximum à 12 300 euros en 2010. « Ça va se répercuter sur le maillon d’après, parce que je vais avoir moins d’argent pour investir », prévient-il.

Désireux de montrer leur désarroi au ministre de l’Agriculture, les agriculteurs du nord Bassin parisien n’avaient pas de recette miracle à proposer. Si ce n’est davantage de progressivité et moins de prélèvements. Le défilé n’a pas attiré les responsables nationaux de la FNSEA ou des associations spécialisées. Peut-être aura-t-il permis de sensibiliser les députés ? Le bruyant cortège n’a pu être ignoré des élus, puisqu’il s’est dissous aux Invalides, à deux pas de l’Assemblée.