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Climat/eau : un quart des grandes cultures menacées

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Un quart des surfaces de grandes cultures mondiales, dont le riz, le blé et le maïs, sont menacées par le stress hydrique et les variations climatiques, selon le World Resources Institute. Parallèlement, l’agriculture, principale consommatrice d’eau, devra répondre à une demande alimentaire croissante, aggravant la pression sur la ressource.

En s’appuyant sur les données de sa nouvelle plateforme Aqueduct Food, le World Resources Institute (WRI) a publié, le 16 octobre, une analyse des risques liés à la disponibilité de l’eau pour la production agricole et la sécurité alimentaire. Selon le WRI, un quart des grandes cultures sont cultivées dans des zones où l’approvisionnement en eau est fortement contraint, très variable, ou les deux. Plus précisément, le riz, le blé et le maïs sont particulièrement vulnérables, avec 33 % de ces trois grandes cultures produites avec des ressources en eau soumises à une forte pression ou une grande variabilité. « Les risques croissants tels que le changement climatique et la concurrence accrue pour accéder à l’eau menacent les ressources hydriques, et par conséquent, la sécurité alimentaire », souligne le WRI. Et ce d’autant plus que ces défis hydriques croissants surviennent alors même que la demande alimentaire augmente. D’ici 2050, le monde devra ainsi produire 56 % de calories alimentaires en plus par rapport à 2010 pour nourrir une population estimée à dix milliards de personnes, souligne l’ONG.

À noter que les cultures irriguées comme pluviales sont confrontées à « des menaces croissantes ». Les cultures irriguées, qui représentent 34 % de la production mondiale totale en poids, sont vulnérables à une concurrence accrue pour les ressources en eau partagées, qualifiée de stress hydrique. Parallèlement, l’irrigation est appelée à croître. L’agriculture est d’ores et déjà le principal facteur de stress hydrique, responsable de 70 % des prélèvements d’eau mondiaux. Selon les données de la plateforme Aqueduct, la demande en eau d’irrigation devrait plus précisément augmenter de 16 % d’ici 2050 par rapport à 2019. Par ailleurs, dix pays (1) concentrent 72 % des cultures irriguées mondiales (canne à sucre, riz, blé, maïs, coton…) dont deux tiers font face à des niveaux de stress élevés à extrêmement élevés. « Cela constitue un problème non seulement pour la sécurité alimentaire, mais aussi pour l’économie, car les cultures irriguées sont souvent des cultures de rente exportées vers d’autres nations », précise le WRI.

Des cultures pluviales à risque

Pour l’heure, la majorité de la production alimentaire mondiale – 66 % de la production totale de cultures – provient encore de l’agriculture pluviale. Ainsi, 75 % du maïs provient de fermes pluviales, principalement au Brésil, en Chine et aux États-Unis. Reste que le changement climatique et la déforestation, laquelle modifie les régimes locaux de précipitations, compromettent la production de ces cultures pluviales. Pour l’heure, 8 % d’entre elles sont produites dans des zones où les variations annuelles de l’approvisionnement en eau sont élevées à extrêmement élevées, avec des épisodes climatiques pouvant fortement varier entre sécheresse et inondations. D’ici 2050, 40 % de cultures pluviales supplémentaires seront confrontées à des approvisionnements « peu fiables » par rapport à 2020, avec des augmentations majeures en Australie, en Chine, aux États-Unis, en Inde et au Niger.

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Pour faire face aux crises liées au stress hydrique et à la variabilité des précipitations, l’organisation de recherche mondiale recommande aux gouvernements d’adopter les « bonnes politiques » intégrant le lien entre production alimentaire et préservation de la ressource en eau. Il suggère notamment de réduire le gaspillage alimentaire, rappelant qu’un quart de l’eau utilisée dans l’agriculture sert à produire des aliments qui ne seront jamais consommés. Il préconise par ailleurs une transition vers une alimentation moins carnée, et donc moins gourmande en eau. En outre, le WRI suggère de ne pas consacrer les terres à la production de biocarburants, qui « augmente la concurrence pour les ressources en terre et en eau, et peut avoir des effets négatifs sur la qualité de l’eau ». Parmi les autres recommandations proposées figurent enfin l’amélioration de l’irrigation ou encore l’adoption de pratiques agricoles régénératrices comme l’agroforesterie.

(1) Chine, Égypte, États-Unis, Inde, Indonésie, Mexique, Pakistan, Thaïlande, Vietnam

Le riz, le blé et le maïs sont particulièrement vulnérables