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Conférences souveraineté : le plan d’Interbev pour les ovins et bovins

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Un tiers d’agneaux supplémentaires, stabilité du cheptel de vaches allaitantes : dans le cadre des Conférences de la souveraineté, lancées en décembre par Annie Genevard, l’interprofession bétail et viandes a présenté ses objectifs à horizon 2030.

Dans le cadre des Conférences de la souveraineté lancées en décembre par la ministre de l’Agriculture, la section ovine d’Interbev s’est fixé l’objectif d’un million d’agneaux supplémentaires d’ici 2030, a indiqué son président Patrick Soury à Agra Presse le 29 janvier. Soit une croissance de près d’un tiers, alors que 3,045 millions d’agneaux ont été abattus en 2024. Un plan « ambitieux », assume M. Soury, sachant que la production et la consommation de viande ovine sont en érosion tendancielle ces dernières années. Ce mouvement s’est poursuivi en 2025 : au cours des dix premiers mois de l’année dernière, la production de viande ovine a encore reculé de 4,1 % sur un an, selon FranceAgriMer.

Contrairement aux autres filières de ruminants, les installations ont le vent en poupe en ovins. « Depuis trois, quatre ans, nous sommes quasiment à une installation pour un départ en retraite », souligne Patrick Soury, rappelant l’effort de l’interprofession dans ce domaine « depuis vingt ans ». « Le cheptel de brebis continue de baisser, car les installations se font avec des troupes plus petites en moyenne. » Une montée en puissance des éleveurs récemment installés permettrait donc d’augmenter la production globale, espère-t-il.

Des « contrats de progrès » pour produire plus

Au-delà de son travail en cours sur le renouvellement des générations et sur la consommation, Interbev compte « optimiser le potentiel de production de chaque élevage » grâce à un « accompagnement technique individualisé », selon M. Soury. Il s’agira de construire des « contrats de progrès », dont les objectifs et les indicateurs seront fixés par les éleveurs. Ces « programmes d’amélioration sur cinq ans », menés avec un technicien référent, porteront notamment sur « trois piliers » : sol/agronomie, bâtiments et main-d’œuvre. Ils seront par ailleurs « couplés » aux besoins de la filière afin de produire « les catégories d’animaux dont la filière a besoin au moment où elle en a besoin ». Le but : optimiser la valorisation des ovins, espère l’élu.

Quelle que soit la structure dont il est issu (coopératives, chambres, etc.), « le technicien sera la pierre angulaire du dispositif », ajoute Patrick Soury. Le conseil sera « financé par les éleveurs », d’où l’intérêt de leur « démontrer ce qu’ils vont gagner » au terme de ces contrats. « Il faut que l’on change les mentalités », poursuit ce producteur charentais. « En élevage ovin, l’accompagnement technique a longtemps été considéré comme une charge. Nous, nous le voyons comme un investissement. »

Développer l’engraissement et le sevrage

De son côté, la section bovine vise une stabilité du cheptel à horizon 2035. Un objectif présenté le 21 janvier, lors d’une réunion du groupe Ruminants des Conférences de la souveraineté. Sur la base d’un cheptel stable (3,4 millions de vaches allaitantes en 2025), la filière vise toutefois une hausse de production de viande de 20 000 t. Une croissance qui serait obtenue en poursuivant le développement de l’engraissement en France de broutards aujourd’hui exportés, explique Emmanuel Bernard, président de la section bovine, à Agra Presse. Comme le précise l’éleveur nivernais, ces chiffres « n’ont pas été contestés en réunion » et ont été élaborés avec le Cniel (interprofession laitière).

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Concernant la viande issue du troupeau laitier, la filière veut aussi développer la production française de jeunes bovins (JB), ce qui implique « une activité de sevrage plus importante en France, plutôt que de faire partir tous les petits veaux à l’export ». « L’essentiel, pour toutes les sections d’Interbev, c’est de ne plus perdre un seul ruminant en France », résume Emmanuel Bernard. Les moyens d’y parvenir n’ont pas encore été abordés dans le cadre des Conférences. M. Bernard met en avant trois priorités, issues du plan de souveraineté d’Interbev présenté en décembre : accompagnement des pouvoirs publics (Pac, approche interministérielle) ; contractualisation ; et financement (bancaire notamment, en raison du renchérissement des animaux). « Il y avait cinq ans, il fallait en moyenne 300 000 € pour financer un troupeau, rappelle M. Bernard. Aujourd’hui, c’est plutôt 500 000 €. »

La FNB rappelle ses attentes

Autant d’objectifs partagés par la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA), membre d’Interbev. Lors d’une conférence de presse le 27 janvier, quelques jours avant son congrès, le syndicat a rappelé ses attentes pour les Conférences de la souveraineté. « Il faut faire en sorte qu’on ne perde plus aucune vache », a martelé son président Patrick Bénézit. Pour cet éleveur cantalou, le plan que la FNB porte « avec la filière » comprend trois points : arrêter la décapitalisation, « garantir des marges pour l’engraissement grâce à la contractualisation » et « garantir l’installation ».

L’association spécialisée de la FNSEA a rappelé les domaines dans lesquels elle attend des avancées : réglementation européenne sur le bien-être animal, Assises du sanitaire, prédation ou encore aides Pac. M. Bénézit est aussi revenu sur l’assurance des prairies, estimant que, à l’été et à l’automne 2025, « le satellite a prouvé une nouvelle fois son dysfonctionnement ». « La coupe est pleine, il faut revenir à un système d’expertises terrain », a-t-il résumé. La FNB tiendra son congrès, électif, les 4 et 5 février à Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme), au même endroit que le Sommet de l’élevage.

YG

« Changer les mentalités » sur l’accompagnement technique

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