La maison de cognac Hennessy mène un projet d’export en vrac vers la Chine, censé contourner les surtaxes douanières de Pékin. Inquiets, les salariés se sont mis en grève le 19 novembre.
« C’est une première pour une grande maison. C’est un vrai doigt dans l’engrenage », considère Matthieu Devers, délégué CGT. Selon les syndicats CGT et FO, Hennessy prévoirait d’expérimenter l’export en cuve de son cognac afin de contourner des surtaxes évaluées à 35 % sur les bouteilles vendues en Chine, deuxième marché pour ce spiritueux ultra-dépendant des exportations. En réaction, 500 à 600 salariés de la filiale de LVMH ont fait grève le 19 novembre en Charente. « La direction nous a dit vouloir faire des tests sur du vrac en vue d’une future mise en bouteille en Chine effectuée par un prestataire » et non plus en France, a déclaré à l’AFP Frédéric Merceron, représentant FO chez Hennessy, confirmant des informations de La Tribune. « On imagine bien les retombées au niveau de l’emploi », a-t-il ajouté, parlant de « douche froide ». Le mouvement de grève en Charente, sur le site de Cognac (1 100 salariés en CDI), est reconductible, ont précisé les syndicats. Un premier test d’exportation, d’ici fin 2024, doit mesurer si le produit reste « qualitatif » après transport, selon Matthieu Devers.
Pas de délocalisation, selon le fabricant
La maison Hennessy a indiqué à l’AFP qu’elle « dément formellement tout projet de délocalisation de sa production à Cognac ». Elle a précisé que « l’étude à mener porterait seulement sur la prestation de mise en bouteilles, qui pourrait être provisoirement confiée à un prestataire basé en Chine, sous conditions du résultat des études à mener ». À ce jour, « rien n’a encore été décidé », selon Hennessy. Dans un communiqué, le BNIC (interprofession) dit ne pas vouloir « commenter les stratégies individuelles des entreprises ». Et de noter que « dans l’attente d’une solution négociée, et face à la dégradation constatée, certaines maisons pourraient être contraintes d’explorer toutes les pistes qui leur permettraient de maintenir la présence de l’appellation sur le marché chinois ».
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Sur le front diplomatique, Emmanuel Macron a déclaré le 19 novembre qu’il avait convenu avec le président chinois Xi Jinping de « trouver une issue favorable » d’ici le premier trimestre 2025 sur la taxation du cognac imposée par Pékin. Le chef de l’État a indiqué à des journalistes, à l’issue du sommet du G20 à Rio de Janeiro, que son Premier ministre Michel Barnier se rendrait en Chine pour aborder le sujet avec les autorités « au premier trimestre de l’année prochaine ». « Nous avons décidé avec le président chinois […] de mener le travail techniquement, avec beaucoup de transparence », a ajouté le président français, soulignant que « des dizaines de milliers de familles dépendent de cette activité ».