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Energies renouvelables Cinquante acteurs créent une filière bois-énergie en Picardie

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Une société commerciale à statut coopératif vient d’être créée pour développer le bois-énergie en Picardie. Originalité de la démarche : une cinquantaine d’entreprises (exploitants forestiers, agriculteurs, scieurs, professionnels du recyclage…) composent la nouvelle structure créée avec le soutien des collectivités locales. Picardie Energie Bois – tel est son nom – entend créer 20 réseaux de chaleur à court et moyen termes, et garantir sur le long terme les approvisionnements en combustible.

Passer de quelques milliers de tonnes de bois à plus de 150 000 tonnes d’ici 10 ans. Voilà l’objectif ambitieux que viennent de se fixer les acteurs de la filière bois-énergie en Picardie. Pour y parvenir, une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) rassemblant une cinquantaine d’actionnaires privés vient de se créer à l’initiative du conseil régional de Picardie et des conseils généraux de l’Aisne, l’Oise et la Somme. Les professionnels détiennent 80% du capital de la nouvelle structure, les 20% restants étant souscrits par les quatre collectivités.

100 millions d’euros d’ici 2015
Tout est à construire. La filière bois-énergie est actuellement quasi inexistante en région picarde. Si quelques chaufferies fonctionnent ça et là, elles relèvent davantage de l’expérience pilote que d’une démarche structurée. Avec la création de Picardie Energie Bois – nom de la nouvelle société coopérative –, les professionnels et les acteurs publics veulent se donner les moyens de construire une filière. Pour y parvenir, plusieurs leviers sont activés. Le premier consiste à créer un appel d’air en termes de débouchés. Le conseil régional de Picardie et les trois départements qui la composent ont décidé la création de 20 réseaux de chaleur à court et moyen terme dans les lycées et les collèges dont ils ont la charge. Environ 120 000 tonnes de bois seront consommées chaque année dans les chaudières de ces établissements, soit 30 000 tep (tonne-équivalent-pétrole) par an, pour une puissance globale de 80 à 90 MW. La construction des réseaux et des chaufferies mobilisera environ 100 millions d’euros à l’horizon 2015, en partie grâce aux financements espérés dans le cadre du « fond Chaleur » géré par l’Ademe (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Actuellement, 5 réseaux sont en construction ou opérationnels, précise Pascal Dacheux, vice-président du conseil régional. « D’ici 10 ans, 150 à 200 000 tonnes de plaquettes de bois pourraient être valorisées en énergie, pour un chiffre d’affaires d’une centaine de millions d’euros », indique Denis Grison, directeur de Coop Energie, société adhérente de la SCIC. L’objectif est d’assurer la continuité de l’approvisionnement en bois des futures chaufferies, via des contrats pouvant aller jusqu’à 20 ou 25 ans.
Opérationnelle dès 2010
La société Picardie Energie Bois gérera la production, vendra le bois et devra être opérationnelle « au plus tard en 2010 », date à laquelle la chaufferie bois de Beauvais (11 MW) et son réseau de chaleur (6 km) entreront en service. « Notre souhait est que la valeur ajoutée soit répartie équitablement » entre les différents maillons de la filière, et que le prix du combustible soit « relativement constant », assure Denis Grison.
En outre, la filière forestière ne sera pas la seule source d’approvisionnement en combustible. La société Picardie Energie Bois rassemble également les fournisseurs de bois en fin de vie (palettes, bois issus des centres de tri, déchets industriels banals…). On notera que tous les acteurs régionaux de la filière bois n’ont pas souhaité s’associer à l’aventure. A titre d’exemple, l’Office national des forêts (ONF) ne fait pas partie des actionnaires de la société coopérative.
Filières courtes
Mais il en faudrait plus pour refroidir l’enthousiasme des promoteurs de Picardie Energie Bois. « La SCIC va permettre d’alimenter en bois les chaufferies sur des filières courtes », se réjouit Catherine Quignon-Le Tyrant, vice-présidente du conseil général de la Somme et maire de Montdidier, une commune qui utilise depuis un an un réseau de chaleur (2 km) alimenté à partir d’une chaufferie bois. « On va pouvoir entretenir nos forêts communales, mener des chantiers d’insertion et assurer une garantie sur le prix (du combustible) », se félicite l’élue locale. Et de conclure, sur un air de défi : « Si une commune de 6500 habitants comme la nôtre peut le faire, tout le monde peut le faire ».

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