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Commission européenne : un Luxembourgeois à l’Agriculture

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Depuis longtemps favori pour le poste, l’eurodéputé PPE (droite) luxembourgeois Christophe Hansen a bel et bien été choisi par Ursula von der Leyen pour occuper la fonction de commissaire à l’Agriculture dans son nouveau Collège. La principale tâche de ce polyglotte, connaisseur des questions agricoles et familier des arcanes du pouvoir européen, sera de définir la nouvelle vision stratégique de l’UE en matière d’agriculture avant de porter la réforme de la Pac post-2027. Nouveauté, il aura également la charge de l’Alimentation bien que l’étendue exacte de ses compétences dans ce domaine et sa collaboration avec les controversés Oliver Varhélyi à la Santé et Raffaele Fitto à la Cohésion restent à éclaircir.

C’était attendu, même espéré par certains, le parti de droite PPE, principale force politique au Parlement européen et autoproclamé « parti des agriculteurs », récupère le portefeuille de l’Agriculture au sein de la nouvelle Commission européenne. Pressenti de longue date pour le poste, le Luxembourgeois Christophe Hansen a donc été désigné, le 17 septembre, par Ursula von der Leyen, commissaire à l’Agriculture et – nouveauté – à l’alimentation (perdant ainsi son intitulé « développement rural »). Sous réserve de confirmation du Parlement européen, il aura pour mission première au cours des prochains mois de mettre en musique les recommandations du dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture de l’UE publiées le 4 septembre. « Sur cette base », précise la présidente von der Leyen, « il sera chargé d’élaborer une vision pour l’agriculture et l’alimentation au cours des 100 premiers jours de son mandat ». Réagissant à sa nomination sur le réseau social X, le candidat commissaire a simplement fait part de sa volonté de « travailler main dans la main avec nos agriculteurs pour un secteur agricole prospère et durable, garantissant une alimentation sûre et saine à nos concitoyens ». 

Un homme expérimenté

Eurodéputé depuis 2018 et ancien questeur du Parlement européen (2022-2024), Christophe Hansen s’est principalement illustré dans les commissions parlementaires de l’Environnement et du Commerce international. Au sein de cette dernière, il a même assuré le rôle coordinateur de son groupe politique, le PPE (droite). Il a notamment été rapporteur du Parlement européen sur le règlement relatif à la déforestation importée et sur l’accord commercial post-Brexit entre l’UE et le Royaume-Uni. Par ailleurs, ce polyglotte de 42 ans – il parle luxembourgeois, allemand, français, anglais, espagnol et néerlandais – n’est pas étranger au secteur puisqu’il possède un ancrage familial dans le monde agricole et qu’il préside, depuis 2015, l’Union des sociétés avicoles du Grand-Duché de Luxembourg. « C’est plutôt un bon choix car il connaît les arcanes du Parlement et l’agriculture », se félicite d’ailleurs Arnaud Rousseau, le président du syndicat agricole majoritaire français, la FNSEA.

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Au-delà de la nouvelle vision, il devrait être le commissaire européen chargé de préparer les contours d’une Pac post-2027 « adaptée aux objectifs », détaille sa lettre de mission. Il sera aussi responsable de la protection des agriculteurs contre les pratiques déloyales et devra « s’engager à renforcer [leur] position dans la chaîne alimentaire ». Il devra, par ailleurs, définir une « nouvelle approche pour assurer la durabilité » mais également « soutenir les agriculteurs dans la décarbonation et à la préservation de la biodiversité », travailler à « favoriser les investissements et l’innovation » pour soutenir la compétitivité, ou encore, proposer « une stratégie pour le renouvellement générationnel en agriculture ». Les questions de souveraineté alimentaire et d’élargissement devraient aussi intégrer ses missions.

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Des responsabilités à clarifier

Toutefois, l’étendue exacte de son portefeuille, notamment sur les questions alimentaires, et la répartition des compétences avec le commissaire à la Santé et au bien-être animal, Olivér Varhelyi, restent à éclaircir. L’intitulé « Alimentation » de son poste ne devrait pas pour autant lui conférer la main-mise sur le dossier de la sécurité alimentaire. Ces problématiques devraient donc rester dans l’escarcelle de la DG SANTE, au grand dam des organisations agricoles qui, en plus d’espérer un poste de vice-président à l’Agriculture qui ne s’est finalement pas matérialisé, mettaient la pression pour changer de paradigme sur des sujets sensibles comme les nouvelles techniques d’édition génomiques (NGT) et les pesticides.

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En outre, si son rang protocolaire reste bas, le commissaire à l’Agriculture sera, à en croire sa lettre de mission, sous la supervision du vice-président à la Cohésion et non plus sous celui au Green deal, comme cela a pu être le cas sous le précédent Collège. Toutefois, la nomination à ce poste du conservateur Italien Raffaele Fitto, proche de Giorgia Meloni, fait d’ores et déjà grincer des dents. « Un vice-président de la Commission néofasciste italien », déclare même l’eurodéputé socialiste français Christophe Clergeau, interrogé par Agra. Et d’ajouter « confier 60 % du budget entre les mains de l’extrême droite, c’est hallucinant ». Celui-ci s’inquiète déjà de son influence sur la définition de la future politique agricole de l’UE, le groupe politique auquel appartient Raffaele Fitto – les eurosceptiques d’ECR – ayant rejeté les conclusions du dialogue stratégiques sur l’agriculture (voir encadré). Les auditions des candidats commissaires par les eurodéputés, qui pourraient se dérouler à partir de novembre, devront lever le voile sur ces interrogations.

Dialogue stratégique : prolongation politique à Strasbourg

Les eurodéputés, réunis en séance plénière à Strasbourg, ont débattu pour la première fois, le 16 septembre, des recommandations du dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture. À l’instar des parties prenantes du secteur, ce rapport a reçu un soutien global des principaux groupes politiques. « Les agriculteurs sont de nouveau à la table », se félicite l’ancien président PPE (droite) de la commission de l’Agriculture (Comagri), l’Allemand Norbert Lins. Même analyse pour le social-démocrate italien Dario Nardella qui se réjouit que l’agriculture soit reconnue comme « centrale et stratégique pour l’avenir de l’Europe ». « S’il y a un mot que je veux retenir du résultat de ce dialogue stratégique, c’est le mot espoir », a commenté le centriste Pascal Canfin (France). Chaque groupe y voit un rapport qui favorise ses intérêts, le renforcement de la position des agriculteurs à droite et la remise en cause du système à gauche. Il reste toutefois rejeté par les partis les plus à droite de l’hémicycle. La présidente conservatrice de la Comagri, Veronika Vrecionová (Tchéquie) espérait « des solutions pour réduire la bureaucratie et préparer l’UE à l’élargissement » mais constate finalement que « le rapport demande plus d’argent sans propositions constructives, introduisant une gestion descendante pour réduire la production animale ».